Tourisme équitable : une autre façon de voyager

Juin 2012
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Le tourisme de masse peut avoir des conséquences désastreuses, au niveau économique, social, cultu rel ou environnemental. Et si l’on inventait une autre manière de voyager, dans le respect de chacun ? Petit tour de la question avec David Peñaherrera, responsable des activités de tourisme de MCCH en Equateur, et Bernard Duterme, directeur du CETRI.

Propos recueillis par Catella Willi

MCCH (Maquita Cushunchic Comercializamos como Hermanos ) est un réseau regroupant 250 000 producteurs équatoriens. Leurs activités vont de la promotion de l’artisanat et du tourisme alternatif à la gestion d’un fonds de solidarité. MCCH est un partenaire d’artisanat et d’alimentation d’Oxfam-Magasins du monde. Les produits vendus sont des bijoux, des foulards et des instruments de musique. MCCH soutient aussi les producteurs de La Carlita pour la fabrication de confitures.

Le Centre tricontinental (CETRI ), ONG belge, est un centre d’étude, de publication, de documentation et d’éducation permanente sur le développement et les rapports Nord-Sud.

Pourriez-vous nous parler du tourisme équitable au sein de vos organisations respectives ?

David Penaherrera, MCCH

David Peñaherrera : “Pour nous, la participation des communautés est essentielle. A travers notre action, nous voulons ainsi les sensibiliser au tourisme responsable. Nous défendons les valeurs d’équité sociale, de respect, de richesse ethnique, culturelle et spirituelle.

Nous luttons contre le travail des enfants et le tourisme sexuel. Nous favorisons la transmission de l’identité culturelle, des savoirs ancestraux pour que les jeunes s’en emparent de manière créative. Nous favorisons la préservation des écosystèmes et des espèces locales. Ce dynamisme favorise le développement de l’agriculture et de l’artisanat. Il contribue également à la préservation de l’environnement

Bernard Duterme : “A mes yeux, l’expression ‘tourisme équitable’ est assez paradoxale, on peut la qualifier ‘d’oxymore’ ! Comme ‘voiture écologique’, par exemple. Comment parler ‘d’équité” à propos d’un secteur qui, à l’échelle mondiale, creuse objectivement les écarts sociaux ? Comment rééquilibrer équitablement un rapport coûts/bénéfices aussi biaisé : l’essentiel des profits concentré dans les mains des tour-opérateurs, l’essentiel des coûts environnementaux, culturels et sociaux pour les populations locales ? C’est ce défi que tente de relever une série d’initiatives alternatives. Mais créer les conditions de l’équité dans un contexte si adverse n’est pas une sinécure. Le CETRI a pu s’en rendre compte dans ses études de terrain, en Afrique de l’Ouest et en Amérique centrale par exemple.

Quel lien établir entre commerce équitable et tourisme équitable ?

David Peñaherrera : “Comme le commerce équitable, le tourisme équitable et le tourisme communautaire sont une forme commerciale alternative fournissant aux communautés les plus pauvres un travail et une rémunération équitable. Les principes concernant le respect de l’environnement et l’égalité hommesfemmes sont similaires.

Bernard Duterme, CETRI

Bernard Duterme : “Le tourisme est de fait un échange commercial. Il s’agit d’ailleurs du premier poste du commerce international, quelque 12% du Produit mondial brut. Le tourisme équitable, à son niveau, est dès lors à considérer comme un volet du commerce équitable, qui se donne pour double objectif un plus grand respect des populations locales, des travailleurs et de leur environnement.

Quels sont les critères qu’une communauté doit remplir pour faire du tourisme responsable ?

David Peñaherrera : “Le concept de tourisme équitable s’adresse en priorité à des communautés ayant peu de moyens financiers et situées dans des régions dotées d’un grand intérêt naturel et culturel. Lorsqu’elles sont sensibilisées à cette nouvelle forme de tourisme, ces commmunautés proposent aux touristes des services de qualité et mettent en valeur leurs richesses ethniques et culturelles.”

Bernard Duterme : “C’est précisément aux communautés concernées d’indiquer – démocratiquement – à quelles conditions elles entendent ouvrir leur cadre aux visiteurs extérieurs. Ce sont dès lors elles qui doivent définir et organiser le tourisme dans leur région : conditions physiques et environnementales (quels espaces, quelles empreintes), économiques (quel partage des bénéfices?), sociales (quelle distribution des tâches, des responsabilités), culturelles (quels échanges, quelle image de soi), etc.

Pour que l’ensemble de la “communauté”, du village ou de la région (et non pas une famille, un secteur, une profession au détriment d’autres) puisse en profiter d’une manière ou d’une autre ou, pour le moins, ne pas en pâtir.

Quel est, pour une communauté locale, l’intérêt de recevoir des touristes ?

La préparation du chocolat fait partie des activités touristiques proposées par MCCH.

David Peñaherrera : “Le tourisme durable permet aux familles de combiner activités traditionnelles et revenus économiques durables. La préparation des communautés est cependant primordiale. Elle porte sur la vie de groupe et la capacité à se former. L’intérêt consiste à faire connaître leur culture et rendre service aux touristes. En plus du logement et de l’alimentation, cette activité implique également des acteurs diversifiés pour le transport, l’artisanat, les visites guidées…”

Bernard Duterme : “Le défi est bien celui-là : que les ‘visités’ trouvent un intérêt à recevoir des ‘visiteurs’. Il faut que l’échange se révèle profitable, durablement et équitablement, pour les premiers, qu’ils y trouvent une source d’enrichissement (matériel et immatériel) et non un facteur de déstructuration des sociétés, de folklorisation des cultures, de marchandisation des lieux, de détérioration de l’environnement, de pression sur les terres, l’eau, etc. L’intérêt à recevoir des ‘visiteurs’ doit en outre être plus fort que la frustration légitime des ‘visités’ à ne pas pouvoir se muer eux-mêmes, un jour, en ‘visiteurs insouciants’ d’autres contrées…

Quelles sont les conditions à respecter afin que les activités liées au tourisme n’entament pas le fonctionnement social habituel de la communauté ?

David Peñaherrera : “Quand MCCH donne son accord pour travailler avec une communauté, le premier objectif est qu’il y ait un intérêt pour la communauté. Pour montrer la richesse de sa culture, il faut qu’une communauté puisse d’abord se l’approprier pleinement.

Plutôt que d’affecter la communauté en tant qu’entité sociale, le tourisme fortifie la diversité ethnique des cultures. C’est l’ échange culturel basé sur le respect, le partage de la vie quotidienne qui permet de connaître les réalités locales de la communauté, son développement, son organisation et sa culture. Nous encourageons aussi les habitants à utiliser pour euxmêmes toutes les connaissances – notamment en matière de bien être et de santé – qu’ils ont acquises lors des formations données aux Centres Touristiques Communautaires.”

Bernard Duterme : “Le “fonctionnement social habituel de la communauté” ne peut être considéré a priori comme harmonieux et solidaire, à conserver coûte que coûte. Dans certaines circonstances donc, une ouverture bien pensée au tourisme peut avoir des effets émancipateurs et redistributifs…

MCCH propose 12 circuits de visite au choix, allant de 3 à 21 jours ainsi que des circuits sur mesure et combinables entre eux. Les informations sont disponibles sur le site de MCCH:Voici en résumé les 4 types de circuits proposés.Circuits ‘aventure’ : activités de plein air, sportives, défis à relever de difficulté variée et modulables. Sensibilisation à l’environnement et à la culture locale.Circuits ‘communautaires’ : visite de communautés menant des projets durables et culturels représentatifs de la culture équatorienne.

Circuits centrés sur des intérêts spécifiques : entre autres : nature, culture, fêtes populaires, photographie, archéologie, religion, développement social…

Circuits sur mesure : des circuits combinant plusieurs intérêts et différents lieux sont organisés sur demande.

Diverses publications sur le tourisme, ses formes et ses impacts, sont disponibles sur le site web du CETRI. Elles sont trop nombreuses pour les mentionner toutes. Citons la dernière en date, d’avril 2012, de François Polet : L’illusion du développement par le tourisme dans les Etats fragiles

 

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