Une terre merveilleuse

Juin 2012
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Roux, non loin de Charleroi, est une patrie de mineurs. En 1886, la colère des gueules couvertes de suie, des ouvriers du métal brûlant et des laissés pour compte était passée par là. Au bout des incendies et des émeutes , douze révoltés furent fusillés.

Olivier Bailly

Quelque 126 ans plus tard, un lundi d’avril 2012, les hommes et femme du pays sont plus calmes.

Franco parcourt quelques dizaines de mètre le long de la rue Maréchal Foch. Derrière le travailleur social de la maison de quartier ‘La Rochelle’, il y a Louise, Michel et Angela, tous bénévoles. Il y a aussi Olivier, article 60 à casquette qui salue à maintes reprises d’autres types à casquette.

Passé l’église, le groupe bifurque vers une allée et traverse une cour de béton, qui était dans un passé proche une cour de récré. Au bout de cette cour, Olivier ouvre une grille derrière laquelle s’étend un vaste terrain.

Sur la droite, une tribune délabrée rappelle que le club de football de Roux jouait ici. Pour le reste, l’oeil non avisé constatera une étendue d’herbes hautes, de chardons et de pissenlits jaunes. C’est tout. Et pourtant. C’est bien plus.

Il y a 52 mini projets sur ce terrain

explique Franco. Sans blague ! ? Il pointe différentes zones du territoire. Là des parcelles individuelles de culture. Là des parcelles collectives. Au fond, des arbustes fruitiers. Au milieu, des bacs de fleurs pour encourager la polénisation par la couleur. Là, des haies pour la diversité de la faune et la flore. Là une zone de production pédagogique. A côté une autre pour les légumes oubliés. Bientôt un hôtel à insectes. D’ici peu des bancs et une zone de promenade. Près de la tribune un étang pour produire de la spiruline (une algue hyper protéinique). Et l’envie de produire du purin d’orties comme fongicide. Aussi du vin, de la confiture de framboise.

Cultiver le vivre ensemble

Ces projets ne se résument pas à de simples voeux d’intentions. Environ trente personnes ont réfléchi ensemble le projet, ils ont constitué une charte. Pendant deux ans, ils ont retiré les cailloux, planté la haie, partagé les aires en espace de jeux, de sport, de cultures. Il n’y a pas d’argent qui circule. Un tiers de la production va au cultivateur personnel, un tiers retourne à la coopérative d’achats de La Rochelle, le dernier tiers alimente les repas communautaires. Pas de bobos bio à l’horizon, mais des personnes écorchées qui cultivent un ‘vivre ensemble’ qui sauve. Angela, spécialisée dans l’herboristerie, a hérité de l’amour de la terre de son papa, jardinier en Italie et mineur en Belgique. Elle est seule, de santé fragile. Avant, elle dépensait de 400 à 500 euros pour ses soins. Depuis le jardin, elle a réduit ses dépenses de moitié. Le remède ?

Je parle. On a quelqu’un à qui se confier.

Les autres acquièscent.

C’est dingue ce qui peut éclore sur des remblais de mine. Encore fallait-il que la terre soit cultivable. Il fallut faire des analyses pour évaluer la qualité du sol. Résultat. Olivier le jardinier est formel :

Une terre merveilleuse.

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