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Et si l’avenir de l’orange était d’être verte ?

Avril 2012
Publié dans le
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Au Brésil , l’agriculture durable et le commerce équitable portent leurs fruits. Le cours du jus d’orange atteint actuellement des sommets. Pas au profit des producteurs, mais bien des spéculateurs. Conséquences : tous les agriculteurs du secteur sont ébranlés. Tous ? Non ! Quelques irréductibles petits producteurs d’orange résistent au rouleau compresseur de l’agro-industrie . La prime du commerce équitable leur permet de bénéficier d’un prix stable, malgré les fluctuations des prix sur le marché.

Au Brésil, l’exemple de la coopérative Coopealnor, partenaire d’Oxfam depuis 2001, est emblématique à plus d’un titre. En se regroupant, les petits producteurs qui en font partie parviennent à défendre leurs intérêts de manière plus efficace, tout en améliorant la qualité de leur production. En corrolaire, ils parviennent surtout à maintenir les principes d’une agriculture paysanne, respectueuse de la terre et des hommes.

Le Brésil est le premier pays producteur d’oranges, avec environ 30% de la production mondiale. C’est aussi le pays de tous les contrastes, : avec une multitude de petits paysans relativement pauvres, et quelques géants de l’agro-industrie. Dans le rang de ces “monstres” agricoles, les sociétés brésiliennes Citrosuco et Cutrale dominent la production internationale de jus d’orange, avec deux autres multinationales (Louis Dreyfus et Cargill).

S’ils engrangent de beaux profits, ces géants de l’agro-alimentaire imposent surtout des conditions de travail relativement pénibles à leurs ouvriers agricoles[[highslide](2;2;500;500;)

Voir le reportage « Le voyage du jus d’orange » diffusé sur Arte

[/highslide]] : dès 5 heures du matin, des centaines de cueilleurs montent dans des autobus qui les conduisent dans les immenses plantations de la région de Sao Paulo. Sur une journée, ils remplissent et déversent chacun une moyenne de 60 sacs de 27 kilos, ce qui équivaut à une tonne et demi de charge par jour ! La moitié des cueilleurs sont des “cueilleuses” soumises aux mêmes conditions que les hommes.

Pour améliorer les rendements, les sociétés n’hésitent pas à utiliser des pesticides comme le carbenazime, interdit dans l’Union Européenne mais autorisé au Brésil. Résultat : des cueilleurs sont régulièrement intoxiqués, et n’ont d’autre choix que de se taire ou de quitter leur emploi. Le cas échéant, ils sont contraints de trouver euxmêmes l’argent pour se soigner. Leur situation est d’autant plus péoccupante qu’ils n’ont pas d’autres choix d’emploi dans la région.

Le recours aux pesticides a également un coût pour l’environnement : leur usage implique un taux d’émissions de CO2 bien plus élevé que les 12 000 km de voyage de concentré d’orange jusque chez nous[[highslide](3;3;;;)

Le transport et la distribution du jus d’orange émettent 22% du CO2, l’emballage 15% et son recyclage 3%. La fabrication des engrais est responsable de 60% des émissions, dans le cas du jus composé d’oranges issues de l’agriculture conventionnelle!

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Un marché très juteux pour les géants de l’agro-industrie

Près de 550 millions de litres de jus d’orange sont consommés tous les ans au niveau mondial, principalement aux Etats-Unis et en Europe. Un marché qui rapporte gros aux multinationales comme Pepsico (qui détient Looza et Tropicana) ou Coca-Cola (qui détient Minute Maid).

Le prix du jus d’orange concentré surgelé (le Frozen Concentrated Orange Juice ou FCOJ) est fixé sur le marché à terme de New York. Particulièrement volatile en raison de sa taille modeste, ce marché est également tributaire des conditions climatiques. Ainsi, lorsqu’il gèle en Floride, le prix du jus concentré augmente.

Si les multinationales peuvent répercuter ces variations de prix sur les consommateurs, les petits producteurs les subissent de plein fouet. Et faute de pouvoir concurrencer les coûts compressés des géants de l’agro-industrie, beaucoup d’entre eux abandonnent leurs vergers pour migrer vers les zones urbaines.

Le sursaut des petits producteurs

Face à cette réalité, 28 petits producteurs d’orange décident, en 1993, de se regrouper au sein de la coopérative Coopealnor. Leur ambition : renforcer leur position dans les négociations commerciales, faciliter l’accès de leurs membres à la terre et accompagner les nouveaux fermiers qui ont reçu un lopin de terre de l’Etat.

Aujourd’hui, Coopealnor regroupe 64 groupes de producteurs issus de 5 villages. L’organisation qui travaille de manière démocratique (assemblée générale, conseil d’administration), emploie environ 850 paysans principalement dans la culture d’oranges.

Le siège de Coopealnor se trouve à Rio Real, une petite ville de l’Etat de Bahia. Dans cette région très pauvre du Brésil, la plupart des producteurs éprouvent de grandes difficultés à maintenir la viabilité de leur petite entreprise familiale. En cause : un manque de capitaux et des exploitations trop peu productives qui occasionnent des baisses de revenus.

Le commerce équitable comme levier

Grâce au prix avantageux du commerce équitable, la vie des paysans membres de Coopealnor a changé. Plutôt que de migrer vers les grandes villes et leur cortège de misères, ils demeurent sur leurs terres pour y cultiver des oranges, mais aussi des noix de coco, du manioc, des haricots, et du maïs.

Pour les adultes, l’organisation poursuit également d’autres objectifs : proposer des formations, stimuler la participation à la politique au niveau local, promouvoir la production biologique, favoriser l’égalité hommes-femmes dans le Litoral Norte,… Grâce à cette hausse de revenus, les enfants peuvent également bénéficier d’une scolarisation régulière.

Les groupes de petits producteurs investissent une partie de leurs revenus au service de la communauté (électricité, adduction d’eau) mais aussi dans des outils qui vont permettre de varier les débouchés. C’est ainsi que Coopealnor s’est dotée d’une ligne de transformation pour jus pasteurisés pour le marché local. Grâce à une loi brésilienne qui oblige les collectivités à acheter leurs denrées alimentaires aux petits producteurs brésiliens (au moins 30%), les coopérateurs fournissent du jus de fruits aux écoles et aux hôpitaux de la région. Coopealnor distribue également ses produits via un réseau de magasins à Bahia et ses fruits frais sur le marché local.

Un labeur dur mais rentable

Nelson Borges est un des petits fermiers de Coopealnor qui a reçu le label bio. Il travaille seul sur son terrain.

L’agriculture biologique demande beaucoup de maind’oeuvre mais je dépense moins en engrais. La terre est saine et favorise la bonne santé de mes arbres.

Nelson est enthousiaste concernant le bio.

Je reçois un meilleur prix pour les oranges avec le label bio. Actuellement je suis le seul fermier bio ici à Pindoba mais j’espère qu’avec de meilleurs prix pour le bio, plus de gens feront le pas.

Nelson est membre du groupe local de Pindoba depuis sa création en 1999.

Un exemple pour les autres

Il y a dix ans, Nelson ne savait ni lire ni écrire.

Je n’ai été à l’école que jusqu’à la quatrième année primaire. Mais c’était il y a 30 ans. J’apprends tout sans diplôme et sans stages.

Nelson a suivi des cours d’alphabétisation. Il a maintenant son diplôme d’école primaire et est candidat à la direction de la coopérative. Un parcours qui redonne de l’espoir à d’autres producteurs, et qui confirme le slogan “small is beautiful ” !

Pour en sa voir plus sur Coopealnor , lire les analyses suivantes :

Pour en parler en classe :

  • La pièce de théâtre “Qui a volé l’orange ?” est directement inspirée de l’expérience de Coopealnor. Destinée à un public scolaire ou adulte, elle propose aux spectateurs de remplacer les personnages afin d’améliorer la situation. Infos : Cie Le Rire de la Lune, annick.honorez@skynet.be

 

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