Des communes qui voient plus loin que leur petit clocher

Juin 2018
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Vous vous promenez dans votre commune. Vous croisez des personnes de toute origine, qui ont amené avec elles leur histoire, leur langue, leurs traditions... À l’école, vos enfants croisent aussi d’autres cultures, inventent un nouveau vivre ensemble. Lors d’un festival, vous découvrez des danses, des musiques, de la cuisine d’autres régions. Et vous apprenez que votre commune est jumelée avec une ville africaine. Vous décidez alors de vous impliquer dans le conseil consultatif de coopération au développement afin d’apporter vos propres idées.

Roland d'Hoop

Vu comme ça, l’action des communes dans des projets de solidarité international semble très naturelle : c’est au niveau de pouvoir le plus proche des gens que l’on peut sans doute le mieux porter des projets autour de la dimension « Nord- Sud » et du vivre ensemble, notamment en impliquant les communautés issues de l’immigration. Citons par exemples le jumelage entre Ixelles, avec son quartier de Matongé, et la commune de Kalamu (Kinshasa) ou encore le jumelage entre Molebeek et la ville d’Oujda au Nord- Est du Maroc. Avec la mondialisation de l’économie et le réchauffement climatique, la solidarité entre citoyen·ne·s du Nord et du Sud apparait comme encore plus évidente : le monde est devenu un village, nos comportements ont des répercussions à l’autre bout de la planète, notre destin est lié de manière irréversible à celui du reste du monde.

Mais pour aboutir à une société interculturelle et solidaire, il faut du temps, des moyens financiers et le respect de certaines balises pour changer les mentalités. Ainsi, la sensibilisation de la population est essentielle. Par exemple en menant des actions ponctuelles (semaine de la solidarité internationale) ou des actions régulières (via les bibliothèques, les écoles, via la programmation des centres culturels ou les formations destinées au personnel, via le bulletin communal ou le site internet…).

L’éventail des actions possibles au niveau communal est large, qu’il s’agisse de coopération directe (la commune étant l’acteur et partenaire principal), semi-directe (par l’intermédiaire d’un partenaire) ou indirecte (via le soutien à des projets)1 . Les communes peuvent aussi aller plus loin dans leur démarche avec la mise sur pied d’un agenda local de développement durable (Agenda 21) et en faisant preuve de cohérence au niveau transversal (consommation équitable et durable, investissements éthiques, économie d’énergie, plan d’accueil et d’intégration des réfugiés…). Au-delà de leurs ressources propres, les communes peuvent trouver des fi nancements en répondant à des appels à projet émanant de différents niveaux de pouvoir2.

À l’heure des replis sur soi et des populismes de tout poil, il est essentiel de promouvoir la solidarité internationale. C’est du « win win », tant il est vrai que la coopération et la solidarité « enrichissent » et peuvent aboutir à des liens durables entre communes mais aussi entre collectifs citoyens.

Andrei Pandele photographie l’église Olari déplacée et cachée derrière un bloc d’appartements (Calea Mosilor, Bucarest) septembre 1982

L’Opération Villages Roumins (OVR), une campagne qui a marqué les esprits

En décembre 1988, un an avant la chute du Mur de Berlin, la Belgique découvre via un reportage de Josy Dubié (RTBF) les menaces de destruction de l’habitat traditionnel de milliers de villages de Roumanie. C’est le résultat de la politique de “systématisation” voulue par le président Ceaucescu. La mobilisation s’organise alors dans les communes belges, afi n de parrainer un village menacé. Au lendemain de la chute de la dictature, la campagne se focalise surtout sur l’aide d’urgence. Peu à peu naissent de nouveaux projets de développement durable. L’OVR a ainsi mis sur pied un réseau de tourisme rural avec logement chez l’habitant et organise des raids-vélos de solidarité à travers différentes régions du pays afin de financer des projets de développement durable. Aujourd’hui, on estime qu’il existe encore plus de 500 communes et associations coopérant avec leurs homologues roumaines, principalement en Belgique, France, Suisse et aux Pays-Bas3. Et si on lançait une nouvelle opération avec des communes du Sud confrontées à la misère ou à la guerre ?

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  1. Voir à ce sujet le guide communal de la solidarité internationale édité par le CNCD,
    www.uvcw.be. Voir aussi le guide de coopération au développement édité pour les communes bruxelloises, www.avcb-vsgb.be
  2. La coopération au développement (DGD), l’Union des villes et communes, Wallonie Bruxelles International, les programmes européens. voir www.wbi.be
  3. www.ovrinternational.be

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