Des crevettes rouge sang

Mars 2018
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Désolé, mais en lisant ce reportage, vous risquez de ne plus avoir le même appétit face à votre assiette de crevettes. Car c’est bien d’esclavage moderne dont il est question. Comme nous l’évoquions en 2016 (Oxfam-Magasins du monde, Analyse : Formol, chalutage et esclavage : une recette frelatée qui suscite l’initiative citoyenne dans le secteur de la pêche thaïlandaise, Sébastien Maes, Décembre 2016), l’exploitation se trouve à tous les maillons de la chaîne, depuis les bateaux de pêche en Thaïlande où sont torturés des migrant.e.s jusqu’à ces usines de traitement en Indonésie où les crevettes sont décortiquées avant d’arriver dans les rayons de nos supermarchés.

Crédit : Suthep Kritsanavarin / Oxfam

Prak, 30 ans, marin d’origine cambodgienne engagé sur un bateau de pêche en Thaïlande. Après être tombé malade, il a été congédié. On lui a dit qu’il devait 14 000 THB (environ 438 $) aux opérateurs du bateau – argent qu’il n’a pas. Mais s’il ne paie pas, Prak ne pourra pas récupérer son passeport.

Melati1 travaillait dans une usine indonésienne et devait éplucher 600 crevettes en une heure – une toutes les six secondes. Cet objectif était impossible à atteindre. Les conditions dans l’usine étaient dangereuses. Elle avait du mal à respirer et se brûlait les mains car elle ne disposait pas d’équipement de sécurité. « Après des plaintes, on m’a finalement donné des gants en plastique », témoigne Melati. Mais ces gants ne la couvraient pas au-delà des poignets. Or, elle devait plonger ses bras dans un seau de chlore pour préparer le chiffon de nettoyage. « Mes mains brûlaient et j’étais à bout de souffle à cause du chlore. Le soir, je ne pouvais toujours pas respirer correctement. »

© Adrian Mulya/The Sustainable Seafood Alliance Indonesia.

Mawar2 19 ans, vivait dans un petit dortoir avec huit autres travailleuses. L’endroit était sale et avait rarement de l’eau courante. Mawar a régulièrement subi des retenues sur son salaire, sans explication. Chaque jour, les surveillants la poussaient à travailler plus vite. « Parfois, la société ne me donnait que 10 jours de salaire sur 30, je n’arrivais pas à joindre les deux bouts. On me criait dessus tous les jours, je me sentais mentalement épuisée. »

Melati* worked in an Indonesian factory and had to peel 600 shrimps in an hour – one every six seconds – but said she could never meet this target. This meant she faced verbal abuse and feared her two month contract wouldn’t be renewed.

 

On top of unattainable targets, conditions in the factory were dangerous. Melati struggled to breathe and burned her hands due to not having proper safety equipment when cleaning the conveyor belt with a chlorine mixture. Several workers also told us they face the indignity of not being allowed to bring sanitary pads to work.

 

“I was given plastic gloves because we ran out of rubber gloves,” she tells us. They didn’t cover her beyond her wrists, and she had to put her arms into the bucket of chlorine mixture to prepare the cleaning cloth. “My hands were burning,” she says, “and I was out of breath because of the strong chlorine. In the evening, I still couldn’t breathe properly. Also, I could only change my menstruation pad when I had my rest time in the dorm. That means that workers have to keep the same pad for the whole day.”

 

*Name has been changed.

 

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  1. Le nom a été changé
  2. Le nom a été changé

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