Des défis très clairs

Septembre 2019
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Il n'y a pas de risque de pénurie de cacao, mais les cultivateurs sont exploités. Si ce secteur ne change pas en profondeur, le chocolat aura un goût de plus en plus amer. Oxfam-Magasins du monde voit trois défis très clairs : un revenu vital pour le cacaoculteur, la suppression du travail des enfants et la fin de la déforestation de la forêt équatoriale. Ils sont tous les trois liés à un problème central : la pauvreté extrême des cacaoculteurs. Les producteurs de chocolat peuvent agir, et les pouvoirs publics doivent les y contraindre.

1. Un revenu vital pour la cacaoculteur !

L’agriculteur qui cultive notre nourriture doit gagner suffisamment pour nourrir sa famille, avoir un logement décent et accéder à d’autres services essentiels, comme l’enseignement et les soins de santé. De plus, il doit pouvoir disposer de quelques économies pour faire face à des dépenses imprévues. C’est ce que nous appelons un revenu vital.

Les cacaoculteurs en Côte d’Ivoire ne gagnent pas assez pour vivre. Une étude récente le confirme une fois de plus : en moyenne, un cacaoculteur ivoirien gagne seulement 2.000 $ par an, tandis que le « revenu vital » est évalué à plus de 6.000 $ par an. Le revenu du cultivateur doit donc tripler pour répondre aux besoins de sa famille.

(Source : 2018, KIT, Analysis of the income gap of cocoa producing households in Côte d’Ivoire)

Comment un cacaoculteur peut-il atteindre le revenu vital ?

Un cultivateur doit d’abord bien… cultiver. Il doit utiliser les bonnes techniques, tailler les arbres de façon adéquate et apporter du compost pour enrichir le sol et garantir une production suffisante des cacaoyers. Un cultivateur moyen en Côte d’Ivoire produit 400 kg de cacao par hectare par an dans son verger, mais avec les bonnes techniques, il doit pouvoir en tirer 800 kg. Entretenir un verger demande bien entendu des efforts et des dépenses pour le cultivateur. S’il se voit offrir un bon prix pour son cacao, cela en vaut la peine.

Nous arrivons ainsi au deuxième facteur : le prix. C’est le grand absent dans la plupart des stratégies de développement durable des entreprises. Fairtrade International a calculé que le prix du marché pour le cacao doit atteindre 3.468 $ la tonne pour permettre au cultivateur d’atteindre le revenu vital. Aujourd’hui, le prix du marché oscille entre 1.900 et 2.500 $ : beaucoup trop peu, donc.

Tant que le cultivateur ne gagnera pas un revenu vital, le secteur du cacao ne pourra pas être durable

Mais à côté du cacao, un cultivateur et sa famille ont aussi d’autres sources de revenus. Ils cultivent d’autres récoltes ou ont d’autres activités professionnelles. Ce revenu non lié au cacao doit aussi augmenter. Nous pourrons alors véritablement parler de diversification des revenus. Et les femmes jouent un grand rôle à cet égard.

L’argent du cacao revient généralement à l’homme de la famille. Par conséquent, les femmes n’ont pas toujours leur mot à dire dans une famille de cacaoculteurs. Raison pour laquelle de nombreuses femmes de cacaoculteurs en Côte d’Ivoire ont un esprit d’entreprise très développé. Elles s’associent pour cultiver le manioc, la tomate ou le riz, ce qui génère des revenus supplémentaires pour la famille et une plus grande indépendance pour la femme. Une situation gagnant-gagnant !

Et cet argent doit bien sûr aussi être bien géré. Les coopératives peuvent assister leurs membres à cet égard, notamment en mettant en place une caisse d’épargne.

2. Le supression du travail des enfants dans le secteur du cacao

En Côte d’Ivoire et au Ghana, 2,1 millions d’enfants travaillent durement dans les champs de cacao (Source : Tulane University 2015). En 2001, l’industrie du chocolat a promis de résoudre le problème dans les 5 ans. Mais 18 ans plus tard, le constat est amer : le travail des enfants n’a fait qu’augmenter.

Pourquoi le problème n’est-il pas résolu ?

Le travail des enfants est lié à divers facteurs : la pénurie d’écoles et de bons enseignants, le manque de conscientisation, … Mais la principale cause reste toujours la même : la pauvreté structurelle dans laquelle vivent les cacaoculteurs.

Sans un prix du cacao stable, les cultivateurs ne gagnent pas assez pour payer des travailleurs. Les enfants doivent travailler par nécessité. À chaque fois que le prix du cacao baisse, le travail des enfants connaît une nette hausse.

Cela illustre le lien étroit entre le prix du cacao et le respect des droits humains et des droits de l’enfant.

Le travail des enfants augmente à mesure que le prix du cacao baisse.

Travail acceptable, travail inacceptable ou esclavage des enfants ?

Ces trois concepts ne signifient pas la même chose. Voici quelques explications !

  • Travail acceptable : un enfant va à l’école et aide ses parents pour les récoltes, sans utiliser de matériel dangereux. Le travail acceptable contribue au développement d’un enfant qui découvre ainsi la nature et le métier d’agriculteur de manière ludique.
  • Travail inacceptable : un traité international (convention 182 de l’OIT) décrit très précisément les « pire formes de travail des enfants », à savoir le travail dangereux et physiquement exténuant effectué par des mineurs d’âge et/ou l’exploitation sexuelle ou la traite de mineurs d’âge. En Afrique de l’Ouest, certains enfants doivent porter des sacs de cacao de plus de 50 kg, se blessent avec des machettes et reçoivent des pesticides sur la peau ou dans les voies respiratoires.
  • Esclavage des enfants : des réseaux criminels enlèvent et vendent des enfants afin qu’ils travaillent dans les champs de cacao sans aucune rémunération. Cela se passe surtout dans certaines parties de la Côte d’Ivoire, où sont vendus des enfants du Mali et du Burkina Faso.

Le travail acceptable des enfants n’est donc pas nécessairement un problème. Tandis que le travail inacceptable et l’esclavage des enfants doivent être éradiqués de la surface du globe. Les cultivateurs qui font travailler des enfants-esclaves doivent être emprisonnés et les réseaux criminels démantelés. Pour lutter contre le travail des enfants, une approche plus intégrale s’impose. De nombreux facteurs jouent un rôle, comme la conscientisation des cultivateurs, la présence d’école et d’enseignants, la suppression de la pauvreté structurelle.

3. La culture du cacao est aussi possible sans déforestation

La forêt humide tropicale d’Afrique de l’Ouest disparaît à toute vitesse, principalement dans les pays où l’on cultive beaucoup le cacao. À partir des années 1990, la déforestation liée à la culture du cacao s’est accélérée. Si nous n’agissons pas en profondeur, les dernières forêts équatoriales vont être rasées pour notre chocolat.

L’effondrement d’un écosystème

L’industrie du chocolat doit prendre ses responsabilités pour la restauration des forêts. Entre 1990 et 2015, 85 % des forêts de Côte d’Ivoire ont disparu. Dont 30 % à cause de la culture du cacao. La situation est encore pire dans les zones naturelles protégées, qui se transforment parfois entièrement en plantations de cacao. Aujourd’hui, 40 % du cacao issu de Côte d’Ivoire est illégal car il provient de zones protégées. Au Ghana, la situation est similaire.

Le cacao est donc à la base d’une catastrophe écologique. Les rares chimpanzés qui vivent encore en Afrique de l’Ouest doivent rechercher les derniers lambeaux de forêt équatoriale. Et alors que la Côte d’Ivoire comptait jadis des centaines de milliers d’éléphants, leur population est aujourd’hui estimée à entre 200 et 400 individus.

Mais la déforestation est aussi une catastrophe pour les activités humaines : le désert gagne du terrain, le sol s’assèche et des coulées de boue se forment lors des fortes pluies. Les arbres jouent un rôle essentiel de régulation des précipitations et du climat local. De plus, ils forment une protection contre le vent chaud du désert venant du Nord. Pour terminer, la disparition de la forêt équatoriale constitue aussi un drame international dans la lutte contre le changement climatique et la protection de la diversité.

Souvent, les entreprises actives dans le chocolat ignorent d’où vient le cacao qu’elles utilisent. Il est donc important qu’elles dressent un inventaire complet de leur chaîne d’approvisionnement. Ensuite, elles doivent lutter activement contre la déforestation en bannissant le cacao illégal (provenant des zones protégées) et en déployant une politique « zéro déforestation ». De plus, il est nécessaire qu’elles financent la transition vers l’agro-écologie en fournissant des formations et des arbres à replanter.

Slash and burn : une méthode bon marché de déforestation qui consiste à couper les arbres et à faire brûler de grandes parcelles de forêt. Cette technique est souvent utilisée pour cultiver le cacao. Dès que le rendement des cacaoyers diminue, les cultivateurs brûlent une autre parcelle de la forêt. Toutefois, cette pratique n’est pas du tout nécessaire. Dans les vergers agro-écologiques, les jeunes arbres côtoient les plus anciens. À côté des cacaoyers, on trouve d’autres fruitiers qui fournissent de la nourriture, et des arbres à haute tige qui fournissent de l’ombre et assurent une retraite aux cultivateurs grâce à leur bois.

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