Des terres en trait d’union

Juin 2011
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S’inspirant de l’initiative française « Terre de Liens », un groupe de personnes en Belgique planche sur l’accès à la terre pour les candidats agriculteurs qui n’ont pas hérité d’une exploitation agricole.

Olivier Bailly

Renaud Pinchart a posé ses bagages depuis quelques mois à la ferme du Véry Wéron. Pour y accéder, il suffi t de laisser sur sa gauche l’entraînement des petits footballeurs du CS Wépion, de longer un chemin caillouteux et de traverser la ferme et de rejoindre une bâtisse lovée dans l’arrière cour. Là, sur une petite terrasse de bois, chapeau de paille sur la tête, Renaud colmate avec de la cire d’abeilles une boite appelée à contenir une préparation biodynamique.

De ses études d’agronome à Ath jusqu’à ce lieu en passant par ses expériences d’élevage en Asie et Océanie, Renaud a toujours voulu allier le manuel et l’intellectuel, la sueur du labeur et la complexe compréhension de la terre. Quand il a appris qu’une superfi cie agricole se libérait, il n’a pas hésité. Et il s’est lancé dans le maraichage. Il exploite deux serres et un petit hectare caché derrière les arbres qui toisent sa terrasse. Renaud cultive des légumes avant tout, une soixantaine de variétés. Des panais, arroches rouges, tomates, roquettes, pois, courgettes, choux chinois, laitues mizuna. Le tout à sa sauce. Bio. Sans labour, mais avec fumier. C’est sa première année. La mi-juin sonnera le coup d’envoi des premières récoltes. Ce moment annonce aussi le début du casse-tête maraicher qui consiste à faire sortir des légumes constamment pendant 12 mois. Renaud ne part pas de rien. Il a expérimenté un plan de culture dans une ferme de formation organisée par l’asbl « Le Début des Haricots ».

Vivre de sa production

S’il loue la terre avec un bail à ferme très intéressant (160 euros par an) et qui lui off re une réelle stabilité, son investissement en matériel (tracteur, achat de semences, système d’irrigation, terreau, semence, pots, outillage) est conséquent. Au bout du compte, Renaud espère vivre chichement (1500 euros mensuel pour sa famille) mais vivre tout de même de sa production. Il a besoin pour cela de cent citoyens qui lui achètent des paniers. Ils sont déjà 40. Sans doute parce que dans ce marché de légumes, il n’y a pas de bonnes poires, tout le monde est gagnant. La nature évite l’indigestion chimique, des familles mangent sainement, un jeune agriculteur cultive sa passion et sa terre dans une dimension familiale.

Le projet est beau mais Renaud est un cas à part, soutenu par plusieurs acteurs rêvant d’une agriculture familiale, en harmonie avec la terre. Parmi eux, Zoé, Maarten, Jérôme.

Terres minus

L’initiative portée par Zoé, Maarten et d’autres est à ce point neuve qu’ils peinent à défi nir un nom pour leur structure embryonnaire, avant d’opter pour un alambiqué « groupe pilote « Terre de liens » de la plate-forme de soutien à l’agriculture paysanne ».

Leur objectif ? Multiplier les Renaud Pinchart…

« On voit par jour cinq fermes qui disparaissent en Belgique, explique Maarten. Mais le nombre de fermes de plus de 50 hectares augmente. Nous sommes à un noeud historique. Par rapport à la superfi cie, les petites fermes prennent toujours le pas sur les grandes, mais on en est presque à la même surface ».

Or, de leurs constats, les seuls agriculteurs qui innovent sont des maraichers travaillant dans le circuit court. En Belgique, une ferme de 50 hectares tend à mécaniser sa production, avec des intrants fossiles à l’impact environnemental négatif, et un ratio « terre exploitée/emploi créé » très faible. Ce modèle productiviste vide nos campagnes à la fois d’agriculteurs et de travail.

A l’inverse, en encourageant l’émergence de petits agriculteurs familiaux entourés d’une centaine de consom’acteurs, « on augmente le nombre d’agriculteurs et on augmente de manière encore jamais vue ses revenus » se réjouit Maarten (et on imagine que cela réjouira aussi Renaud…) En Flandre, des initiatives de ce type fonctionnent déjà, un maraicher vivant de sa production d’un hectare et demi achetée par 220 personnes qui préfi nancent son travail annuel. Arrêt de la surproduction agricole, vive la terre minus et tout le monde descend dans de petits champs ?

Certes, mais les difficultés ne manquent pas pour reproduire les Renaud Pinchart. La pression foncière en Belgique est réelle, induisant un prix à l’hectare très élevé (entre 20000 et 50000 euros). « Il ne faut pas forcément augmenter la terre agricole mais réformer celle existante, explique Maarten. Et garder en culture les terres autour des villes qui menacent de devenir terrains à bâtir, ce pour favoriser des circuits courts rentables ». « Il s’agit aussi de retirer la terre agricole de la spéculation, précise Zoé. Fixer son aff ectation comme agriculture bio ou paysanne une fois pour toute ».

Terre de liens belge

Le montage financier de ces projets particuliers n’est pas non plus une sinécure. Intéressé à encourager ce modèle d’économie sociale en zone rurale, la banque Crédal a soutenu Renaud. Il a reçu un microcrédit de 4000 euros et un fonds de trésorerie de 14000 euros. Mais surtout, le jeune maraicher est accompagné dans son aventure. Son plan fi nancier est supervisé, ses produits seront en première année écoulés par la coopérative Agricovert et « il est entouré par une couveuse qui l’aide à lancer une activité d’indépendant», insiste Jérôme Rassart, conseiller à Crédal. La banque développe à présent un crédit propre à l’agriculture, via un prêt plafonné à 25000 euros, soit pour un projet de maraichage ou de petit élevage.

Avec Zoé et Maarten, Crédal est aussi présent dans le groupe pilote qui organise le futur « Terre de liens ». La version belge créera deux structures. « Une association qui soutient le circuit court en mettant en lien l’agriculteur avec des citoyens et une coopérative qui vise à mobiliser les investissements citoyens » explique Zoé. Ainsi, ces structures sollicitent autant l’achat de la terre que le regroupement de citoyens. « Les citoyens qui se rassemblent autour de l’agriculteur rassurent, précise Maarten. C’est une sécurité. » Alimentaire.

La coopérative Agricovert soutient les producteurs inscrits dans une démarche écologique comme Renaud Pinchart.

Terre de liens : coopérative française pour permettre l’installation de paysans et le développement d’une agriculture biologique

Ferme du Véry Wéron avec une page sur le maraichage de Renaud

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