Du menu citoyen en (plat de) résistance

Septembre 2011
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Depuis deux ans, la cantine de l’Athénée Royal Charles-Rogier (Liège) propose, pendant une semaine, des plats durables. Mais comme dirait Richard, qui est aux fourneaux ? Les élèves !

Olivier Bailly

Faut pas trop pousser Alex Conrardy avant qu’il ne s’emballe. Si ce professeur n’écoutait que lui, il débrancherait les 25 distributeurs de Coca de l’Athénée Royal Charles-Rogier (Liège 1) dans une opération Commando. Ses élèves l’appellent Monsieur Interrupteur parce que pas une ampoule inutile ne reste allumée à son passage. Il se scandalise qu’un enseignant puisse apporter sa chauff erette pendant la journée « Gros Pull ». Et il dit « Je suis fort intéressé par les gestes éco-citoyens ». Sans blague ? « En tant qu’enseignant et à travers mes diff érentes activités j’intègre ces gestes. On étudie le réchauff ement climatique, le tri des déchets. J’accompagne la réflexion d’études géographiques, de cas pratiques ». Son leitmotiv: « rendre l’élève responsable et acteur ». Ne pas imposer.

Une école bien dans son assiette

 

Avec un homme de pareilles convictions, l’association Green savait qu’elle frappait à la bonne porte. En janvier 2010, elle a sollicité Alexandre pour encadrer une classe pilote de la campagne « Une école bien dans son assiette ». Une semaine de sensibilisation à l’alimentation durable avec les mains dans la sauce : les élèves choisissent et préparent les menus de la cantine !

C’est parti. La porte de la cuisine franchie, ils comprennent vite que sortir une centaine de plats par jour avec deux cuisiniers (!) pour trois euros par menu (entrée/plat/dessert), ce n’est pas de la tarte, même bio.

Stop aux surgelés, place au frais

Les menus sont décidés mais les prix explosent et les fournisseurs sont diffi – ciles à trouver. Une élève a l’idée de contacter Philippes Renard, cuisinier bio pour le restaurant d’Ethias. Le restaurateur relit les menus et passe la commande pour l’école. En mai 2010 arrive la semaine tant attendue. Stop aux surgelés, place au frais. Un hachis est au programme. Parfait, mais…il y a 50 à 60 kilos de pommes de terre à éplucher. Elèves, femmes d’ouvrage et concierge s’y mettent !

Au bout de cette première semaine test, l’idée est jugée formidable, mais les obstacles à une cuisine plus saine sont légion : la main d’oeuvre est une denrée rare, les prix bio sont élevés et les progrès réalisés ne durent qu’une semaine.

Affiches mystère

En 2011, une nouvelle classe relève le défi . Ils débutent par une évaluation de la cuisine. Plutôt que de se focaliser sur le tout bio, ils décident de changer durablement une habitude, tout en gardant des menus respectueux de l’environnement et la santé. Pourquoi pas un jour sans viande toute l’année? Les cuistots acceptent. Steak au tofu, pâtes au saumon, hachis aux brocolis sans viande au programme !

Les élèves portent également leur attention à la promotion de la semaine durable. L’année précédente, un courrier avait été envoyé aux 1300 élèves de l’école. La deuxième année, la classe a privilégié cinq affi ches mystérieuses. Le succès est au rendez-vous.

Les élèves et certains enseignants mettent une énergie démentielle dans ce projet, les gourmets ne s’y trompent pas puisque que ces semaines durables accueillent à la cantine le double de public habituel. Mais ce succès n’empêche pas les critiques de fuser. « Je ne vais pas manger du panais je ne connais pas », « j’espère que c’est bien cuit », « pff f le bio… ». Et les premiers à convaincre sont les professeurs eux-mêmes.

Petits Déj’ Oxfam au programme ?

Alexandre Conrardy reprend son souffl e après l’explication de ce projet. Même s’il reconnaît que les choses avancent, lui aussi est miné par le manque d’enthousiasme et de conscience citoyenne. Chaque année, il se dit qu’il ne multipliera pas les initiatives. Et chaque année, il relance des projets. Son courant, alternatif citoyen et renouvelable, passe visiblement bien. Pour l’année académique 2011-2012, une classe de 3e a déjà annoncé vouloir lancer des Petits Déj’ Oxfam et créer un JM (jeune magasin). Il fallait deux signatures de professeurs pour les appuyer. Et forcément, l’un des deux est Alexandre.

Les JM Oxfam aussi

Cette année scolaire, dans le cadre de la campagne « CULTIVONS ! », les groupes Oxfam dans le secondaire sont invités à réfl échir aux solutions pour une alimentation plus durable dans leur école. Le but est d’encourager la fi lière de l’agriculture paysanne. Pour plus d’informations, voir la page JM sur le site www.omdm.be

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