Fin du monde, fin du mois, même combat

Mai 2020
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Ce slogan ne provient pas d’un manifestant mais de l’ancien ministre de la Transition écologique et solidaire français, Nicolas Hulot, à l’occasion de la crise des gilets jaunes fin 2018. Quelques mois après sa démission fracassante du gouvernement d’Emmanuel Macron était ainsi résumé en une formule choc l’enjeu sans doute le plus crucial de notre siècle : réduire les inégalités croissantes tout en préservant l’habitabilité de notre planète face aux nombreux dépassements du ‘système Terre’, en particulier le changement climatique et la perte de biodiversité. Quels types de politiques publiques peut-on concevoir pour s’attaquer à ces enjeux sociaux et environnementaux ?

Patrick Veillard

« La bonne nouvelle », indiquait le militant écolo Cyril Dion dans une récente tribune du journal Libération, « c’est que la raison pour laquelle la planète est dévastée est la même que celle qui provoque les délocalisations, l’esclavage moderne dans les usines ou la montée des inégalités : le système capitaliste dérégulé ».

La quadrature du cercle ‘social et environnemental’

Si le constat d’un ‘ennemi commun’ semble relativement consensuel, les solutions sont, comme souvent, plus difficiles à faire émerger. Plus particulièrement, l’équilibre des mesures politiques entre social et environnemental s’apparente souvent à une quadrature de cercle.

La crise des gilets jaunes en est une bonne illustration. Partie, pour rappel, d’une hausse de la taxe sur le carburant, elle se voulait à l’origine un moyen d’orienter les usagers vers une mobilité plus durable, tout en contribuant au budget de la transition énergétique. En réalité, il a vite été clair que la hausse des taxes bénéficierait quasi-exclusivement au budget général de l’État, qu’elle serait inefficace en termes de réduction de l’usage automobile et surtout, qu’elle affecterait principalement les habitants des zones périurbaines et rurales, les plus dépendants à la voiture et souvent les plus précarisés.

À travers cette crise, on a pu mesurer à quel point une mesure se voulant écologique s’est révélée profondément inégalitaire et a suscité, en réaction, un mouvement social qui aura fortement ébranlé le pouvoir.

Exemples de politiques intégrées

Néanmoins, concevoir des politiques s’attaquant aux deux n’est sans doute pas aussi difficile que d’aucuns veulent bien le (faire) croire. On peut ainsi imaginer de nombreuses mesures en matière d’écofiscalité. Par exemple faire davantage peser la fiscalité carbone sur les entreprises les plus polluantes, comme le proposent l’économiste Pierre Larrouturou et le climatologue Jean Jouzel avec leur ‘Pacte finance – Climat’ (une sorte d’impôt fédéral sur les entreprises qui dépendrait de leur bilan carbone). Une autre piste serait de stopper les subventions aux énergies fossiles, pour les réorienter vers des industries vertes créatrices d’emplois, comme le prône le mouvement ‘Divest-Invest’. Dans tous les cas, il est crucial de faire de la fiscalité un outil incitatif ou dissuasif, et non punitif. Il faut pour cela redistribuer les dividendes de ces taxes, soit dans la transition écologique en tant que telle, soit pour aider les personnes impactées par les changements.

C’est cette dernière approche que des acteurs du mouvement syndical défendent avec leur concept de transition juste, qui recouvre notamment des mesures en matière d’emploi (ex. reconversion des travailleurs du charbon dans les énergies renouvelables ou l’isolation thermique des bâtiments).

Sur ce même principe d’amélioration de l’environnement comme source d’emplois mais à une échelle plus réduite et locale, les régions de Bruxelles Capitale et de Wallonie ont mis en place au début des années 2010 des alliances Emploi – Environnement (AEE), principalement dans le secteur de la construction durable mais aussi de l’eau, de l’alimentation durable et des ressources et déchets.

Relever les défis des inégalités et de l’environnement de manière globale et simultanée

S’il est impossible ici de faire le tour de ce type de politiques, on sent bien néanmoins qu’elles restent pour beaucoup à l’état d’ébauches, voire de voeux pieux. Les raisons, multiples, vont de la puissance des lobbys économiques au conservatisme du monde politique, en passant par les difficultés de conception et de mise en oeuvre face à des politiques plus sectorielles. Ces politiques n’en restent pas moins indispensables. D’un point de vue éthique et d’efficacité comme on l’a vu, mais aussi en termes de cohérence, notamment avec les 17 objectifs de développement durable adoptés par l’ONU en 2015. Même s’il est aujourd’hui galvaudé et mis à toutes les sauces, le concept de développement durable reste de ce point de vue pertinent dans sa dimension intégratrice, car il souligne la nécessité de relever les défis des inégalités et de l’environnement de manière globale et simultanée.

Pour en savoir plus : Fin du monde, fin du mois, même combat

Une stratégie européenne ambitieuse et intégrée en faveur de chaînes textiles équitables et durables

S’il est un domaine qui combine impacts sociaux et environnementaux, c’est bien celui du textile. Aux désastres sociaux, notoirement connus depuis l’effondrement du Rana Plaza au Bangladesh en avril 2013, s’est récemment ajoutée une prise de conscience croissante de la pollution générée par le secteur, en particulier en termes de rejets plastiques liés au lavage des vêtements en fibres synthétiques.

Une étude récemment commandée à l’ECDPM par Oxfam-Magasins du monde, FTAO et WFTO-EU vise à donner des pistes pour résoudre cette équation dans le secteur textile au niveau européen. L’Union Européenne (UE) a instauré des politiques destinées à relever ces défis, mais elles sont limitées, éparses et parfois peu spécifiques aux chaînes textiles.

L’étude fournit une ébauche de stratégie combinant différents types de politiques, propres aux textiles et autres, à la fois volontaires et contraignantes. Un tel « mélange savant » (‘smart mix’ en anglais) inclue ainsi des mesures en matière de diligence raisonnable sur les droits humains et l’environnement, d’accès au marché de l’UE, d’écoconception, ou encore une initiative multipartite à l’échelle européenne pour les textiles durables.

Pour aller plus loin : Vers une stratégie européenne pour des textiles équitables et durables.

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