“Il faut prendre conscience qu’un vêtement bon marché est source d’exploitation”

Septembre 2017
Publié dans le
Rubrique

Girish G. Krishnan est le co-fondateur de Mila Fair Trade Clothing, une (toute jeune) organisation indienne de vêtements équitables. Mila fait l’objet d’une campagne de financement participatif (« crowdfunding ») d’Oxfam-Magasins du monde durant l'automne 2017. L’objectif est de lancer une nouvelle gamme de t-shirts équitables et bio, tout en soutenant financièrement le développement de cette « nano entreprise » (comme il la décrit lui-même) d’une dizaine de travailleurs.

Propos recueillis par Patrick Veillard

Comment Mila a-t-elle été créée ?

J’ai fait la rencontre il y a 11 ans de Stefan Niethammer, qui lançait à l’époque un business en Allemagne (« 3freunde ») d’importation de vêtements équitables. Je travaillais moi-même dans le négoce textile à Tirupur, une grosse zone de production dans le Tamil Nadu (Inde du Sud).

Face aux difficultés d’approvisionnement en tissu biologique et équitable (notamment du fait de quantités minimales trop élevées), nous avons décidé en 2012 de créer ensemble notre propre organisation, Mila Fair Trade Clothing. Dès le départ, l’idée était de pouvoir fournir du textile bio et équitable en petits volumes à des importateurs spécialisés. Cette spécificité, ainsi que la qualité sociale des produits, les garanties fournies par nos labels, et le service premium et personnalisé à nos clients, font de Mila un acteur unique sur ce marché. Personne d’autre ne fait cela, ce qui me fait penser que l’on est sur le bon chemin !

Pouvez-vous détailler cette qualité sociale ?

Dès le départ, nous avons opté pour le 100% équitable et bio. Mila n’est pas une entreprise conventionnelle convertie dans le bio et l’équitable. Nous avons un haut niveau d’exigence afin de créer une organisation exemplaire. Nous respectons tous les critères équitables et, sur certains points, allons même au-delà. En matière de salaires par exemple, nous payons un salaire vital généralement supérieur aux exigences du nouveau standard textile de Fairtrade (voir plus bas et article alternatives p. 12). Signe de cette exigence, tous les employés recrutés à la création de Mila sont encore là : ce n’est pas un mince exploit dans cette industrie, qui connait un fort taux de rotation des travailleurs. Par ailleurs, notre chaîne d’approvisionnement est transparente et fait l’objet de visites et inspections régulières.

Pensez-vous qu’il y a un avant et un après Rana Plaza ?

De manière évidente, après le Rana Plaza, le niveau de conscientisation, notamment sur les questions de sécurité des travailleurs et de fabrication de vêtements plus éthiques, s’est considérablement accru. Il faudra encore attendre quelques années avant que cela ne se concrétise sur le plan de l’offre commerciale mais cela a clairement amené de nombreux entrepreneurs à faire des recherches dans ce domaine et à lancer leur propre marque éthique. Dans tous les cas, n’accusez pas le Bangladesh ou les propriétaires du Rana Plaza ! Les grandes marques sont les principaux responsables de cette tragédie. Ce sont elles qui ont été chercher là-bas les coûts les plus bas, en exploitant de pauvres gens. Les consommateurs aussi doivent être conscients que lorsqu’ils achètent et portent un produit bon marché, il est le fruit de l’exploitation de personnes qui le fabriquent.

Quelle est d’après vous la priorité en matière de droits des travailleurs dans le secteur textile en Inde ?

La priorité est d’éduquer les travailleurs. Les informer sur leurs droits, les outils de lutte à leur disposition, les soutiens existants, etc. La plupart des ouvriers du Tamil Nadu viennent de zones rurales et ont un faible niveau d’éducation. Et même lorsqu’ils sont éduqués, ils ne connaissent pas pour autant le code du travail, les minima salariaux, les différentes formes de contrat, etc. De ce point de vue, le nouveau standard textile de Fairtrade International est un outil très intéressant.

C’est la raison pour laquelle nous participons à leur programme pilote en Inde, aux côtés de deux autres organisations. Nos travailleurs ont déjà reçu quelques formations. Nous avons hâte qu’il soit implémenté pour être parmi les premiers à offrir cette valeur ajoutée à nos clients.

Quel est le principal défi rencontré par Mila ?

Notre principale contrainte actuellement est le manque de ressources. Quand nous aurons augmenté nos capacités de production, nous pourrons répondre à de plus grosses commandes et stabiliser l’organisation.

Paradoxalement, nos approvisionnements seront également facilités car nous sommes très limités actuellement par les quantités minimales de commandes pour le coton, le fil ou le tissu : étant donnés les très petits volumes dont nous avons besoin, nous passons souvent en dernier auprès des fournisseurs, ce qui pose toute une série de problèmes en matière de délais et de prix. Une fois la taille critique atteinte, nous nous approcherons plus encore du modèle d’organisation équitable dont je rêve !

Partager!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *