Inde : égalité hommes-femmes et conditions de travail

Septembre 2017
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En Inde, avoir une fille est souvent considéré comme moins utile et moins honorable, parfois même comme une malédiction ! Les parents devront payer les frais de mariage des filles et offrir une dot à la famille du marié (même si c'est interdit par la loi). Pour pouvoir payer cette dot, ils doivent parfois économiser toute leur vie !

Égalité hommes-femmes

La violence envers les femmes est très répandue dans cette société où la domination masculine se traduit notamment par les viols, la violence domestique, les mariages forcés, les attaques à l’acide, les crimes d’honneur, le trafic sexuel, la pratique de la dot, etc. Ce qui vaut à l’Inde d’être classée comme le 4ème endroit le plus dangereux au monde .

Lorsque j’ai commencé à sortir du village, j’ai pris conscience que les hommes et les femmes étaient égaux.

Amina, artisane chez Sasha (Inde).

Des filles éliminées avant même la naissance

L’Inde détient le triste record d’infanticides et d’avortements sélectifs de filles. L’avortement discriminatoire est pourtant interdit par la loi. Le gynécide, c’est-à-dire le meurtre des filles, reste pourtant assez courant en milieu rural. Certains auteurs estiment qu’il faudrait 60 millions de femmes supplémentaires pour rétablir un équilibre naturel entre sexes en Inde !

Une loi a été votée pour que les femmes puissent aussi avoir des sièges au sein de l’administration communale du village et certaines ont été élues. Mais même si des femmes ont été élues aux fonctions les plus hautes du village, ce sont toujours les hommes qui ont le dernier mot. Et ils forcent les femmes à adopter leurs décisions politiques. Notre organisation est différente en ce sens que nous sommes 90% de femmes et seulement 10% d’hommes et toutes les décisions importantes sont prises par des femmes.

Dipali, artisane chez Sasha (Inde)

Impacts du commerce équitable en matière d’égalité hommes-femmes

L’éducation des adultes et des enfants, en particulier des filles, est l’une des principales plus-values du commerce équitable.

Plus généralement, le commerce équitable est un outil d’émancipation et de défense des droits des femmes. Des organisations indiennes telles que Tara et Sasha, partenaires d’Oxfam, apprennent aux femmes à mieux connaître leurs droits.

Certaines organisations de commerce équitable apportent un soutien aux victimes de violences conjugales (voir encadré).

Le commerce équitable permet également aux femmes d’acquérir des compétences, de la confiance en soi et de modifier petit à petit leur place dans la société.

Issue d’une famille pauvre, Pooja a arrêté l’école à 14 ans et s’est mariée à 15 ans. Etant victime de violence conjugale, elle décide de rejoindre son père et dépose plainte pour viol contre son ancien mari. Grâce au soutien de Jeevika, un des groupes d’artisans travaillant avec Sasha (partenaire d’Oxfam), elle bénéficie d’un avocat gratuit et elle gagne finalement son procès. Aujourd’hui, la jeune femme est régulièrement invitée à des débats pour montrer aux femmes qu’il faut se battre pour ses droits et qu’il existe des recours légaux en cas de violence conjugale.

Quand je pense à tout cela, je me sens très fière. Malgré le peu d’éducation que j’ai reçue, je suis maintenant capable de parler en public, à la télévision même ! De suspicieux, mon entourage est devenu admiratif. Je suis également reconnaissante envers Jeevika qui m’a permis de mener ce combat pendant toutes ces années.

Salaires et conditions de travail

Le salaire minimum défini par l’Etat central indien était en juillet 2015 de 160 roupies (2,22€) par jour, soit 4160 Rupees (57€) par mois. Ce minima est très largement inférieur au salaire vital et ne suffit pas à assurer une vie décente, d’autant que les lois sur les horaires de travail (semaine de 48h, avec un maximum de 12h supplémentaires) sont très peu respectées. Les femmes sont d’autant plus affectées qu’elles reçoivent des salaires journaliers inférieurs en moyenne de 25% à ceux des hommes. A noter que dans le secteur textile, 60% des employé·es sont des femmes (même s’il existe de fortes disparités régionales). En plus de leur travail, les femmes portent de très lourdes responsabilités. Si quelqu’un tombe malade à la maison, c’est généralement à elles de s’en occuper. Elles doivent récolter l’eau, nettoyer la maison, s’occuper des enfants,…

Le cas des contrats sumangali

Le système « Sumangali » est un cas symbolique des violations des conditions de travail dans les filières textiles en Inde : il combine travail des enfants, travail forcé, trafic d’êtres humains et discrimination basée sur le sexe et la caste, pas moins ! Localisé essentiellement dans l’Etat du Tamil Nadu, ce système, proche de l’esclavage moderne, est basé sur l’emploi, dans les usines de filage et de confection, de jeunes filles provenant de régions rurales pauvres ou d’Etats avoisinants (souvent des intouchables ou « dalits »). Des agents locaux les y recrutent en leur promettant un bon salaire, assorti d’une prime à la fin du contrat si celui-ci est entièrement presté (généralement trois ans). Ce type de contrat est très attractif pour les parents, pour la plupart très pauvres, car il peut potentiellement couvrir tout ou partie de la dot.

Dans notre atelier, nous sommes très exigeants en ce qui concerne les infrastructures. Les artisans doivent bénéficier d’une installation électrique conforme, avec de bons câblages. Ils doivent utiliser des masques et des gants. Pushpanjali veille à fournir de meilleures conditions de travail que celles des autres entreprises.

Surash Mittal Pushpanjali (Inde).

Malheureusement, il se révèle souvent être un leurre : les ouvrières doivent travailler de très longues journées, dans des conditions insalubres et avec très peu de liberté de mouvement (elles sont confinées dans des logements attenants aux usines). De plus, la totalité des salaires ne leur est pas toujours versée. Si ce type de contrat Sumangali a nettement diminué depuis quelques années, suite à l’action d’ONGs internationales (ex. SOMO, ICN) et locales (ex. SAVE, READ), des poches subsistent toujours, en particulier dans les usines de filage (peu visibles et difficilement accessibles pour les syndicats, marques, et ONGs car elles sont le plus souvent localisées dans des zones rurales reculées). D’après les recherches et sources de l’ONG READ, près de 50.000 filles seraient encore victimes de ces différentes formes d’esclavage, via des contrats similaires dont seul le nom a changé (ex. « Mangalya Thittam », « marriage scheme », « camp coolie system »).

Sofiya, 27 ans, travaille depuis sept ans comme artisane au sein du projet Tara, à Delhi. Issue d’une famille musulmane de 7 enfants, elle aurait dû être mariée jeune, élever ses enfants et prendre soin des tâches domestiques en étant confinée à la maison. Mais, grâce à son courage et à sa volonté, elle a pu trouver un travail au sein de l’organisation de commerce équitable Tara.

C’était le plus beau jour de ma vie. Quelle fête quand j’ai reçu mon premier salaire ! “. Elle s’est acheté un scooter pour rejoindre son lieu de travail. “Je n’ai plus de comptes à rendre à personne.

Impacts du commerce équitable sur les conditions de travail

Dans le secteur équitable, les salaires versés permettent de répondre aux besoins de base et sont complétés par d’autres avantages sociaux (épargne, prime pour l’éducation des enfants, accès à la santé…). Les heures supplémentaires sont limitées et généralement doublement rémunérées. Par ailleurs, les organisations équitables doivent mettre en place des politiques en faveur de l’égalité hommes-femmes, assurant l’absence de discriminations de genre au travail. Le fait de gagner de l’argent permet également aux femmes de pouvoir gagner plus de pouvoir au sein de la société et au sein de la famille. Les ouvriers/ères et artisan·e·s du secteur équitable travaillent dans de bonnes conditions de santé et de sécurité et bénéficient de contrats de travail en bonne et due forme, avec tous les bénéfices sociaux associés (assurance santé et pension notamment). Des politiques de prévention du travail forcé ou du travail des enfants sont mises en place. Généralement, les organisations équitables ciblent spécifiquement l’octroi d’un emploi décent aux populations marginalisées (ex. populations de bidonvilles chez Creative Handicraft, dans la région de Mumbaï). Ces bonnes conditions sont permises par un dialogue social mature, en lien avec la présence de comités de travailleurs, de syndicats ou même l’implication des artisan·e·s dans les instances dirigeantes. Exemple : Creative Handicraft est dirigé par son assemblée générale, et chaque groupe d’artisan·e·s est géré par un·e représentant ·e élu·e (dont certains siègent dans le conseil d’administration).

Avant, je n’avais pas confiance en moi. Sur le plan personnel, j’ai beaucoup changé. Je mange bien et je porte de beaux vêtements, mes enfants aussi se portent bien. Ils reçoivent des cours particuliers, ils mangent bien et s’habillent bien. Avant nous étions dans une situation très difficile, maintenant tout va mieux.

Asha Kumari, artisane chezTara

Pour en savoir plus :

Oxfam a publié trois études en lien avec cette thématique. Elles sont disponibles sur www.omdm.be/etudes

Murugesh a commencé à travailler à 14 ans dans une usine textile dans des conditions de travail très dures. Malgré tout, il est passé graduellement d’assistant à couturier, pour être aujourd’hui « maître tailleur ». Il a travaillé chez Mila quelques années, aux débuts de l’organisation, mais l’a quittée pour ce qui semblait être un travail plus attractif : des commandes très bien payées, mais à la pièce. Une fois les commandes finies, il s’est rendu compte que le salaire fixe de Mila était bien plus intéressant sur une base annuelle. En plus de ce bon salaire, le commerce équitable signifie pour lui plus de liberté et d’autonomie dans son travail. 

Selvi est arrivée chez Mila il y a plus d’un an, après avoir perdu son ancien travail. Comme près de 300.000 autres ouvriers de la région, elle a assisté à la fermeture de son ancienne usine, suite à une décision de la Cour de justice indienne d’interdire les déversements d’eaux usées dans les rivières. D’abord assistante, puis maintenant couturière, elle a beaucoup appris chez Mila, notamment du fait de la grande expérience de ses collègues et de l’approche orientée qualité de l’organisation. Aujourd’hui, elle est fière de gagner un peu plus que son mari (près de 14.000 rps par mois, soit environ 200€). A eux deux, ils parviennent à économiser environ 10.000 rps par mois, ce qui leur permet d’envisager l’achat d’un terrain pour construire une maison.

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