Je m’indigne donc je suis

Mars 2011
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L’indignation, une nouvelle forme de liberté ? Certes, l’idée est séduisante. Pour autant cependant qu’elle soit suivie d’une réaction positive en mesure de faire bouger les choses. Explication.

Gilles Abel

 

Lorsqu’on prête l’oreille à l’actualité, nombreuses sont les occasions de s’indigner. Tant il vrai que dans le grand brassage médiatique qui nous anime, beaucoup d’événements ont l’injustice comme carburant… Des bonus plantureux offerts à des traders sans scrupules? Des propos négationnistes? Un attentat en Irak qui coûte la vie à de nombreux civils? Un homme battu à mort à Munich, sous les yeux de 15 personnes qui ne sont pas intervenues? Certes, l’indignation témoigne de notre sensibilité à l’injustice et de notre aptitude à tracer une frontière entre bien et mal. Mais est-ce bien suffisant?

Indignation sans réaction

Car l’indignation peut facilement avoir bon dos. Relevant par définition du registre de l’émotion, il serait facile de s’en contenter, en oubliant que l’indignation sans réaction, c’est un peu comme un moule-frites sans les frites, soit quelque chose de douloureusement incomplet. Quoi de plus facile en effet que de pousser de grands cris devant un événement injuste, pour ensuite s’en retourner vaquer à ses occupations? D’autant que la puissance de l’indignation est souvent directement proportionnelle à la distance qui nous sépare du lieu de l’évènement…

Démocratie du fait divers

Sans compter qu’il n’existe pas de « charte » qui définit ce qui mérite l’indignation ou non. Et nous vivons à une époque où l’émotion – plutôt que la raison – sert souvent de boussole à notre quotidien. Comment alors ne pas craindre, à force d’y recourir sans compter, qu’on en arrive à ce que trop d’indignation tue l’indignation. Et qu’à une époque marquée par le triomphe d’une « démocratie du fait divers », plus personne ne soit en mesure d’évaluer les indignations sur une échelle de gravité?

Recours à la solidarité

S’il en est ainsi, comment faire pour trier les bonnes indignations des mauvaises, les utiles des inutiles? Et une fois l’émotion passée, comment en arriver au stade de l’action? Malheureusement (ou heureusement?) il n’existe pas de recettes toutes faites. Mais il fait peu de doute que le recours à la solidarité, à la discussion, à l’échange et à l’esprit critique constitue une voie prometteuse en ce sens. Afin que l’indignation, plutôt que de dissimuler inertie, indifférence ou lâcheté, puisse au contraire constituer un puissant moteur de changement.

 

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Un commentaire sur “Je m’indigne donc je suis

  1. Les manifestations et les votes en faveurs d’actions justes doivent booster ceux qui ont un pouvoir politique ou commercial.
    Il faut d’abord des stratèges pour un juste changement.

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