La démocratie économique, kezako ?

Décembre 2012
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Démocratie. Economie. Voilà deux mots que l’on n’a guère l’habitude d’associer. La démocratie n’est-elle pas le domaine de la politique et des politiciens ? L’économie celui du marché libre et des businessmen ? Ce n’est bien sûr pas si simple.

Patrick Veillard

La crise économique actuelle, qui a vu les banques mutualiser leurs pertes tout en privatisant leurs profits, montre à quel point les politiques sont devenues subordonnées au monde économique. Trois décennies de libéralisation1 et de concentrations aux tendances monopolistiques ont ainsi donné aux marchés un pouvoir totalement démesuré, leur permettant de dicter leur loi à des politiciens pourtant mandatés pour protéger l’intérêt général. C’est là que la notion de démocratie économique prend du sens. Au lieu de limiter le contrôle citoyen au seul champ politique – que ce soit sous forme de démocratie directe ou représentative – l’idée est ici de pénétrer la sphère économique, déterminante sur la vie des individus et des collectivités. Remettre l’économie au service de l’humain, en redonnant au citoyen la place qu’il mérite face à l’entrepreneur, à l’actionnaire ou au consommateur .

Différents espaces de concrétisation

Concrètement, redonner – ou reprendre – cette place peut se réaliser à tous les niveaux de la société, car la démocratie économique est un enjeu qui appartient à l’ensemble des citoyens. Les GASAP, les monnaies locales complémentaires , les initiatives de finance solidaire, etc. sont ainsi des exemples d’espaces d’économie solidaire où les citoyens peuvent expérimenter de manière autonome et bénévole des alternatives démocratiques aux entreprises classiques. En bref, localiser et dynamiser les échanges de biens, services ou savoirs, au service des citoyens. L’entreprise – le coeur de l’économie de marché – est un autre espace où le concept peut être décliné. Un nombre croissant d’entreprises d’économie sociale mettent ainsi en place diverses pratiques de démocratisation : association des employés aux décisions, réinsertion des exclus, réallocation des excédents dans l’entreprise, compte-rendu des pratiques sociales et écologiques , etc. De nombreuses formes juridiques permettent de structurer ces pratiques mais le modèle coopératif est sans doute l’un des plus pertinents, de par ses règles de gouvernance démocratique (principe ‘un membre, une voix’, adhésion volontaire et ouverte à tous, etc.). De même, de nombreux parallèles existent avec l’expérience économique alternative qu’est le commerce équitable.

Nouvelle stratégie d’Oxfam-Magasins du monde

Ce n’est donc pas un hasard si Oxfam-Magasins du monde a décidé de faire de la démocratie économique sa nouvelle ligne stratégique . De fait, elle est sans doute l’une des organisations belges les mieux à même de décliner le concept. Du fait par exemple des parallèles avec le commerce équitable ou avec les vêtements de seconde main, de son fonctionnement démocratique, de celui de ses partenaires dans le Sud, souvent constitués en coopératives. Mais aussi et surtout car le coeur de son projet est constitué par son mouvement de bénévoles. Qui est mieux à même d’expérimenter, de rendre concrète et de faire évoluer cette démocratisation ? Meilleure compréhension de la transaction commerciale, de l’environnement économique hors et dans le magasin, actions de sensibilisation ou d’interpellation vers les citoyens-consommateurs, créations et expérimentations collectives d’alternatives économiques. Les possibilités d’actions à notre portée sont innombrables…

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