La gestion participative, une belle utopie ?

Décembre 2012
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La gestion participative est au coeur de la nouvelle pièce de théâtre proposée par l’ONG Autre Terre et l’association ‘Le Baobab’ du Burkina Faso. Cette pièce, intitulée ‘Comme un baobab sur le parking’, sera en tournée en Belgique en octobre et novembre 2013. Pour en savoir plus sur l’origine de ce projet et sur sa philosophie, nous avons fait l’interview croisée de Hortense YAMEOGO, comédienne et trésorière de l’association ‘Le Baobab, et de Cinzia CARTA, comédienne et salariée du groupe Terre depuis une trentaine d’années.

Propos recueillis par Roland d’Hoop

Déclics : Que vous apporte, la gestion participative ?
Cinzia : Au travail aussi, nous avons le droit de donner notre avis ! Cela m’aide à mieux comprendre les mécanismes de gestion. La gestion participative, c’est aussi une manière de responsabiliser les travailleurs. Cela donne un sens à notre travail, on sait vers où on va.
Hortense : Susciter le débat nous permet d’avoir plus de transparence dans les décisions et de mieux nous entendre.

 

Déclics : Quelles sont les difficultés que cela suscite ?
Cinzia : Une des difficultés vient du fait que nous ne sommes pas habitués à faire de la gestion participative. Depuis notre plus jeune âge, on nous a dit «tais-toi», «reste bien gentil», «écoute les plus grands, écoute ceux qui savent». Chez Terre, c’est l’inverse : tout le monde a le droit de prendre la parole, quel que soit son niveau.
Hortense : Quand on est engagé dans l’économie sociale, on est malgré tout confronté à la concurrence des autres entreprises, qui ne fonctionnent pas de cette manière. Chez eux, c’est le patron qui décide, tandis que chez nous, il faut une concertation avant de décider. Mais le fait de pouvoir influencer les décisions renforce la motivation des travailleurs. Chacun se sent plus impliqué quand l’entreprise appartient à ceux qui y travaillent.
Cinzia : Ca ne vient pas tout seul, il faut un apprentissage pour que chacun ose prendre la parole. En assemblée générale lorsque nous devons prendre une décision, le responsable enlève sa casquette de responsable et se met au même niveau que le travailleur. Cela peut créer une confusion chez certains, qui s’effacent en pensant «c’est mon responsable qui parle, donc je vais suivre son avis».

 

Déclics : Mais ne faut-il pas permettre au chef de trancher et de prendre une décision ? Cinzia : Nous faisons tout pour que cela ne se passe pas comme ça, et que chacun ait le même poids lors des assemblées générales. C’est pourquoi nous appliquons le principe ‘une personne, une voix’. Par contre, au quotidien, le responsable est chargé de la gestion de son secteur et peut donc trancher sur certaines décisions.

Hortense : Chez nous aussi, c’est la majorité qui l’emporte. Nous ne sommes pas encore très expérimentés dans l’économie sociale, mais nous tentons d’expliquer aux gens qu’ils ont leur mot à dire. Hommes et femmes ont le même poids et nous veillons à ce que chacun puisse participer à la discussion.

 

Déclics : Y a-t-il une différence au niveau social ou au niveau de l’instruction ? Un universitaire sera-t-il plus écouté que quelqu’un qui n’a pas fait d’études ?
Cinzia : Non, nous avons gommé toutes ces différences grâce à l’application du principe ‘une personne- une voix’ en assemblée générale. Même si les universitaires sont indispensables, lorsque l’on discute, on ne fait pas de différence. Comme nous avons plus de 15 nationalités parmi nos travailleurs, nous faisons aussi très attention au vocabulaire utilisé et veillons à ce que les informations soient comprises par tous.
Hortense : Chez nous, le taux d’analphabétisme est très élevé, et nous ne voulons pas rejeter ceux qui n’ont pas été à l’école. Nous prenons donc en compte toutes les bonnes idées, peu importe de qui elles viennent.

 

Déclics : Les travailleurs participent-ils à la discussion sur ce que l’on fait des bénéfices ?
Cinzia : Chez Terre, une partie du résultat est reversée à des projets de solidarité avec les pays du Sud. L’ordre de priorité dans l’affectation du résultat est décidé en assemblée générale. Selon nos différentes priorités, nous y décidons ensemble des investissements à faire et de la politique salariale.

Déclics : Ce modèle est-il rentable ?
Cinzia : Notre entreprise existe depuis 60 ans ! Notre objectif n’est pas de rétribuer des actionnaires mais de faire vivre un projet social. Notre résultat, nous le réinvestissons dans le fonctionnement, les salaires et dans des projets de solidarité.

 

Déclics : Comment est née la pièce de théâtre ?
Cinzia : Nous avions envie de parler de notre mode de fonctionnement, de la gestion participative. Pour cela, Hortense et moi avons interviewé des travailleurs du groupe Terre et c’est de là qu’a été créé le scénario et que le spectacle a été mis en scène, en collaboration avec le Théâtre du Public.

 

Déclics : Pourquoi avoir choisi de monter cette pièce avec quelqu’un du Sud, et plus particulièrement d’ Afrique ?
Cinzia : Le Nord et le Sud de la planète sont interdépendants. Pour qu’il y ait un changement global, il faut que la parole du Sud soit entendue. Le regard d’Hortense permet aussi de remettre en question certaines de nos habitudes, comme celle de la surconsommation ou du gaspillage.

 

Déclics : Quel est le message que vous voulez faire passer à travers cette pièce ?
Cinzia : Chaque personne a le droit d’avoir un travail et un revenu décent, quel que soit le pays où il habite. Et nous pouvons tous, si on le désire, rendre notre entreprise plus démocratique. Enfin, nous voulons mettre l’accent sur une économie au service de l’humain et non au service de la finance et du profit à tout prix.

Plus d’info sur la pièce ‘Comme un baobab sur la parking’ :

Philippe Dumoulin : Tél. 0495 48 94 92 – theatre.du.public@skynet.be
Cinzia Carta:Tél. 0471/84.49.02 – cinzia.carta@autreterre.org

Le groupe Terre

Le groupe Terre est un groupe d’entreprises d’économie sociale employant 300 personnes et regroupant 4 sociétés anonymes à finalité sociale et deux asbl (Terre et Autre Terre). Le secteur d’activité tourne essentiellement autour de la récupération. L’asbl Terre a gagné en 2012 le Grand Prix des Génération Futures. Ce prix couronne chaque année une initiative de développement durable exemplaire dans notre pays.

http://www.terre.be

Le Baobab

Cette association utilise le théâtre-action afin de sensibiliser différents publics aux enjeux sociaux de la mondialisation ou des inégalités Nord/Sud. Grâce notamment aux bénéfices engendrés par le théâtre-action et au soutien de l’ONG Autre Terre, le Baobab a pu développer dans le village de Villy, au Burkina Faso, des projets d’alphabétisation et de soutien à l’agroécologie. En ville, à Ouagadougou, elle met en place des projets de microcrédit, de vente de fripes et de théâtre-action.

http://www.autreterre.org/

Terre vu par Albert Jacquard

«Aujourd’hui, en participant à la réunion des travailleurs de Terre asbl, je me suis dit que ces gens étaient en train de fabriquer de la démocratie, un véritable endroit où les gens participent à la construction de leur destinée. Et que cette démocratie se développait aussi dans l’entreprise, sur leur lieu de travail. Une telle transparence de la part des responsables, une telle volonté de comprendre les enjeux de la part des travailleurs, tellement d’énergie dans la formation et l’éducation, ce sont là les ingrédients réels pour continuer à y croire.»

Extrait d’une conférence de M. Albert Jacquard le 29 avril 2010, Terre – Fontaine-l’Évêque

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