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La Slow Fashion : vers une mode plus éthique et plus durable

Mai 2020
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S’il est un secteur que l’on associe avec des conditions de travail indécentes, c’est bien celui du textile. Les commémorations chaque 24 avril de l’accident du Rana Plaza au Bangladesh sont là, entre autres, pour nous le rappeler. Des publications récentes ont montré à quel point son impact environnemental est également très lourd. Au-delà de l’utilisation intensive d’eau et d’importantes émissions de CO2 (voir encadré), on a ainsi découvert que le lavage des vêtements provoque une forte pollution plastique des rivières et océans : jusqu’à 700.000 fibres microplastiques par lavage ! Mais qu’en est-il de la slow fashion, ce mouvement qui se présente comme une alternative, et quels sont ses liens avec le commerce équitable ? Petit tour de la question.

Patrick Veillard

Dans les milieux dits alternatifs, presque tout le monde connait le concept de slow food : un mouvement né en Italie dans les années 80 défendant la qualité, la convivialité, la traçabilité, etc., le tout en opposition à la standardisation des produits industriels.

La slow fashion est l’équivalent (plus récent et moins connu) dans le domaine textile. A l’opposé du modèle de fast fashion qui exploite et qui pollue, la slow fashion combine respect des travailleur·euse·s et de l’environnement, et ce sur l’ensemble du cycle de vie des vêtements : de la conception jusqu’à la fin de vie, en passant par les différentes étapes de production et de consommation. Le concept est en cela proche de celui d’économie circulaire, mais appliqué au secteur de la mode, et avec une approche plus socio-culturelle (opposition à la standardisation des produits, protection des identités culturelles et des savoir-faire, attachement symbolique aux vêtements et à leur histoire).

Popularisée par des organisations telles que Fashion Revolution, la slow fashion est de plus en plus tendance (pour ne pas dire à la mode), du fait notamment de son caractère global. Même si ce dernier signifie un certain ‘flou artistique’ (et donc des risques de greenwashing), cela donne beaucoup d’opportunités d’alliances entre mouvements et associations, souvent assez cloisonnés. La campagne d’Oxfam-Magasins du monde « Une autre mode est possible » a ainsi regroupé, sous l’étiquette slow fashion, une grande diversité d’alternatives : le textile équitable, mais aussi éthique, le biologique, le vêtement de seconde main, le local, la réparation, la location, l’upcycling et le durable (dans le sens solidité des matériaux et intemporalité du style) .

Chacune de ces approches est incomplète ou imparfaite, mais apporte sa pierre à l’édifice d’une mode plus durable. L’achat de vêtements neufs équitables ou éthiques permet par exemple de se concentrer sur les conditions de vie et de travail dans le ‘Sud’ (petits producteurs de coton, ouvriers ou artisans) mais ne couvre pas ou peu l’environnement, à l’inverse des vêtements biologiques. D’autres approches se focalisent davantage sur les critères environnementaux, généralement dans les pays dits du Nord : c’est le cas des magasins de location, de seconde main ou de l’écoconception.

En résumé, la slow fashion tente de combiner les enjeux sociaux et environnementaux du développement durable dans la seule filière textile (dans l’idéal dans un même produit), tout en couvrant à la fois le Nord et le Sud. Cela en fait un outil de sensibilisation global, voire systémique, à l’image notamment des objectifs de développement durable (en particulier l’ODD 12 sur la consommation et la production responsables).

Le secteur équitable ne pourrait-il pas s’inspirer de cette approche multi-critères pour se renouveler ? On pourrait par exemple introduire des critères d’économie circulaire aux critères équitables existants, afin de tendre vers un commerce plus soutenable, i.e. adapté aux contraintes planétaires. A l’image de la slow fashion, les acteurs équitables pourraient ainsi travailler davantage l’écoconception des produits, pour qu’il soient plus solides, plus fonctionnels et aient un impact environnemental plus réduit (voir par ex. les produits en Sari recyclé de Sasha en Inde, et ceux de Tara).

Dans le contexte d’urgence écologique et sociale actuel, cette systémisation des approches semble indispensable. A ce titre, le modèle de slow fashion pourrait être l’exemple à suivre, une sorte d’avantgoût des modes de production et de consommation de demain. Le secteur doit néanmoins relever de nombreux défis, en premier lieu celui du changement d’échelle. Il reste en effet encore peu développé, en comparaison par exemple au foisonnement d’alternatives alimentaires, que ce soit en équitable ou en circuit-court. Il est donc essentiel d’accompagner son développement à l’aide de politiques publiques adéquates, par exemple en termes de soutien à l’entreprenariat.

Pour en savoir plus
Définition, cartographie des acteurs/trices belges et positionnement d’Oxfam-Magasins du monde.
Impact environnemental du secteur textile : le dernier clou dans le cercueil ?

Quelques chiffres sur l’impact environnemental du secteur textile

  • 100 milliards de vêtements ont été consommés dans le monde en 2014 (en augmentation de 40% entre 1996 et 2012 pour la seule UE).
  • La production et la consommation associées au secteur textile sont responsable de l’émission de 1,7 milliard de tonnes de CO2 par an. Des différentes étapes du cycle de vie d’un tee-shirt en coton, c’est son utilisation qui serait la plus émettrice (52%), suivie de sa fabrication (26%) et de la production des matières premières (14%).
  • Le secteur produit également 92 millions de tonnes de déchets par an, sachant que seulement de 15 à 20% du textile était recyclé en Europe en 2005. –
  • L’habillement représente de 2 à 10% de l’empreinte environnementale globale des ménages dans les pays riches, au 4ème rang après le logement, la mobilité et l’alimentation.

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