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La terre, une ressource limitée

Mars 2015
Publié dans le
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Tout comme l’eau ou l’air, la terre est absolument indispensable pour vivre. C’est un bien précieux qui résulte de la dégradation lente des roches, sous l’action du soleil, du vent et de la pluie, des animaux et des plantes, et qui nous permet de produire notre nourriture. Sans elle, c’est la faim ! Comment faire dès lors pour préserver ce bien essentiel et pourtant menacé partout dans le monde ?

Corentin Dayez

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Depuis 20 ans, le golf de Sommerau en Alsace est dénoncé comme un symbole d’une utilisation de la terre à des fins contestables. Avec un coût de plus de 6 millions d’euros d’argent public, le projet est également une catastrophe écologique. Plus d’infos sur www.sommerau.org

La surabondance des rayons de nos supermarchés laisse à penser que nous ne manquons pas de terres agricoles pour garantir notre alimentation. C’est vite oublier que près de 60% des terres utilisées pour satisfaire notre demande en produits agricoles ou forestiers ne sont pas européennes.

Donc, nous consommons joyeusement, comme si nous avions plusieurs planètes à notre disposition, et dans le même temps nous laissons le béton grignoter nos terres agricoles. Chaque année, en Europe, c’est en effet l’équivalent d’une ville comme Berlin qui est transformée en espace urbain, où pratiquement rien ne pousse.

Mais le problème ne s’arrête pas là… Si encore nous cultivions de manière raisonnable. Mais non, nos terres sont épuisées, elles n’arrivent plus à suivre ce que nous leur demandons pour au moins deux raisons : d’une part à cause de l’érosion et des pratiques agricoles industrielles qui les rendent moins fertiles ; d’autre part à cause du changement climatique.

Sans compter que les terres sont aussi convoitées pour d’autres buts moins nobles que celui de nourrir les humains : agrocarburants, sapins de Noël, centres commerciaux, parcs aquatiques ou animaliers…

Il faudra bien nous y résoudre, les terres fertiles sont en réalité limitées… et donc infiniment précieuses. Ce ne sont pas de simples marchandises qui peuvent être échangées au prix le plus fort. Il est grand temps de les protéger !

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Des terres très convoitées

Ce qui est rare est cher. Tel est le constat des acteurs de l’agrobusiness, des investisseurs et des États qui se livrent du coup à une course folle pour acheter ou louer à bon compte des terres fertiles partout dans le monde.

Oxfam estime que le phénomène concernerait plus de 227 millions d’hectares, soit plus de 15% de l’ensemble des terres arables depuis l’année 2000. L’Afrique est certes le continent le plus concerné par ces investissements. Mais aucun continent n’est épargné. En Europe, ce sont essentiellement les anciens pays du bloc de l’Est qui sont ainsi pris pour cible par des sociétés commerciales à l’affut de terres arables à bas prix.

C’est quoi l’accaparement des terres ?

On parle d’accaparement dès lors que l’acquisition des terres viole les droits humains, qu’elle se déroule sans consultation des personnes concernées, sans véritable consentement et en secret. Les « accapareurs de terres » ignorent les éventuels impacts sociaux et environnementaux des transactions foncières qu’ils réalisent.

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ACCAPAREMENTS DES TERRES DANS LE SUD : LE RACKET CONTINUE ! Au cours des dix dernières années, une surface équivalente à huit fois la superficie du Royaume- Uni a été vendue à l’échelle mondiale dans un contexte d’accélération rapide des acquisitions. Ces terres pourraient nourrir un milliard de personnes. Des populations de pays pauvres se retrouvent privées de logement et de nourriture à la suite de grandes transactions foncières.

Pérou : le combat du pot de terre contre le pot de fer

foto-blog-lynda-iiMáxima Acuña est une modeste paysanne de l’Altiplano. Elle est devenue le symbole de la résistance à l’exploitation minière dans son pays parce qu’elle refuse de vendre son lopin de terre réclamé par une très puissante multinationale. Résultat ? Le projet qui implique que des lacs d’altitude soient vidés et remplacés par des réservoirs artificiels est suspendu. Son combat n’est pas celui d’une paysanne isolée mais celui de toutes les communautés avoisinantes privées d’eaux et de terres.

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Roumanie : le revers de la médaille de l’entrée dans l’UE

En Roumanie, comme en Afrique, des investisseurs, surtout occidentaux, achètent à tour de bras des terres cultivables, ôtant aux petits paysans leur base d’existence. La Roumanie et l’Ukraine, riches de leur terre, sont la cible de firmes d’investissements allemandes, italiennes, britanniques et autres dans leur tournée de shopping.

Willy Shuster est un de ceux qui se bat contre ce phénomène, avec l’association Eco Ruralis. Face à des investisseurs prêts à tout, il oppose une ferme résistance pacifique, faisant notamment appel aux réseaux sociaux et à la solidarité internationale. Il se rappelle ses sentiments lors du nouvel an 2006-2007, alors que la Roumanie entrait dans l’Union européenne : « Tout le monde, au gouvernement, dans la presse, exprimait la nécessité pour les agriculteurs et les citoyens de prôner la croissance et la fin de l’agriculture à petite échelle. J’ai senti que nous étions les seules personnes qui pensions que l’agriculture paysanne était encore valable… »

www.ecoruralis.ro

France : Philippe Layat expulsé de son terrain pour du foot !

Le cas de Philippe Layat est emblématique. Ce paysan de la région de Lyon exploite des terres qui sont dans sa famille depuis plusieurs siècles.

Aujourd’hui, au nom d’un projet de construction d’une route vers un nouveau stade de foot, il est exproprié.Les travaux, illégaux à ce stade de la procédure d’expropriation, ont néanmoins déjà commencé et saccagé ses champs. Mais la perte de sa terre représente pour lui également une perte d’identité ! « Je suis prêt à tout, je n’ai plus rien à perdre. Je suis né ici et je veux mourir ici. Je préfère mourir debout que mourir à genoux. Il y a beaucoup de gens qui se mobilisent pour me soutenir et c’est très bien. Car ce qui m’arrive à moi aujourd’hui peut arriver à vous demain. Et qu’allez-vous donner à manger à vos enfants ? Du béton ? »

Accaparement des terres en Europe par des sociétés commerciales

Ces accaparements se font bien souvent au détriment des populations locales des pays concernés. Bien souvent, l’écrasante majorité de celles-ci dépend encore directement de la terre pour produire leur nourriture et tirer des revenus minimums pour assurer leur subsistance et celle de leurs familles. Privés de terres, ce sont ainsi des communautés entières qui se retrouvent parfois condamnées!

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Des terres sans paysans

Dans nos pays occidentaux, les terres agricoles ne sont cultivées que par une infime partie de la population qui diminue continuellement, au fur et à mesure que la taille des exploitations s’agrandit. Les petites fermes s’effacent devant le développement progressif d’exploitations tournées vers des marchés d’exportations exigeant des produits standardisés et à bas prix.

Engagés dans une course folle au rendement due à la concurrence d’autres modèles agricoles plus productifs, les exploitants s’orientent progressivement vers une agriculture plus mécanisée, spécialisée, expansive et plus directement intégrée dans des circuits agroindustriels. Si la vie des exploitants n’est pas en danger, la survie économique de leur exploitation reste, elle, un enjeu permanent.

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Décathlon, non merci !

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En France, près d’Orléans, des citoyens ont dit non à l’implantation d’un nouveau centre commercial qui détruirait 16 hectares de zones humides, naturelles et cultivées, près d’Orléans.

Après de nombreux recours, ils ont remporté une première victoire : la Commission Nationale d’Aménagement Commercial (CNAC) a rejeté le permis de bâtir de Decathlon, le principal commerce attendu, sur base de 4 arguments avancés par le collectif citoyen : l’artificialisation d’espaces naturels, le risque de création de friche commerciale au sud de l’agglomération, l’absence de desserte en transport en commun et la destruction du paysage de cette entrée de ville. Comme quoi, les combats « perdus d’avance » valent parfois quand même la peine d’être menés !

L’accès à la terre en Belgique, des chiffres qui en disent long

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La perte de contrôle de notre alimentation

Dans un tel contexte, l’approvisionnement des marchés locaux en produits sains, respectueux de l’environnement et de la biodiversité, ne va pas de soi. Si la demande de produits locaux est en augmentation ces dernières années, l’offre dépend de plus en plus de la décision d’une poignée de producteurs. Or, ceux-ci ne sont pas forcément intéressés par ce type de marché. En effet, selon la taille et leur modèle d’exploitation, ils pourraient se tourner davantage vers des marchés plus rentables. Il est parfois plus facile pour de grandes exploitations de se spécialiser dans des patates à frites, des sapins de Noël, des fruits pour des marchés étrangers que de diversifier leur production pour rencontrer les attentes des populations locales. Même si parfois, cela rend l’exploitation un peu plus vulnérable du point de vue économique…

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Congrès annuel 2013 d’une cinquantaine de producteurs de sapins de Noël, originaires de onze pays, réunis à Neufchâteau : Allemagne, Danemark, Norvège, Tchéquie, Pologne, Autriche, Suisse, Grande-Bretagne, France, Pays Bas et Belgique

Une terre en danger

David Jacquemart travaille avec son frère dans une petite ferme familiale près de Gembloux. Du jour au lendemain, il craint devoir cesser ses activités : la personne auprès de qui il loue ses terres vient de décéder et la famille est en droit de réclamer son héritage. «Vus les prix qui sont pratiqués actuellement, nous sommes condamnés à abandonner ou à trouver des solutions pour continuer à avoir une vie décente.»

La nouvelle génération en panne

Chez nous, les vocations paysannes à travailler sur de petites fermes ne manquent pourtant pas. Mais la terre agricole est devenue tellement chère que son amortissement ne peut désormais plus être assuré uniquement par la seule activité agricole. La détermination et un projet agricole bien construit ne suffisent donc malheureusement pas.

Pour tenter sa chance, il faut d’abord pouvoir en payer le prix fort ! Car aujourd’hui, rien n’est envisagé pour favoriser l’implantation de la petite paysannerie. La terre est vendue au plus offrant, sans aucune forme de considération pour son usage.

La production alimentaire entre ainsi directement en concurrence avec les productions non-alimentaires de l’industrie (agrocarburants, les cultures énergétiques, les fibres, sapins de noël, etc.), ou des activités de loisirs (golf, manèges, prairies à chevaux, parcs animaliers, etc.).

Tout cela sans compter que l’urbanisation galopante fait aussi disparaitre des terres agricoles, souvent les meilleures, et entraîne de la sorte une montée fulgurante du prix du foncier.

Cultiver un avenir meilleur : la justice alimentaire

L’avenir des terres agricoles ne semble pas préoccuper nos décideurs politiques ni l’opinion publique. Avec la disparition du monde paysan s’impose pourtant progressivement une logique de production agricole massive à bas prix. Malgré les idées reçues, cette forme d’agriculture est loin d’être la plus performante à l’hectare. Surtout, elle épuise considérablement les sols, ce qui ne la rend pas viable à long terme. En outre, la mainmise sur les terres par ceux qui détiennent tous les moyens économiques empêche directement le maintien d’un accès régulier, permanent et libre à une alimentation qui corresponde aux besoins et aux attentes des populations.

Le contrôle de notre alimentation nous échappe totalement.

La gestion des terres agricoles constitue donc un véritable enjeu démocratique qui oblige la société dans son ensemble à adopter une attitude responsable quant à son utilisation. Cela implique de pouvoir considérer l’accès à la terre comme un droit humain qui doit prévaloir sur les intérêts économiques de quelques-uns.

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En savoir plus

Plus d’infos sur l’accaparement des terres :

Sur l’accès à la terre au Sud et au Nord :

grue

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