Labels/ Les Systèmes Participatifs de Garantie, une alternative citoyenne au label bio

Mars 2017
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Et si les labels étaient basés sur la confiance et la proximité ? C’est le pari des « Systèmes Participatifs de Garantie (SPG). Explication sur ces nouveaux labels alternatifs.

Sébastien Maes

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Les Systèmes Participatifs de Garantie (SPG) sont des systèmes d’assurance qualité ancrés localement. Ils certifient les producteurs sur la base d’une participation active des acteurs concernés et sont construits sur une base de confiance, de réseaux et d’échanges de connaissances.

(Définition du SPG selon IFOAM)

En tant que consommateurs et consommatrices avertis, les labels nous sont familiers et nous offrent toute une série de garanties sur les produits que nous achetons. À l’instar des labels équitables, le label européen AB (Agriculture Biologique) se base sur une combinaison de standards et de certifications via des audits effectués par des organismes certificateurs externalisés. Mais ça n’a pas toujours été le cas et de nombreux systèmes de certification alternatifs ont émergé de façon spontanée un peu partout dans le monde. Ces initiatives portées par des citoyennes et des citoyens producteurs et consommateurs désireux de défendre l’agriculture paysanne, familiale, biologique, durable et humaine, proposent des systèmes de certification basés sur la confiance et le dialogue entre producteurs et consommateurs au niveau local : les Systèmes Participatifs de Garantie – SPG.

S’ils bannissent la certification par des tiers, les SPG répondent à des critères de base communs, et reconnus par la Fédération Internationale des Mouvements de l’Agriculture Biologique – IFOAM. Outre le critère de proximité géographique entre les producteurs et les consommateurs, les membres d’un SPG partagent :

  1. Une vision commune des objectifs du SPG et du niveau de garantie, partagée par les producteurs et les consommateurs du groupe;
  2. La transparence du système et de ses acteurs ;
  3. La confiance comme base du système ;
  4. La participation de tous les membres ;
  5. L’horizontalité, qui induit une égalité décisionnelle entre les parties prenantes ;
  6. Un processus d’apprentissage et d’échanges de savoirs et de savoir-faire entre les membres.

serge-peereboomPour Serge Peereboom (photo-ci contre), paysan maraîcher à la Ferme Arc-en-Ciel et coprésident du Mouvement d’Action Paysanne (le MAP), « la certification européenne AB est devenue du non-chimique… et encore. Cette réglementation ne tient ni compte des questions environnementales afférentes à l’utilisation d’énergie fossile, ni des questions de justice sociale. De plus, c’est un système qui sanctionne au lieu de réfléchir à des solutions avec les producteurs ».

En 2014, après avoir été pionnier dans la vente de paniers de légumes en Wallonie et à Bruxelles, et à l’initiative de la création des trois premiers GASAP1 à Bruxelles grâce à l’asbl Le Début des Haricots, Serge décide de relocaliser son activité. Rejoints par Stephane Vancollie, Serge et son beau-père réfléchissent à la mise en place d’un SPG avec des consommateurs et des consommatrices de leur localité. « Avec le SPG on a trouvé un outil beaucoup plus utile et beaucoup plus complet, qui permet à des consommateurs et à des producteurs d’être en lien et de réfléchir ensemble à un modèle de production et de consommation cohérent pour toutes et tous ».

Aujourd’hui, le SPG de la Ferme Arc-en-ciel rassemble une vingtaine de personnes, de « partenaires », comme ils se définissent eux-mêmes. Ce processus, basé sur la confiance et la transparence, permet aux producteurs d’entendre les attentes des consommateurs mais aussi d’inviter ceux-ci à réfléchir à la manière dont ils se nourrissent : « Cette réflexion sur leur alimentation les amène à se poser des questions plus larges sur notre mode de vie occidental principalement axé sur la (sur)consommation » ; « en invitant les mangeurs à changer leur modèle d’alimentation, les SPG participent à la transition agroécologique ». Pour Serge et Stephane, ce processus d’apprentissage et d’échange entre les membres du SPG est tout aussi important que l’apposition finale du label SPG sur leurs produits. À l’opposé de ce qui se fait dans un système de certification par des organismes tiers indépendants, la dynamique qui existe au sein des SPG permet de réfléchir ensemble et de manière horizontale à des solutions plutôt que de sanctionner un producteur qui ne correspondrait pas à la norme établie : « L’espace de débat est la base du SPG ».

Les prix sont définis de manière transparente en fonction des coûts de production des producteurs paysans et idéalement du salaire des partenaires consommateurs, afin que chacune et chacun s’y retrouve. À terme, le SPG de la Ferme Arc-en-ciel souhaite rassembler 80 partenaires, soit 40 familles ce qui leur permettrait, en cultivant un hectare de terre, d’engendrer un revenu de 8€ de l’heure pour un temps plein.

Les SPG en Wallonie et à Bruxelles

Le SPG de la ferme Arc-en-ciel n’est pas le seul de Wallonie-Bruxelles, d’autres associations et coopératives comme le MAP, les GASAP, Terre en vue, ou Agricovert, y travaillent. En marge et lors du forum Agroecology in action, plusieurs organisations porteuses d’un projet de SPG se sont rassemblées en vue d’unifier le processus de certification des SPG en Wallonie et à Bruxelles, afin que producteurs.trices et consomateurs.trices s’y retrouvent et aient la garantie qu’en se rendant dans un autre SPG pour vendre ou acheter des produits, le processus soit le même. À cet effet, une rencontre est prévue en janvier avec les personnes concernées ainsi qu’un week-end d’écriture d’un référentiel SPG au printemps prochain.

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En terme de labels alternatifs dans le secteur du commerce équitable on pense souvent au SPP (« Symbole des Petits Producteurs » ou « Tu Simbolo ») créé par et pour les petits producteurs en Amérique Latine. Ce label utilise les mêmes grands principes que les autres du secteur, c’est-à-dire une combinaison de standards et de certifications via des audits. Mais le SPP adopte néanmoins une gouvernance, des couts et des exigences bien spécifiques vis-à-vis des acheteurs qui sont favorables aux petits producteurs.

Pour plus d’informations :
Analyse Oxfam-Magasins du monde, Sébastien Maes « Les Systèmes Participatifs de Garantie, une alternative citoyenne au label Bio », 2016.
Analyse Oxfam-Magasins du monde, Patrick Veillard « Tu Simbolo : le label équitable par et pour les petits producteurs », 2013.

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  1. GASAP – Groupes d’Achat Solidaires de l’Agriculture Paysanne

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