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Le commerce équitable au service de “l’empowerment” des femmes

Décembre 2011
Publié dans le
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Sophie Charlier est chargée de mission pour l’association «Le Monde selon les Femmes». Elle a eff ectué des recherches et des enquêtes de terrain sur les processus d’«empowerement» des femmes qui participent à des projets de commerce équitable.

Propos recueillis par Louise Culot

 

QUAND APPARAÎT L’IMPORTANCE DE LA PLACE DES FEMMES DANS LES PROCESSUS DE DÉVELOPPEMENT ?

Dans les années 70, les institutions reconnaissent l’absence de prise en considération des femmes dans la mise en oeuvre du développement. Peu à peu, des dispositions sont prises dans les programmes de développement pour y renforcer le rôle de la femme et mener à l’égalité des sexes. Toutefois, les institutions adoptent une approche plutôt individuelle et libérale du rôle de la femme et passent outre la dimension collective des revendications des femmes sur le terrain. La notion de rapports de genre (voir encadré page 7) prend progressivement de l’importance jusqu’à la Conférence de Pékin de 1995 qui inscrit la modifi cation des rapports de genre comme un des objectifs du développement. C’est dans les années 80, que les mouvements de femmes du Sud, notamment en Amérique latine, vont réfuter la position de victime réservée aux femmes du tiers-monde dans l’approche occidentale. Elles vont travailler sur l’estime de soi et l’autonomisation des femmes à travers l’action individuelle et collective. C’est surtout depuis lors que les organisations internationales recourent à l’«empowerment» des femmes comme une stratégie-clé du développement.

COMMENT DÉFINIR CE CONCEPT D’ «EMPOWEREMENT » DES FEMMES ?

Jusqu’à aujourd’hui, sa défi nition est encore assez fl oue. Le terme est utilisé variablement dans la littérature, sur le terrain et au sein des organisations internationales. J’utilise d’ailleurs plus volontiers le terme d’«empoderamiento», en espagnol, car la manière dont il est utilisé par les mouvements sociaux en Amérique latine recouvre cette double dimension individuelle et collective. Dans le Sud, notamment en Amérique latine, la vision développée de l’empowerment est très large. D’une part, l’«empoderamiento» signifi e pour les femmes le renforcement de l’estime de soi, et l’acquisition d’une forme de pouvoir intérieur. D’autre part, il s’apparente au processus de construction de pouvoirs collectifs indispensables aux changements sociaux. Mon approche recouvre également ces deux dimensions de l’«empowerment » : celle qui touche au développement de l’individu, au pouvoir des femmes sur elles-mêmes, aux capacités (savoir, savoir critique, savoir-faire et avoir accès aux ressources) qu’elles peuvent acquérir pour pouvoir faire des choix dans leur vie. Et celle qui touche au développement collectif, qui modifi e les rapports sociaux. C’est un processus qui prend du temps, qui dépend de la réalité de chaque communauté. Les changements n’apparaissent jamais d’eux-mêmes, chacun prend conscience de son rôle selon la vision de la vie qui lui est présentée. C’est donc progressivement, sur base de nouvelles perspectives de vie, d’accès au travail et à la formation que l’«empowerment» peut avoir lieu. Cependant, certaines organisations internationales vont se réapproprier ce concept en le réduisant à son approche individuelle, à une forme d’acquisition de pouvoir économique par les femmes. Cette vision réductrice est perçue comme trop conservatrice : en eff et, elle ne renouvelle pas les bases du pouvoir et favorise trop souvent une petite minorité de femmes.

LE COMMERCE ÉQUITABLE PEUT-IL JOUER UN RÔLE MOTEUR DANS CES MÉCANISMES D’«EMPOWERMENT » ?

Si le commerce équitable est appliqué selon tous les critères qui le défi nissent, il peut en eff et mener à l’autonomisation des femmes. Cela implique entre autres d’accéder à la formation et à la santé, de satisfaire ses besoins fondamentaux, etc. Les organisations économiques basées sur la solidarité off rent un cadre opportun aux mécanismes qui mènent à la transformation du rôle social de la femme. Au sein des coopératives, les femmes regroupées accèdent à la représentation ; elles participent à la prise de décision ; elles peuvent exprimer leurs besoins et réclamer des droits. De plus, ces femmes actives dans le commerce équitable sont perpétuellement dans une logique d’apprentissage et d’autoformation. Ces opportunités renforcent la confi ance en elles et de fi l en aiguille elles parviennent à jouer un rôle moteur dans le changement de rapports sociaux marqués par la domination. Le cas échéant, le surplus généré par la vente des produits de la coopérative mène à la création d’une caisse de solidarité. La situation sanitaire des femmes devient dès lors moins précaire dans des pays où l’accès à la santé est trop cher pour elles. D’un point de vue économique, la vente des produits de l’artisanat ou de l’agriculture dans le commerce équitable est aussi un gage d’accès à un marché plus solidaire. Le commerce équitable s’inscrit dans un réseau protégé par rapport au commerce conventionnel au sein duquel les petits producteurs du Sud ont peu de chance de survivre. Les contraintes du marché équitable sont beaucoup plus souples, même si aujourd’hui, de plus en plus de concurrence existe aussi au sein du commerce équitable.

 

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