Le commerce équitable, un outil d’empowerment des femmes

Mars 2016
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L’empowerment est une notion essentielle en matière d’égalité femmes-hommes mais également pour le commerce équitable. L’empo… quoi ? Pourquoi encore utiliser un terme anglais? Malheureusement, il n’existe pas d’équivalent dans notre langue. Le mot regroupe en effet différentes notions, telles que le renforcement, l’émancipation ou l’autonomie. Les hispanophones parlent « d’empoderamiento », tandis que les Canadiens francophones ont créé le mot « empouvoirement ».

Estelle Vanwambeke et Patrick Veillard

ruksana

Avant, je ne faisais que regarder les gens à travers la fenêtre. Aujourd’hui, je peux sortir, m’asseoir et parler aux gens de ma communauté. Je me sens très fière.

Ruksana Mahila Vikas Samooh, Tara Projects

Dans tous les cas, on retrouve dans ces termes le mot « pouvoir ». La notion fait ainsi référence au pouvoir que l’individu peut avoir sur sa propre vie, au développement de son identité, ainsi qu’à sa capacité ou celle de sa communauté à changer les rapports de pouvoir dans les sphères économique, politique, juridique et socioculturelle. Pour les femmes, l’empowerment désigne le processus leur permettant d’acquérir de l’autonomie dans un contexte patriarcal discriminant à leur égard.

Une manière d’aborder l’empowerment est de le diviser en 4 composantes :

  • L’avoir est lié principalement aux aspects économiques, notamment aux moyens d’accès et de contrôle des ressources matérielles et humaines (ex. revenus, accès au crédit, à la terre, aux soins de santé ou à l’éducation).
  • Le savoir renvoie aux connaissances et aux compétences pratiques ou intellectuelles (ex. formations techniques, alphabétisation, développement des capacités d’analyse critique).
  • Le vouloir est lié à la force psychologique et identitaire de l’individu (confiance en soi, image/estime de soi) et/ou du groupe.
  • Enfin, le pouvoir renvoie à la possibilité de prendre des décisions, d’être libre de ses actes et de se repositionner dans ses rapports de pouvoir avec son entourage ou dans la société au sens large (ex. renégociation de la répartition du travail dans le couple, influence au sein de la communauté, travail de plaidoyer d’une organisation équitable).

Quelques définitions utiles

Egalité entre femmes et hommes
L’égalité entre femmes et hommes signifie que les comportements, les aspirations et les besoins différents des unes et des autres sont considérés, évalués et favorisés à égalité. Elle ne signifie pas que les femmes et les hommes doivent devenir identiques, mais que leurs droits, leurs responsabilités et leurs chances ne doivent pas dépendre de leur sexe.

Le genre
Le genre désigne la construction culturelle de la différence des sexes. Le genre est à la fois défini comme l’ensemble des rôles sociaux sexués et comme système de pensée et de représentation définissant culturellement le masculin et le féminin. La notion de genre permet de distinguer l’identité biologique de sexe (être mâle/ être femelle) de l’identité sociale.

L’équité
L’équité renvoie à l’idée de justice sociale. Elle a un caractère subjectif. Elle fait appel à des sentiments et à un jugement. Elle s’associe au principe de différence. L’action aide à corriger des inégalités de départ. L’équité revient à traiter différemment les gens de manière à compenser les inégalités pour aller vers plus d’égalité réelle. Mesures de discrimination positive, quotas en faveur des femmes…

L’autonomie économique des femmes
L’autonomie économique et financière des femmes représente la possibilité pour les femmes d’avoir accès, au cours de l’ensemble des cycles de leur vie, aux moyens et ressources économiques (emploi, services et revenu suffisant) pour répondre à leurs besoins, ainsi qu’à ceux des personnes dont elles ont la charge. L’autonomie donne la possibilité de faire des choix économiques et d’influencer les structures économiques de nos sociétés.

Source : ABC des droits des travailleuses et de l’égalité entre hommes et femmes. Bureau International du Travail, Genève, 2000.

L’empowerment par la composante avoir

nazma

J’ai fait un premier emprunt de 10.000 rupees, pour acheter un terrain et construire ma maison. Une fois cet emprunt remboursé, j’ai emprunté 10.000 de plus pour acheter une machine à polir le nickel. Le microcrédit est un outil très utile car les taux d’intérêt sont très bas. Nous travaillons, gagnons de l’argent et nous sommes heureux de pouvoir rembourser.

Nazma, Tara Projects (Inde).

L’empowerment par la composante pouvoir

sonia-akter

Avant, les femmes ne travaillaient pas et donc avaient peu de valeur au sein de la famille. Leurs parents ne leur accordaient pas d’importance. Maintenant que nous rapportons de l’argent, nos parents nous écoutent, nous prenons part aux décisions, notre autonomie est renforcée.

Sonia Akter, Corr – The Jute Works (Bangladesh)

L’empowerment par la composante vouloir

asha-kumari

Avant de rejoindre le groupe, j’étais une femme au foyer. Dans notre famille, les femmes ne pouvaient pas sortir de la maison. Avant j’étais timide et j’avais peur. Le chemin parcouru ces 9 dernières années m’a donné la force de parler en public, je suis confiante et je peux m’exprimer lors des réunions avec TARA. Avant je n’avais pas confiance en moi. Sur le plan personnel j’ai beaucoup changé. Je mange bien et je porte de beaux vêtements. Mes enfants aussi se portent bien. Ils reçoivent des cours particuliers, ils mangent bien et s’habillent bien.

Asha Kumari, Tara Projects (Inde)

L’empowerment par la composante savoir

shabana

J’ai appris que les hommes et les femmes ont les mêmes droits, que les femmes ne doivent pas être laissées pour compte. Par exemple, pour un travail identique, les hommes et les femmes devraient gagner la même chose.

Shabana, Corr – The Jute Works (Bangladesh)

Pour résumer, l’appartenance des artisanes à une organisation équitable leur apporte de réels changements, surtout en termes de ressources (matérielles et humaines, cf. avoir), de compétences (savoir) et de conscience critique (vouloir). L’artisanat équitable peut également leur permettre de redéfinir les rôles au sein du foyer, de gagner de la mobilité et parfois même, de s’impliquer dans des activités sociopolitiques (pouvoir). Mais ce n’est pas non plus un outil miracle. C’est pourquoi la lutte pour les droits des femmes doit se faire à de nombreux niveaux, en particulier éducatif et politique !

Quand les femmes se battent ensemble, elles sont plus fortes !

amina-bibi

Lorsque j’ai commencé à sortir du village pour aller à Calcutta, j’ai pris conscience que les hommes et les femmes étaient égaux. C’est à ce moment que ce concept est devenu clair pour moi. J’ai pensé : « moi aussi je peux faire ça ». Les femmes doivent se battre ensemble afin de faire respecter leurs droits. Si le mari de l’une se comporte mal ou ne respecte pas ses droits, toutes les femmes doivent lever la voix ensemble afin de mettre un terme à l’injustice. Cela devrait être une responsabilité commune entre les femmes.

Amina Bibi, Sasha (Inde).

Pour en savoir plus, retrouvez sur notre site web l’analyse “Empowerment au féminin pour une société plus équitable” d’Estelle Vanwambeke.

Photos © Ronny Hermosa – Fair Trade Connection

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