Le lait Biodia, une alternative biologique et équitable

Septembre 2013
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Les produits ‘Paysans du Nord’ sont la grande nouveauté de l’année dans les magasins Oxfam. Parmi la dizaine de produits de la nouvelle gamme, l’un s’avère particulièrement symbolique : le lait biologique, équitable et local Biodia.

Patrick Veillard

biodia

Souvenez-vous : en 2009, les téléspectateurs médusés découvraient les images de lait déversé dans les champs de Ciney. Ce cri d’alarme lancé à la face des medias, des hommes politiques et des citoyens, révélait la crise profonde qui frappait alors le secteur laitier. A l’agonie, des milliers d’agriculteurs belges étaient littéralement étranglés par des cours mondiaux largement en dessous des coûts de production. Si la situation n’a guère évolué aujourd’hui, des alternatives telles que le lait Biodia permettent de dessiner un modèle plus juste et plus écologique. Petit aperçu des producteurs à la base du projet.

Biodia, Biosano et Biomelk

Sébastien Demoitié, de la coopérative Biolait.

Sébastien Demoitié, de la coopérative Biolait.

Le lait Biodia est né en octobre 2011 d’une initiative conjointe du grossiste biologique Biosano et de la coopérative d’éleveurs biologiques Biomelk Vlaanderen / Biolait Wallonie. Biosano sprl se charge de l’emballage et de la commercialisation, tandis que Biomelk scrl collecte le lait biologique auprès d’une vingtaine de producteurs flamands et wallons. «Biomelk a été créée en Flandre au début des années 2000. Une série de producteurs wallons ont rejoint la structure au plus fort de la crise, face à la très mauvaise valorisation de notre production» raconte Sébastien Demoitié, l’un des membres wallons de la coopérative. «C’était et c’est toujours très dur, même pour les producteurs biologiques comme moi, le bio ayant également connu une très forte crise. On devait souvent le vendre au même prix que sur le marché conventionnel ».

Un mécanisme de prix équitable

ferme-lamberty

Face à cette situation, Biosano a développé, en collaboration avec l’ONG Vredeseilanden, un cahier des charges spécifiques intégrant une série de nouveaux critères au label biologique Biogarantie. La principale innovation : un système de calcul des prix permettant de couvrir les coûts de production (sur base d’une taille d’exploitation égale à la moyenne des membres – environ 50 ha et 60 vaches), les coûts du travail (sur base d’une moyenne belge, tous secteurs confondus) et une marge pour les investissements. Le surplus du prix équitable est alors reversé à tous les membres de la coopérative. «C’est un système unique et transparent, recalculé chaque année, qui doit permettre d’assurer une rémunération équitable aux producteurs» indique ainsi Mieke Lateir, en charge du projet chez Biosano.

Une démarche éducative

Romain de la ferme Lamberty (Vielsalm), une des fermes membres de la coopérative Biolait

Romain de la ferme Lamberty (Vielsalm), une des fermes membres de la coopérative Biolait

Quel est au final l’impact de la démarche ? «Bien sûr, les volumes de lait Biodia commercialisés, et donc l’impact financier réel, sont encore faibles. D’autant plus que les recettes sont à diviser entre tous les membres producteurs», indique Mieke Lateir. «Mais il était capital pour nous de travailler avec un collectif d’éleveurs organisés. Nous les encourageons ainsi à mieux défendre leurs intérêts vis-à-vis des autres acteurs du marché, notamment en négociant un prix de vente plus compétitif», rajoute-telle. Pour Sébastien Demoitié, «le plus important aujourd’hui est l’aspect didactique de la démarche, qui propose aux consommateurs une alternative face aux nombreux problèmes rencontrés par les éleveurs».

Avec le lancement prochain d’une bouteille d’un litre (pour l’instant uniquement disponible en bouteille d’un demi litre) et d’un lait chocolaté, les volumes vendus devraient augmenter. A noter que pour le lait chocolaté, le cacao et le sucre de canne proviendront d’un partenaire de commerce équitable du Sud.

Une autre source de revenu potentiel pour certains des membres de Biomelk est la vente de fromages biologiques. «Nous avons créé une structure dans la structure : une coopérative nommée Biolé, qui sous-traite et commercialise des fromages fabriqués à partir de notre lait biologique. Nous vendons ainsi à la ferme et via 2 grossistes une palette de 16 fromages différents, issus du savoir-faire de 5 fromagers. C’est là un autre moyen d’obtenir un prix rémunérateur pour notre lait, tout en renouant le contact avec le consommateur» rajoute Sébastien Demoitié. Une manière d’assurer le maintien d’un tissu de producteurs paysans locaux, indispensable à la pérennité et à la richesse du terroir belge.

De fortes exigences environnementales

La coopérative Biolait permet aux producteurs de valoriser leur lait grâce à la vente de fromages bios.

La coopérative Biolait permet aux producteurs de valoriser leur lait grâce à la vente de fromages bios.

Le prix n’est cependant pas la seule innovation. La démarche bio est aussi exigeante d’un point de vue environnemental. Exemple : Biosano réserve 0,01 € par litre vendu pour investir dans des projets favorisant l’utilisation de cultures locales comme le colza, en opposition à l’alimentation conventionnelle, composée majoritairement de soja importé des Etats-Unis ou du Brésil. Le plus souvent possible, les fourrages utilisés sont composés d’herbe, de trèfle et d’herbes aromatiques, qui contiennent des ingrédients sains tels que les acides gras omega-3. Dans le futur, le cahier des charges comportera d’autres critères évolutifs intégrant une série de pratiques agro-écologiques favorables à la biodiversité (accords de conservation, protection des espèces, petits éléments paysagers, pâturages, etc.), ainsi que la diminution/optimisation des antibiotiques utilisés.

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5 commentaires sur “Le lait Biodia, une alternative biologique et équitable

  1. Porrait-on avoir la structure du prix du lait bio entier vendu à 1,75 €.
    Par rapport à Fairbell qui a 1l de lait entier équitable à 1,14€ (prix de l’Inter marché), qu’est ce qui justifie la différence
    Le bio ? Les nourritures locales plutôt que le soja ?

  2. Je me posait exactement la même question. L’agriculteur reçoit combien par litre? On est vraiment devant un dilemme : on aimerait bien proposer le lait Biodia dans nos paniers pour soutenir la démarche, mais on craint que le prix élevé se justifie par la présence de plusieurs intermédiaires.

  3. Le prix de revient de l’agriculteur, coût de travail inclu est de 0,451€ par litre de lait vendu.

    Le lait Fairbel est un lait produit de manière conventionnelle. Le lait biodia suit un cahier de charge plus contraignant dont production biologique, alimentation du bétail avec du fourrage produit localement, etc.

    Pour en savoir plus: http://www.biodia.be/?lang=fr

    • Je me posais également des questions sur le lait Fairebel. En cherchant des informations sur internet, j’ai découvert ce mémoire qui me semble intéressant pour comprendre la nature de ce projet :
      “FaiRebel : du lait au projet équitable. Analyse du réseau socio-technique d’une innovation pour une transition à deux échelles, Mémoire présenté par Marlène Feyereisen, ULG, 2012-2013.

  4. Pour ma part je me pose une question ,en tant que consommatrice d’aliments bio : pourquoi utilise-t-on des tétra Paks ou des bouteilles en plastique pour la conservation du lait alors que le verre est 100% recyclable et non toxique? Je cherche désespérément une marque de lait qui soit conservée dans une bouteille en verre…

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