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L’égalité, ça passe aussi par la fiche de paie

Mars 2016
Publié dans le
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Dans sa démarche de regard-croisé avec nos partenaires du Sud, pour la deuxième partie de sa campagne Fairchances, Oxfam-Magasins du monde a interrogé des organisations féministes, syndicales et d’éducation permanente de Belgique, telles que le CEPAG, pour recueillir leur vision sur la situation actuelle des inégalités au travail basées sur le genre, chez nous.

Vanessa Amboldi

Du combat des ouvrières de la FN à aujourd’hui

Il y a 50 ans, le 16 février 1966, les 3.500 ouvrières de la Fabrique nationale d’armes à Herstal décident spontanément d’arrêter le travail. Elles font grève pour dénoncer l’inégalité salariale entre les femmes et les hommes. Une grève de femmes dont la portée universelle fut annonciatrice du féminisme des années ’70. Après 12 semaines de combat, ces 3.500 femmes ont changé l’histoire : l’histoire du mouvement ouvrier, l’histoire du syndicalisme, l’histoire des femmes… Leur slogan : « A travail égal, salaire égal ! » est devenu le symbole de la lutte pour l’égalité salariale entre les femmes et les hommes et n’est – malheureusement– pas encore tombé en désuétude…

En effet, aujourd’hui, en Belgique, les femmes gagnent, en moyenne, 22% de moins que les hommes2. Concrètement : pour gagner la même chose qu’un homme, une femme devrait travailler 73 jours de plus par an !

Cette discrimination est dénoncée depuis de nombreuses années par le monde associatif, les mouvements féministes, les organisations syndicales et certains politiques. Si cette mobilisation porte ses fruits -l’écart salarial entre femmes et hommes s’amenuise d’année en année-, cette amélioration se fait très (trop) lentement… En effet, pour que l’écart salarial ne soit plus qu’un mauvais souvenir, il faudrait patienter 32 ans ! La discrimination a encore de belles années devant elle…

Travailler à temps partiel : pas toujours un choix…

La principale cause de l’écart salarial entre les femmes et les hommes réside dans le travail à temps partiel: 45% des femmes travaillent à temps partiel, contre 10% des hommes.

Opter pour le travail à temps partiel est moins souvent qu’on ne l’imagine le résultat d’un choix consenti. Seules 11% des travailleuses ont choisi leur temps partiel ! En effet, de nombreux secteurs professionnels, principalement occupés par des travailleuses comme le commerce ou le nettoyage, ne proposent que des temps partiels.

Et puis, de nombreuses femmes travaillent à temps partiel pour s’occuper de la famille. Manque de places d’accueil pour les enfants et les personnes âgées, difficulté de changer les mentalités (c’est aux femmes de s’occuper des enfants)… Ce sont majoritairement les femmes qui doivent choisir entre vie professionnelle et vie familiale. Les chiffres le prouvent : 56 % des femmes contre 26% des hommes aménagent leur temps de travail pour concilier vie professionnelle et vie privée. Mais les inégalités dans le monde du travail ne se mesurent pas uniquement sur la fiche de paie. D’autres discriminations constituent le quotidien des femmes au travail.

Parmi ces nombreuses causes d’inégalité, il y a le plafond de verre auquel se heurtent les femmes lorsqu’il s’agit d’évoluer dans l’entreprise. Les avantages en nature (voiture de société, PC portable) sont plutôt réservés aux hommes. Les réunions sont souvent programmées en fin de journée, au moment où la travailleuse troque sa casquette de travailleuse pour celle de maman. La liste est encore longue…

Et la résistance dans tout ça ?

Sophie Béroud, maîtresse de conférences en science politique à l’Université de Lyon II, souligne les difficultés pour les femmes de se lancer dans le militantisme et l’action collective, comme le syndicalisme. Des stéréotypes qui ont la dent dure mais aussi la difficulté de concilier les vies professionnelle, militante et privée… constituent autant d’obstacles aux parcours militants des femmes.

Il apparaît pourtant que, comme les travailleuses de la FN il y a 50 ans, c’est au travers de l’action et de la résistance collective que le combat pour l’égalité entre femmes et hommes sera gagné.

Le CEPAG en quelques mots

En tant que mouvement d’éducation populaire, le CEPAG 1 a la lutte contre les discriminations inscrite dans son ADN. Afin de remplir notre engagement–à savoir favoriser la citoyenneté active, critique et démocratique–nous avons fait de l’égalité et de l’émancipation de chacune et chacun notre fil rouge tout au long de notre réflexion, nos formations ou nos actions de sensibilisation.

Dès lors, pour nous, l’égalité entre femmes et hommes, entre travailleuses et travailleurs est une priorité.

« Mais enfin, notre société a évolué. Aujourd’hui, chez nous, les femmes ont les mêmes droits que les hommes ! » nous assène-t-on souvent… Pourtant, si l’égalité est inscrite dans la loi et si les femmes ont, sur papier, les mêmes droits que les hommes, l’égalité de genre est loin d’être une réalité.

Le constat est sans appel : aujourd’hui en Belgique, femmes et hommes ne sont pas mis sur un même pied. Que ce soit les jouets–aspirateurs roses pour les filles et sabres laser bleus pour les garçons, les filières d’études vers lesquelles les jeunes sont orientés – le social pour les unes et le scientifique pour les autres, le manque d’infrastructures d’accueil pour les enfants… Tout est fait pour que les stéréotypes de genre persistent dans la structure sociétale… Et le monde du travail n’échappe pas à cette situation…

C’est pour casser ces stéréotypes et permettre aux femmes de s’émanciper dans le travail que le CEPAG continuera de mettre en évidence la nécessité de l’égalité chez nous et partout dans le monde. C’est une question de justice sociale !

Affiches de la FGTB sur leur campagne pour l’égalité salariale. «L’écart salarial entre les femmes et les hommes est profondément injuste. La principale cause de cet écart est le travail à temps partiel: 45% des femmes travaillent à temps partiel, contre seulement 10% des hommes. Ajoutons que le travail à temps partiel n’est, la plupart du temps, pas choisi. Seules 11% des travailleuses ont choisi leur temps partiel !»

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  1. Le Centre d’Education Populaire André Genot est un mouvement d’éducation permanente, proche de la FGTB, reconnu par la Fédération Wallonie-Bruxelles.

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