L’Epi : une monnaie locale pour changer la société

Mars 2014
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C’est à Meix-devant-Virton, dans une région où les prix de l’immobilier grimpent du fait de la proximité avec le Grand-Duché du Luxembourg, que l’Epi est né, au confluent d’une réflexion citoyenne sur la finance et d’un projet d’économie sociale. Morceaux choisis d’une aventure riche en rebondissements.

Chloé Zollman

epiL’Epi s’est créé autour de l’épicerie coopérative l’Epicentre, une épicerie « classique » jusqu’à ce qu’elle soit reprise par des citoyens qui l’ont transformée en coopérative de consommateurs afin d’éviter sa fermeture. À côté de produits issus de la grande distribution, des produits locaux ont fait leur apparition. L’épicerie est même devenue le dépôt de plusieurs GAG (Groupements d’achats gaumais). Rapidement, l’euro, entâché par son caractère mondialisé et son lien avec la spéculation, n’a plus semblé compatible avec les motivations intrinsèques de l’Epicentre : soutien à la production locale, valorisation du commerce de proximité, accessibilité de produits locaux pour des collectivités. Il était donc temps de créer une monnaie complémentaire. Avec le soutien du Réseau financement alternatif, l’Epi a pu voir le jour et est aujourd’hui accepté dans 75 commerces et services (du boulanger au comptable, en passant par le psy et le magasin Oxfam !).

Créer de l’emploi local et non-délocalisable

epi-lorrainInitiée uniquement par des bénévoles, l’asbl l’Epi emploie maintenant deux employés. Cela reste un projet fragile car il repose sur une énergie surtout bénévole et dépend beaucoup du soutien des pouvoirs publics. La deuxième phase du projet serait de pouvoir soutenir financièrement des petits projets locaux. Au-delà des emplois générés, ou soutenus directement, l’Epi pourrait ainsi favoriser la création de nouveaux emplois au niveau local, comme cela a été observé dans d’autres régions où des monnaies complémentaires sont en circulation.

Soutiens publics ambigus

Enthousiastes, des citoyens de la commune ont sollicité les pouvoirs publics pour bénéficier d’un appui. Les réponses sont encourageantes mais paradoxales. À la commune de Meix-devant- Virton, le soutien a été immédiat. La commune détient la moitié des parts de l’Epicentre. La province de Luxembourg, quant à elle, finance l’impression des billets sécurisés et intervient dans les frais de communication. Si les encouragements et soutiens sont nombreux, ni la commune, ni la province n’utilisent pourtant la monnaie : elles risqueraient en effet d’être rappelées à l’ordre par leurs autorités de tutelle si elles acceptaient que certaines taxes ou allocations soient payées en Epi. Mais entre-temps, la Région wallonne a alloué des subsides pour continuer le travail de plaidoyer au niveau communal. L’aventure continue…

Au Magasin du monde-Oxfam de Virton, on accepte l’Epi ! Simplement parce que l’équipe souhaite montrer que défendre le commerce local ou de proximité n’est en rien un repli sur soi. Le projet implique une ouverture aux autres, et témoigne d’une solidarité avec les producteurs locaux et du Sud .

S’émanciper

Changer des euros en Epi, cela revient à se demander ce qu’est l’argent. C’est un des buts premiers de l’asbl : que le citoyen lambda se réapproprie cet outil central qu’est la monnaie et interroge les mécanismes de la finance telle qu’elle fonctionne aujourd’hui. Beaucoup d’énergie est donc consacrée à créer des événements (projections de films, animations, etc.) pour sensibiliser, informer le grand public. Le public est toujours présent, mais de là à changer d’habitude et utiliser les Epi couramment à la place de l’euro, il y a un pas souvent difficile à franchir. L’argent reste un tabou. Y toucher est souvent inconcevable.

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