L’Épicentre, un paisible séisme

Mars 2011
Publié dans le
Rubrique

A Meix-devant-Virton, des habitants ont repris en coopérative l’épicerie du village. L’énergie et la débrouillardise au service du local.

Meix-devant-Virton. Sa fanfare, ses crons, sa place pleine de vide, sa route N88 bruyante. Ce village à deux doigts de tomber hors de la Belgique rassemble 900 habitants, une boucherie, une boulangerie, une pharmacie, un hôtel-café et de toute justesse, une épicerie. En 2007, Denise du haut de ses 67 ans arrêtait le commerce. La disparition programmée de ce lieu représentait un séisme pour les personnes âgées et isolées. Virton est à huit kilomètres et les passages des bus sont aussi fréquents que ceux du Père Noël.

Quelques personnes appuyées par le centre d’animation globale du Luxembourg (CAGL) décident alors de reprendre le flambeau. Elles organisent une soirée d’information et envoient un toute-boîte pour sonder les habitants. Les retours sont nombreux. Ils ne veulent pas vraiment d’innovation, mais ils veulent conserver leur épicerie. Les habitants achètent pour 5000 euros de parts dans la coopérative, la commune double la mise. Avec cet argent, le matériel de Denise est racheté et les stocks reconstitués.

Du commerce de Denise, la coopérative a gardé le grand miroir de surveillance, les frigos, la poubelle rouge OLA, Denise comme bénévole et Marie, le tablier autour de la taille, une volontaire derrière le comptoir depuis trente ans. Côté changements, un coup de peinture et surtout beaucoup moins d’étagères « pour se sentir moins agressé par tous ces produits » sourit Françoise Humblet, une des deux employés mitemps du CAGL sur ce projet. Un coin café est muni de quatre chaises pour les clients qui prennent leur temps. Et surtout, il y a des produits locaux, des produits bio, et des produits équitables.

Après deux ans, les chiffres de fin de journée montent jusqu’à 1000 euros. De quoi maintenir des services de qualité. Pas de quoi faire vivre une personne temps plein. Le travail ne manque pas et les coups de main restent rares. Les bras ne baissent pas pour autant. Début 2009, la coopérative a lancé des paniers de légumes avec douze producteurs du coin. La coopérative misait sur cent paniers. Il y eut 320 demandes. Même à Meix, l’espoir n’est jamais bien loin.

Le combat des rayons

Un véritable match se déroule sur chaque étagère de l’ «Epicentre». Moka Oxfam vs Nestcafé, saucisses Zwan vs pipes gaumaises du boucher Maréchal, et dans le congélateur, c’est Dr Oetker contre glaces artisanales. Sans devenir des fascistes alimentaires, l’équipe a voulu infléchir des modes de consommation. «On a mis en évidence des produits avec une étiquette Soleil vert se souvient Françoise Urbain, une cheville ouvrière du projet. On supprime nos marges sur des produits comme Ecover et on en surtaxe d’autres, comme Bonux. Résultat? Aucun. Nous avons affiché le prix du riz au kilo pour soutenir une juste comparaison. Le moins cher était le bio. Et les clients prenaient quand même Uncle Ben’s parce que « on le connait ».» Décourageant?

Partager!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *