Les pouvoirs publics ont les clés en main

Septembre 2019
Publié dans le
Rubrique

75 % du cacao dans le monde provient de quatre pays (Côte d'Ivoire, Ghana, Indonésie et Équateur). Comment se fait-il qu'ils ne puissent pas définir les prix, mais doivent se plier aux Bourses de New York et de Londres ? Pourquoi ne forment-ils pas une organisation des pays exportateurs de cacao, comme l'OPEP, l'organisation regroupant les pays producteurs de pétrole ?

Photo : Lieve Blancquaert

Des pouvoirs publics faibles dans les pays du cacao

Les pouvoirs publics de ces pays doivent jouer un plus grand rôle. Ils pourraient coordonner la production de cacao, constituer des stocks de réserve et créer des fonds d’urgence pour les cacaoculteurs. De plus, ils devraient mettre en place la protection sociale, l’infrastructure et les services publics dont leurs habitants ont besoin, en veillant à y garantir un accès aisé. Notamment par le biais de routes correctes, d’un accès à l’enseignement ainsi qu’à des soins de santé fiables.

Mais la plupart des pays producteurs de cacao ont besoin de pouvoirs publics stables et transparents. La Côte d’Ivoire, par exemple, a connu deux guerres civiles lors des 15 dernières années. La tension reste élevée et la corruption est omniprésente.

En plus de la transparence des chocolatiers, les cacaoculteurs ont aussi besoin de la transparence de leurs propres autorités. Il s’agit d’une pièce essentielle du puzzle pour un secteur du cacao durable.

La politique commerciale européenne laisse peu de chance à l’Afrique

Sur la scène internationale, l’Union européenne fait partie des pionniers de la lutte contre le changement climatique et défend les droits humains et le développement durable. Mais ces efforts transparaissent peu dans la politique commerciale européenne. L’UE y défend surtout les intérêts des grands lobbys industriels.

Par exemple : les taxes à l’importation pratiquées par l’UE sur les matières premières. Les taxes augmentent à mesure que les matières premières sont transformées. L’Europe empêche ainsi les pays africains de développer leur propre industrie et s’approprie une part plus importante de la valeur ajoutée créée.

Pour échapper aux taxes à l’importation de l’UE, les pays qui aspirent au développement économique sont contraints de conclure des accords de partenariat économique (APE) avec l’UE.

La condition est qu’ils ouvrent également leur marché aux produits européens, même s’ils les produisent également (par ex. : le lait).

En 2016, l’APE entre la Côte d’Ivoire, le Ghana et l’Union européenne est entré en vigueur. Le Nigeria a décidé de ne pas signer l’APE afin de protéger sa propre industrie.

Des pouvoirs publics forts sont un aspect essentiel d’un secteur du cacao durable

Taxe à l’importation sur le cacao

Toute entreprise qui veut importer du cacao transformé en Europe paie ces taxes
sur le montant d’achat (données de juin 2018) :

  • Fèves de cacao séchées : pas de taxe
  • Masse ou beurre de cacao : 7,7 %
  • Poudre de cacao : 8 %
  • Chocolat : 38 à 43 %

(Source : EU-Commission Trade Market Database)

Le besoin d’un cadre législatif

Le secteur du cacao ne deviendra jamais durable si nous attendons que les entreprises résolvent les problèmes de leur propre initiative. Ou si la responsabilité est laissée au seul consommateur. Car malgré le succès limité des initiatives existantes, comme les programmes et labels de développement durable, les défis restent immenses. Il est grand temps d’introduire un cadre législatif obligeant les entreprises à respecter les droits humains et l’environnement à l’échelle mondiale.

60 % du cacao est transformé en chocolat en Europe. Voilà pourquoi une réglementation en la matière est avant tout nécessaire au sein de l’UE. La législation européenne sur le cacao peut contraindre les entreprises européennes à respecter les droits humains et l’environnement dans leur chaîne d’approvisionnement. Si ces conditions ne sont pas respectées, l’importation de cacao non durable peut être empêchée. Grâce au travail de lobbying des ONG environnementales, un règlement similaire a déjà été édicté pour le bois coupé illégalement : il ne peut pas entrer au sein de l’UE.

Respecter les droits humains dans tous les secteurs

Dans le secteur du cacao, la consommation et la plus-value financière ont lieu dans les pays riches, tandis que les violations des droits humains et la déforestation touchent les pays en développement fragiles. Le même problème se pose aussi pour les secteurs comme le textile, l’électronique, l’exploitation pétrolière, l’extraction minière, …Nous avons donc besoin non seulement de mesures spécifiques au secteur, mais aussi d’un cadre plus large pour protéger les droits humains dans tous les secteurs.

En 2013, l’Équateur est parvenu, avec le soutien de presque tous les pays en développement, à mettre à l’ordre du jour des Nations unies un traité international contraignant pour les entreprises en matière de respect des droits humains. Malgré les réticences des pays industrialisés, la demande de ratification d’un tel traité se fait de plus en plus pressante. Étant donné que la Belgique défend ardemment les droits humains, il serait logique qu’elle soutienne avec conviction la mise en place de ce traité de l’ONU. Malheureusement, notre pays prend une position peu ambitieuse en la matière.

Dans l’attente d’un traité international, nous pouvons déjà passer à l’action au niveau belge. Nos pays voisins planchent déjà sur une législation obligeant les entreprises à respecter les droits humains dans leur chaîne d’approvisionnement et à consacrer davantage d’attention au développement durable. La Grande-Bretagne a fait passer une loi, en 2015, qui oblige les entreprises à prendre des mesures pour lutter contre l’esclavage moderne.

En France, le parlement a approuvé en 2017 une loi relative au devoir de vigilance qui contraint les entreprises à prendre des mesures pour limiter les risques associés aux droits humains, à l’environnement, à la santé et à la sécurité des personnes. Le parlement néerlandais a approuvé en 2019 une loi similaire, mais spécifique au travail des enfants. En Belgique, c’est malheureusement le silence radio.

Partager!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *