Moi je veux bien mais non

Juin 2012
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La future rubrique passéiste contemporaine d'hier et d'Olivier Bailly

Là-bas, la guerre gronde le long du pointillé des frontières (phrase bizarre sans ‘du’). Le peuple n’en a cure. Frappé par la tuberculose ou la syphilis, il cherche à vivre. Des mutuelles de santé émergent localement. Des coopératives s’organisent, prennent une ampleur remarquable – certaines ont plus de 5000 membres – et la main-d’oeuvre se constitue en syndicats. La crise économique fait rage et les émeutes sont réprimées par l’armée avec une brutalité sans précédent.

‘Là-bas’, c’est la Belgique d’avant 14-18. Cette Belgique laborieuse qui revendiquait la journée des 8 heures. Et les ouvriers, les fous, demandèrent même un jour de congé (si ils avaient su que ce serait pour faire les soldes…).

A cette époque, la Belgique interdit le travail au moins de 12 ans, tandis que les ados entre 12 et 16 ans ne peuvent travailler ‘que’ 12 heures par jour et seulement six jours par semaine. Juste avant 14-18, le royaume des frites introduit enfin l’obligation scolaire de 6 à 14 ans.

Aux urnes citoyennes…

Fin du 19e siècle, à coup de grèves incessantes, la population obtient finalement le suffrage universel plural. On passe alors de 136 000 à 1 370 000 électeurs. Et si la Grande Guerre n’avait pas éclaté, la pression de la rue aurait obtenu dès 1914 le suffrage universel tout court. Considérée au même rang que les fous, les déchus , et les mineurs, la femme attendra 1948 pour se rendre aux urnes. Son statut n’est pas franchement poilant : elle perçoit un salaire inférieur de 30 à 50 % à celui de l’homme, elle suit surtout l’enseignement ménager encourageant le rôle de la femme au foyer, l’ULB (faculté de médecine), l’Ordre des médecins et le Barreau s’opposent à son entrée par peur d’entrainer une dissolution des moeurs…

Se mettre ensemble pour s’en sortir

C’est dans cette Belgique là que des personnes, nos arrières grands parents, investissent largement dans la construction de structures intermédiaires entre l’individu et l’Etat. Des caisses de chômage communales pour les pertes d’emplois involontaires sont mises sur pied dans toutes les villes de plus de 35000 habitants. Se mettre ensemble pour s’en sortir, parce que la solidarité reste le niveau le plus raffiné de l’égoïsme, de la protection individuelle.

A quoi bon ressasser ces vieilleries ? D’abord pour rappeler que l’indignation et la résistance, c’est ‘socialement rentable’. Ensuite, que rien n’est jamais acquis, pas même le jour du Seigneur au repos. Enfin que si ce fut possible chez nous, c’est possible chez eux. Ou pas. Cela dépendra de l’ardeur au combat.

 

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