Moi je veux bien mais non

Décembre 2012
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La ®ubrique maraîchère du semeur (f)estival

Olivier Bailly

Andrée, une des dernières maraîchères pas chères:

« Allez allez, pas chers mes choux-fleurs ! Goûtez mes tomates ! »

Un type surgit de derrière les cabas.

« Amende Andrée. Les mots sont à nous. Tu sais bien que tu dois crier : « Allez allez, pas cher mes choux-fleurs Syngenta ® ! Goûtez mes tomates Monsanto ® ! » »

Le sigle ® (R pour ‘registered’, enregistré) symbolise une marque déposée. Et comme Andrée ne sait pas rouler les R, les ® l’ont roulée. Dans la farine, dans le champ et même devant les tribunaux.

Cette fiction n’est plus très loin de la réalité. Si la Justice a débouté un brevet sur…le brocoli, Kokopelli a perdu son procès contre l’industrie agroalimentaire. Cette association française distribue 1500 semences anciennes ou rares dans le but de redynamiser la biodiversité. Pour les adeptes d’un monde uniforme, c’est de la concurrence déloyale parce que les petites graines ne sont pas enregistrées au catalogue officiel des semences potagères. Et alors me direz-vous ? Alors il est interdit de commercialiser des semences d’une variété dont l’objectif ne serait pas « d’assurer une productivité agricole accrue ». Dixit la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE). Et qui sont les sympathiques paysans qui peuvent nous promettre, la fourche sur le cœur, un bon rendement ? Monsanto évidemment, propriétaire d’un quart de l’étal mondial des semences. Car il n’y a pas que les tomates qui sont concentrées sur le marché des légumes. Une étude d’ONG suisse a constaté que « sur les 231 variétés de tomates protégées dans l’Union européenne, 84 (36%) sont la propriété de Monsanto et 61 (26%) appartiennent à Syngenta (un autre sympathique paysan à la Monsanto, NDLR). » Idem pour les poivrons et les choux-fleurs.

‘Et le politique ? Notre parlement européen envisage de réduire le nombre de brevets accordés sur les semences (il est temps les gars ! Après plus de 2000 brevets sur nos légumes…). Le protocole de Nagoya, qui lutte contre la biopiraterie, a été adopté par les signataires de la Convention sur la Biodiversité (CBD) le 29 octobre 2010. Sur les 92 pays attendus à la signature, seuls cinq états l’ont ratifié. Il en faut 50 pour que le protocole entre en vigueur. On les espère pour 2014. En espérant que les carottes ne soient pas cuites d’ici là, entraîne-toi quand même à rouler les R, Andrée.

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