Moi je veux bien mais non

Mars 2013
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La rubrique myrmécologue et ludiquement hasardeuse d'Olivier Bailly

Olivier Bailly

loterieLa fourmi est un animal stupide individuellement et intelligent collectivement. L’homme c’est le contraire.

Cette phrase du brillant Karl von Frisch (un type qui n’avait rien d’autre à faire qu’observer les abeilles au XXe siècle) fait mal à mon Oxfam, chantre de l’esprit collectif.

Pourtant, à lire quelques informations économiques de ce début d’année, on ne peut que souscrire aux propos de Karl. La Belgique pleure l’absence de financements publics. La culture, les médias, la solidarité internationale, voire certains soins de santé voient leur budget raboté pour cause d’économies à réaliser. Et pendant ce temps, que fait le bon Belge ? Il se la joue solo. Sur tous les plans.

Côté épargne, le Belge place un maximum sous le matelas. 230 milliards sur divers carnets de dépôts, c’est plus que l’épargne des Français ! Côté dépenses idiotes, le Belge mise sur le hasard. Il a joué à la Loterie nationale 1,25 milliards d’euro, quasi le budget total du département Coopération au développement. Cette hausse de chiffres d’affaires de la Loterie est de 4,9 % par rapport à 2011, qui était déjà une année record.

Donc, le Belge regrette des services publics efficaces et en même temps planque son fric ou le claque aux jeux. Si on appose ces deux réalités de manière crue, une première conclusion saute aux yeux : le Belge est un peu con. En pleine crise économique, aux abois, le plus intelligent serait de miser sur des projets novateurs dans l’économie réelle et de…payer plus d’impôts. N’en déplaise à notre très concitoyen Gérard.

Mais la conclusion mérite d’être plus nuancée. Le Belge craint l’avenir. La chute, la maladie, la pauvreté. Et pour s’en protéger, il mise avant tout sur la force individuelle plutôt que collective à prévenir le danger. Même nos pensions seront piquées par l’Etat pensons-nous. La crise de confiance entre politiques et population atteint un paroxysme.

N’est-ce pas là que le bât blesse ? Si nous nous en remettons à la chance plutôt qu’aux pouvoirs publics pour s’en sortir, n’est-ce pas dû à l’absence d’une réelle vision de société ? Où sont les sages charismatiques et rassembleurs pouvant nous mener vers un avenir meilleur, apaisé ?

On joue solo parce que l’Etat économise, et l’Etat économise parce qu’on n’investit pas dans l’économie réelle… Un vrai cercle vicieux ! La loterie nationale a encore de beaux jours devant elle. A ce propos, le sociologue Claude Javeau déclarait:

L’abondance des loteries et des jeux de hasard est un indice de sous-développement.

Ça me donne envie d’être une fourmi…

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