Oxfam Magasin du monde

Le pouvoir citoyen contre la pauvreté

Moi je veux bien mais non

Septembre 2014
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La rubrique résolument pessimiste mais ça ira, d'Olivier Bailly

Tu ne le sens pas ? Ce léger vent de panique. Ce souffle de soufre et de peur qui calcine les coeurs et brouille les regards ? Il y eut Peter Verlinden, journaliste à la VRT marié à une femme d’origine africaine, qui découvrit le mot « nègre » écrit sur sa façade.

Il y eut les dérapages racistes du journaliste sportif Hans Vandeweghe de De Morgen qui provoquèrent la fin du partenariat entre le journal et le KVS. Il y eut les « pommes pourries à écarter pour permettre le vivre ensemble, à terme » du président du PP, Mischael Modrikamen ou « intégrez-vous ou rentrez chez vous » de son ami Luc Trullemans. Il y eut à Bruxelles l’agression d’un homme, « soupçonné » d’être homosexuel par trois personnes. Il y eut le meurtre au Musée juif à Bruxelles.

Tu penses à des actes isolés ? A cette loupe médiatique qui déforme nos vies ? Il y aura toujours des pensées extrêmes, c’est vrai. Ce qui est révélateur de l’atmosphère de notre société, ce n’est pas tant la crétinerie de quelques-uns, mais le suivisme d’un plus grand nombre. De Morgen a défendu Hans Vandeweghe. Laurent Louis a récolté 17.000 voix dans le Hainaut, 56.000 à l’Europe pour Luc Trullemans. Il y a ce communautarisme politique larvé des partis politiques, il y a le vote européen extrême, il y a mes amis de longue date « qui sont ouverts, mais bon, faut quand même faire quelque chose parce qu’on ne peut pas abandonner notre identité culturelle comme ça ». Tout cela, c’était en mai et juin. Tu le sens à présent, ce léger vent de panique ? Ce souffle de soufre et de peur qui calcine les coeurs et brouille les regards. Tu sais, les propos dénigrants et destructeurs ne disparaissent pas une fois prononcés. L’humain est géré selon Lavoisier. Rien ne se perd, rien ne se crée. Tout se transforme. Et ces derniers mois, cela virait plutôt à la putréfaction. Maintenant que le politique a haussé le ton de la discorde pour gagner des voix, maintenant qu’on a poussé un peu plus haut le curseur du communautarisme, maintenant que la Coupe du Monde est terminée, on fait comment pour vivre ensemble ?

On sort de chez soi, on occupe les espaces publics, on refuse les petites injustices et les grandes discriminations, on lutte pour l’Autre avec le sourire, sur un air de fête. Parce qu’on n’a pas le choix. Parce qu’un ensemble reste la seule voie viable. Et comme disait Jacques, « si c’est pas sûr. C’est quand même peutêtre. » Sans angélisme et sans cynisme, ces deux grands pourvoyeurs d’inertie, accrochons-nous à ce « peut-être » .

 

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