Moi je veux bien mais non

Décembre 2014
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La rubrique chiffrée et objectivement vérifiable, d’Olivier Bailly

Évidemment que l’aide publique au développement baisse et va continuer de baisser en Belgique. Sans blague. L’heure est à la chasse aux dépenses « pas toujours indispensables » comme dirait Joëlle Milquet à propos de la culture (Joëlle : « J’ai PAS dit ça ! Enfin pas tout à fait. En fait si mais en off. En fait si mais je voulais PAS que cela se sache… »)

Photo Benoît Doppagne

Photo Benoît Doppagne

Selon l’OCDE1, la Belgique a réduit sa solidarité internationale de 6,1 % en 2013. Cette chute s’ajoute aux réductions précédentes depuis 2010. Bilan : de 0,64% du revenu national brut, on en est passé à 0,45%. Coïncidence ? 2010 est l’année à partir de laquelle « le gouvernement belge s’est engagé légalement à dépenser au moins 0,7% de son RNB pour l’aide au développement. » Certes, « la crise financière et la situation budgétaire difficile placent cependant cet objectif hors de portée dans l’immédiat » nous raconte le gouvernement. Et l’immédiat risque de durer puisqu’Alexander De Croo a confirmé des coupes à répétition : de 150 millions d’euros en 2015 à 279 millions en 2019.

De toute façon, les chiffres, on s’en fout un peu. Il paraît que le PS a gagné les élections wallonnes en 2014 et que le Standard peut encore rejoindre les playoffs 1. C’est dire si on interprète les chiffres comme on veut… Ainsi, commentant la baisse de l’APD (Aide Publique au Développement) de 2012 à 2013, les autorités compétentes (mais si) avançaient que vu la diminution « des opérations d’annulation de la dette », « les dépenses réelles des coopérations au développement ont légèrement augmenté. »

Et voilà. On ne diminue pas, on se relance, ce n’est pas la même chose. Pas encore convaincus ? En 2009, des petits malins européens avaient pensé lancer le concept «APD plus». Le principe ? Fastoche. On ajoute dans l’APD les investissements
étrangers directs, les envois de fonds et les transferts de technologies. Inconvénient :
impossible de prouver que cet argent encourage un quelconque développement. Avantage : on s’arroge les mérites de transferts avec lesquels on n’a rien avoir et on gonfle l’APD. Problème : le coup était trop gros et un rapport l’a enterré.

On fait quoi alors ? Didier Reynders a ressorti les vieilles casseroles : orientons les aides dans les domaines où les entreprises belges sont fortes. Pas con. On fait du business et on fait croire qu’on aide. Bien vu. Certes, ces emmerdeurs du CNCD lui ont rappelé que la Belgique avait juré mordicus qu’elle ne lierait pas son aide à des velléités commerciales. Non recevable : c’était en 2005, soit le paléolithique politique. Et Didier de penser très fort (ok, c’est un procès d’intentions) : « Des déclarations, c’est comme les chiffres, ça se tord ». Et à travers (de la gorge)…

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  1. Source à prendre avec beaucoup de prudence : pour être « aide publique au développement, il suffit « qu’un prêt soit consenti à un taux inférieur à celui du marché (prêt concessionnel) pour qu’il soit considéré comme une aide, même s’il est ensuite remboursé jusqu’au dernier centime par le pays bénéficiaire. » (www.cncd.be)
    http://diplomatie.belgium.be/fr/politique/cooperation_au_developpement/chiffres/apd/

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