Moi je veux bien mais non

Mars 2015
Publié dans le
Rubrique

La rubrique immobilière et sans mobile d’Olivier Bailly.

S’il fallait un jour remettre un prix au meilleur suicide politique, Philippe Henri constituerait un candidat redoutable. Feu follet du feu gouvernement Demotte II, le petit homme vert eut l’outrecuidance de remettre en question l’alpha et l’omega de l’identité wallonne : la maison quatre façades.

Ce ministre de l’aménagement du Territoire afficha en effet une saugrenue volonté d’aménager le territoire. L’idée était d’encourager la densification des centres urbains et de limiter la construction périurbaine.

Politiquement, ça ou se déclarer en faveur de la libération anticipée de Marc Dutroux revenait plus ou moins à la même chose. Les bourgmestres, trop heureux de transformer des champs en zone constructible, n’en veulent pas. Les citoyens wallons, une brique dans le ventre (même si au vu de la paupérisation croissante, de plus en plus l’ont dans le cul1), refusent qu’on bride leur liberté d’avoir un grand jardin et une remise en bois au fond pour ranger la tondeuse. Ils vont donc caler leur habitation le long d’une nationale entre un magasin de salle de bain et un autre de chaussures. Ou pire, entre deux vaches. Selon l’IWEPS, seuls 32,4% des 72 921 logements créés entre 2001 et 20082 l’ont été au sein d’un noyau d’habitat, soit un lieu suffisamment dense pour offrir des services publics plus ou moins dignes. Un sur trois !

Débute ici un intéressant débat sur le prix à payer par la collectivité pour assumer une liberté individuelle. Si c’est la liberté de chacun de s’isoler en zone rurale, ma liberté serait-elle d’en refuser les coûts ? Dois-je payer l’extension des réseaux d’égouts, d’eau, de gaz, d’électricité, les bus TEC et trains vides dans les zones isolées, les services de la Poste ? L’objectif de ces services n’est pas d’être rentables, mais au moins viables. Dois-je financer le réseau routier qui a augmenté de 56% entre 1970 et 2000, l’un des plus développés d’Europe, à ce point dégradé que 885 millions d’euros seraient nécessaires pour le réhabiliter3 ? La périurbanisation résidentielle des années 80 et 90 a couté 425 euros à chaque habitant4. Et à ce coût, le misanthrope rural y ajoutera de sa poche les déplacements pour trouver une école, une boulangerie, un docteur, un kiné ou un simple resto.

Moi, je veux bien être solidaire avec Charlie, mais pas avec le mec qui veut un pré à tondre le dimanche. Wallons, Wallonnes, unissez-vous. Soyez urbain, adoptez un voisin. En temps de crise, on se serre les coudes. Serrez-vous tout court. Vous aurez plus chaud au coeur.

Montrer 4 notes

  1. Je plagie éhontément le jeu de mots issu d’un dessin de Kanar.
  2. « Construction d’indicateurs de développement territorial : étude de la localisation résidentielle récente et analyse au regard de critères de développement territorial durable », Julier Charlier, Julien Juprelle, Isabelle Reginster, Working paper de l’IWEPS n°2, 25 août 2011
  3. « L’entretien des routes et autoroutes en Wallonie – Programmation, financement et contrôle de la qualité des travaux », Rapport adopté le 11 décembre 2012 par la chambre française de la Cour des comptes, 2012
  4.  Jean-Marc Lambotte et al. « Étalement urbain et services collectifs : Les surcoûts d’infrastructures liés a l’eau », Revue d’Économie Régionale & Urbaine 1/2008 (mars), p. 21-42.

Partager!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *