Moi je veux bien mais non

Septembre 2015
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La conférence internationale sur le financement du développement1 s’est tenue en ce mois de juillet 2015 à Addis-Abeba, Ethiopie.

La rubrique développée en infusion d'Olivier Bailly

Comme d’hab’ dans ce genre de pow wow international, ça va développer sec. Et pas avec n’importe qui. Le secrétaire général des Nations Unies Ban-Ki Moon a sollicité Paul Polman, PDG d’Unilever, pour qu’il intègre son panel de haut niveau (27 personnes) chargé de définir l’agenda post-2015 pour le développement. Allez, ce n’est pas possible ça. En 2014, Paul a gagné dix millions d’euros net et a déclaré dans la foulée au Washington Post : «Cela me gêne, si vous me le demandez les yeux dans les yeux.» On ne te le demande pas Paul, mais ta gêne ne t’incommode pas au point d’ «appeler à une régulation des salaires des cadres » ou à faire comme Dan Price qui a augmenté le salaire minimum de ses 120 employés et a diminué le sien d’un million pour que les deux rémunérations extrêmes se rejoignent.

Dans la perspective du sommet éthiopien, la présence de plus en plus envahissante d’acteurs privés dont Unilever dans les enjeux de développement a amené 150 organisations de solidarité internationale à mettre en garde les représentants politiques sur la «privatisation de l’aide publique» dans le cadre de cette conférence internationale.

En gros, le développement ne passera pas par Unilever.

Quoique. En France, Unilever a fermé en 2010 une usine à thé «Eléphant » pour la relocaliser en Pologne (dans un souci de développement polonais). Problème : les 180 ouvriers sur le carreau n’ont pas aimé le gout amer de l’infusion et ont décidé de reprendre de haute lutte l’usine (dans un souci de développement français). Unilever n’était pas chaud bouillant pour ce processus fort de café mais au bout de 1336 jours d’occupation, la multinationale a lâché. Aujourd’hui, les ouvriers sont organisés en SCOP (Sociétés coopératives et participatives). Au menu : politique salariale parfumée au tilleul bio. Avant, l’écart des salaires allait de 1 à 210. A présent, il sera de 1 à 1,31. Et bientôt, on boira du thé « 1336 » sans s’étrangler face aux incohérences patronales. Etrange croisement d’actualités pour rappeler le pouvoir de la base. N’est-ce pas un des révoltés de 1336 qui devrait intégrer le panel de haut vol de Ban-Ki Moon ? Comme quoi je retire ce que j’ai écrit. Le développement et Unilever, c’est possible (à condition d’en sortir).

 

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  1.  Les anciens de Fralib et leur coopérative lancent le thé de la transformation sociale et écologique », BastaMag, Emmanuel Riondé, Jean de Pena, 27 mai 2015

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