Moi je veux bien mais non

Septembre 2010
Publié dans le
Rubrique

Rubrique millénaire du jour d'Olivier Bailly

Les Objectifs du Millénaire. Ca vous dit quelque chose ? C’était en l’an 2000. A l’époque, entrer dans un nouveau millénaire dopait le moral. L’ONU avait la niaque ! On allait voir ce qu’on allait voir. Le Sida ? Enfoncé ! L’éducation ? L’eau potable ? Pour tous ! La pauvreté ? Eradiquée ! Hop, et voilà. C’est réglé. Une bonne chose de faite. Next ?

Bon, dix ans plus tard, à deux tiers du chemin, les pontes de l’ONU baissent un peu le ton. Les pronostics se plantent et même Paul le poulpe ne veut pas s’avancer pour la suite… Cela dit, ne comptez pas sur moi pour flinguer ces grandes déclarations solennelles et incantatoires. Le monde a besoin de cap. D’objectifs humanistes, ambitieux et visionnaires. Ceux du millénaire le sont.

Quelques réticences cependant sur l’Objectif n°1 : « réduire de moitié la proportion de la population dont le revenu est inférieur à un dollar par jour. »

Je m’interroge : comment organise-t-on une tournée pour demander à 9 milliards d’individus combien ils gagnent par jour ? Dans les pays en développement où l’économie est surtout informelle, le revenu est très fluctuant. Un jour tu bosses, l’autre jour pas. Des prévisions sur un jour, ça ne sert à rien. Des prévisions sur un an, c’est pour les riches. Et à peine les statisticiens ont-ils fait le tour des chaumières qu’ils peuvent recommencer. Bref, ça vaut quoi ce genre de statistiques ?

Ensuite, un dollar par jour, ce n’est pas un objectif. Ne pas avoir le Sida, aller à l’école, boire de l’eau potable, accéder à des soins de santé, je comprends. Ce sont autant d’objectifs qui améliorent les conditions de vie. Mais avoir un dollar en poche ? On ne va quand même pas sortir le paysan de son champ pour décharger des cageots ou travailler à la chaine pour gagner une misère ? Si ? Ah…Tout le monde sur le chemin de la corvée urbanisée alors. Comme à la grande époque de l’industrialisation… mais ça, c’était un autre millénaire non ?

Et paf ! Vous vous dites que mon intervention est une énième déclinaison de l’argent ne fait pas le bonheur. Non, non, je ne dis pas cela…Moi par exemple, j’aime bien avoir de l’argent. Ca me rassure. Puis cela permet d’avoir accès à des besoins de base (logement, alimentation, etc.). Mais je m’interroge derechef : quand on sait que nos vaches wallonnes reçoivent deux euros par jour de la PAC, « un dollar par jour », ce n’est pas un peu chiche ? Franchement, quitte à rentrer dans la société de consommation autant y aller avec un maximum d’argent…. Pourquoi ne mettrions-nous pas la barre à cinquante, cent ou deux cent dollars par jour par humain alors ? Voilà un objectif ! Ou mieux, on laisse le paysan cultiver son champ et en vivre dignement…

Olivier Bailly

Partager!

Un commentaire sur “Moi je veux bien mais non

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *