Moi je veux bien mais non

Déclics #5 - cover

Mars 2011
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La rubrique terre-à-terre mais pas chère d'Olivier Bailly

Dans les magasins de jardinage, il y a un truc bizarre qui ne nous choque plus, mais plus du tout. C’est qu’on vend du terreau…De la terre en sac alors qu’il y en a des milliers de tonnes tout autour de nous ! C’est fou, non ?

Et bien depuis 2008 et la crise financière, le magasin de jardinage a pris une ampleur planétaire. Aujourd’hui, les Etats et surtout les investisseurs privés font leur marché en achetant des terres agricoles disponibles à travers le monde. On appelle ça le « landgrabbing », l’accaparement des terres.

Les Etats qui achètent sont plutôt riches en monnaie et pauvres en terre, forcément. Ce sont les Pays du Golfe, la Corée du Sud, mais aussi l’Egypte et la Chine. Echaudés par la crise des produits alimentaires de 2008, ils ont décidé d’aller voir si l’herbe est plus verte et surtout meilleur marché ailleurs. Le tout pour une question de « sécurité alimentaire ». La leur évidemment. Côté entreprises, des fonds spéculatifs voient dans les terres agricoles un placement rentable, vu la promesse de tensions futures sur le marché des denrées alimentaires. Pour une question de « sécurité financière » sans doute. La leur. Evidemment.

Et donc, tous ces amateurs de nature trainent leurs bottes dans le magasin de la Terre et font leurs courses. Des grosses courses, genre celles du mois quand le caddy déborde…En 2009, 49 millions d’hectares agricoles ont été ainsi vendus ou loués. Soit 35 fois la surface agricole de la Belgique. Vous imaginez, vous, Daewoo ou le Qatar venir racheter le champs de betteraves de René, remembrer son terrain avec celui de José pour en faire de vastes rizicultures ou champs de maïs mettant les deux gaillards sur la paille ? Crénomdidjû ! Un bon coup de fourche oui ! Mais cela ne se passe pas chez nous. Les pays qui jouent aux têtes de gondoles sont plutôt le Brésil, l’Ukraine, et de nombreux pays d’Afrique subsaharienne. Oui oui, d’Afrique subsaharienne, soit là où selon la [highslide](FAO;FAO;;;)

La FAO (Food and Agriculture Organization) est l’organisation des Nations Unies spécialisée dans l’alimentation et l’agriculture.

[/highslide], « la proportion de personnes sous-alimentées reste particulièrement élevée, se chiffrant à 30 pour cent de la population en 2010 ». Par exemple, le Soudan a cédé 880000 hectares de ses terres arables (pour 670 millions d’euros) et dans le même temps, le PAM (Programme alimentaire mondiale des Nations Unies) tente de nourrir des milliers de réfugiés du Darfour. Région du Soudan donc.

Je résume. Des Etats pauvres vendent à des Etats riches leurs terres alors que leurs populations crèvent de faim juste à côté. Dans le meilleur des cas, ces terres serviront à nourrir les populations des pays riches, ou à produire des agrocarburants pour leurs voitures. Dans le pire, on stockera les grains jusqu’à ce que les prix montent.

Le paysan du coin sera à la fois privé de son gagne pain et devra s’acheter des produits alimentaires sur le marché, produits d’autant plus chers que la spéculation sera féroce…

Et des chercheurs sont capables d’expliquer qu’en fait c’est pour son bien, que ce commerce sera un marché « win-win », qu’il y aura des projets en guise de sparadraps sociaux. Et si tout le monde est gentil, on promet aussi des bics quatre couleurs, des savons de Marseille et la visite de Jean-Denis Lejeune. De manière un peu plus lapidaire, je qualifierais cette pratique de « pillage agricole », « spoliation organisée » ou « spéculation assassine ». Au choix. Même la Banque mondiale s’inquiète de cette évolution, c’est dire… La Terre tourne carré. Tant mieux pour le commerce, on les empilera plus facilement au fond du sac.

Olivier Bailly

À regarder pour en savoir plus sans s’embêter avec de longs rapports d’ONG

Et pour une vue complète de la question

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