Moi je veux bien mais non

Juin 2011
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La rubrique paysanne mais néanmoins urbaine d'Olivier Bailly

Il fallait favoriser les agricultures locales dans le Sud, leur « avantage comparatif » comme on dit quand on parle « l’éconolangue ». Alors les paysans du Sud ont cultivé le coton et le café. Ils ont mis leur culture dans des grands bateaux et ils ont attendu que l’argent revienne. Il est revenu, mais pas beaucoup. Alors le petit paysan a vendu sa terre à un gros paysan et s’est mis à travailler pour lui. Mais il gagnait peu…

Le « cotonculteur » n’avait déjà que des vareuses ‘made in China’ à se mettre sur le dos, le « caféculteur » recevait les invités avec du Nescafé, mais comble du comble, le paysan a commencé à manquer de nourriture. Alors il est parti grossir les villes. Il a découvert sur les marchés des tomates qui venaient d’Europe. Beaucoup de tomates. Tout le monde en mangeait car elles coutaient deux fois moins cher que les tomates locales.

Le paysan du Sud s’est dit qu’il devait y avoir besoin de main d’oeuvre au Nord pour envoyer toutes ces tomates chez lui. Il a voulu prendre le même bateau que son coton et son café. Mais on ne l’a pas laissé monter. Il a insisté. On a dit « Non ».

Comme il avait très faim, le paysan est devenu hors la loi et il s’est frayé un chemin de traverse jusqu’à l’Europe.

L’Europe s’est exclamée : « il y a de plus en plus de paysans du Sud qui viennent chez nous ! » Cela n’arrangeait pas cette vieille dame parce que cela faisait beaucoup de monde à nourrir sur son territoire et qu’il n’y aurait plus personne au Sud pour acheter ses tomates.

Certes, l’Europe aurait pu se dire : « bon, on a déconné avec ces exportations à prix cassé, avec nos modes de surproduction dont on ne sait plus que faire, le tout mâtiné de spéculations sur l’alimentation. Les gens crèvent de faim et viennent s’empaler sur nos frontières. On arrête tout. Qu’on rende à monsieur sa terre et qu’on encourage l’agriculture bio, locale, paysanne ou appelez-la comme vous voulez. D’après le belge Olivier De Schutter [[highslide](1;1;;;)

Rapporteur spécial des Nations Unies pour le droit à l’alimentation

[/highslide]], c’est le moyen de faire manger tous ces aff amés, parce qu’il y aurait une vaste étude [[highslide](2;2;;;)

Voir l’étude de Jule Pretty, promoteur de l’agroécologie. Un sous-chapitre est dédié aux questions de migrations.

[/highslide]] (286 projets menés dans 57 pays en développement et couvrant une surface totale de 37 millions d’hectares tout de même…pas de l’étude en serre ça madame) qui a prouvé que le gain de rendement moyen des récoltes s’élève à 79% en recourant à des approches écologiques ». En plus, pareille pratique réduira l’impact de l’agriculture sur le climat, autre source de migrations intempestives. Alors ? Alors l’Europe a dit au paysan du Sud « Monsieur, je t’avertis une dernière fois. Soit tu pars, soit je m’énerve. Compris ? »

Mais bon…l’Europe a préféré donner le gros de ses subsides agricoles aux gros agriculteurs et les miettes aux bio et à l’agriculture paysanne [[highslide](3;3;;;)

« Réorientation de la PAC, aide aux agricultures durables insuffi sante selon PAC 2013 », Jean-Charles Batenbaum, Lire sur la PAC post-2013 la note de synthèse de Camille Perrin, « Quelle politique agricole pour l’Europe après 2013 ? »

[/highslide]]. Quitte à étouff er les petits agriculteurs du Sud, autant faire de même avec ceux du Nord. Question d’équité sans doute. Olivier Bailly

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