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Oxfam-en-Belgique : une belle histoire de solidarité

Déclics #5 - cover

Mars 2011
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La naissance et l’évolution d’un mouvement, c’est toujours un peu mystérieux… surtout dans un pays compliqué comme la Belgique ! Petit retour en arrière, alors qu’Oxfam-Wereldwinkels fête cette année le 40e anniversaire de son premier magasin et qu’Oxfam-Magasins du Monde est en passe d’organiser son 20ème petit-déjeuner.

Oxfam voit le jour en Belgique le 17 septembre 1964, lorsque le Comte Victor de Robiano, le [highslide](Antoine Allard, le Baron Rouge;Baron Antoine Allard;;;)

 

Curieux personnage, ce baron qui fut un des fondateurs d’Oxfam-Belgique ! Il aurait pu devenir, comme sa famille l’espérait, un grand économiste… Au lieu de cela, il fuit l’université pour étudier la peinture à Munich. Sa vie entière sera rythmée par des grands voyages sur tous les continents.

Après avoir animé, fin des années 40, le mouvement pacifiste « STOP WAR », il s’intéresse de près au Congo et, avec Jan Van Lierde (le premier objecteur de conscience reconnu en Belgique), il établit des relations très amicales avec des intellectuels et politiques congolais. Au-delà de son engagement humanitaire, le Baron Allard côtoie les intellectuels de son époque (Bertolt Brecht, Jean-Paul Sar tre, Carlo Levi, le poète belge Georges Norge,…). Il a lui-même publié différents pamphlets et n’a jamais abandonné le dessin et la peinture…

Le 18 juin 1981, sortant de l’assemblée générale d’Oxfam-Belgique, il s’effondre dans la rue. Ce soir-là, le président avait lancé son dernier appel: « Que les hommes qui aiment leurs enfants aiment aussi les enfants des autres et ne les bombardent pas ».

[/highslide] et quelques-uns de leurs amis s’inspirent de l’exemple de l’Oxford Committee for Famine Relief actif en Grande-Bretagne depuis 1942.

Le premier appel d’urgence d’ [highslide](Trois organisations au service d une meme vision;Oxfam-Belgique;;;)

Au cours de son histoire, Oxfam a évolué et s’est subdivisée en trois organisations, qui forment ensemble Oxfam-en-Belgique .

Oxfam Solidarité est la seule organisation d’Oxfam à garder une structure nationale. Elle soutient des projets de développement et collabore, dans plus de 25 pays du Sud, avec des organisations partenaires qui travaillent pour un véritable changement social. L’organisation rassemble aussi plus de 40 magasins de seconde main de vêtements, ordinateurs, livres, meubles et divers. www.oxfamsol.be

Oxfam Wereldwinkels (OWW) est le mouvement de commerce équitable de Flandre. Il rassemble à ce jour plus de 200 magasins locaux. Dépendant d’OWW, Oxfam-Fairtrade (OFT) est la coopérative qui importe et distribue les produits alimentaires.  www.oww.be et www.oft.be

Oxfam-Magasins du monde est l’équivalent d’OWW en Belgique francophone, mais s’est spécialisé dans l’importation et la distribution de produits non-alimentaires, principalement dans l’artisanat. Oxfam- Magasins du monde a aussi développé un projet de commerce solidaire basé sur la collecte et la vente de vêtements de seconde main. Un pourcentage de la vente des vêtements sert à financer des projets de développement dans le Sud. www.omdm.be

Les trois composantes d’Oxfam-en-Belgique mènent des campagnes d’information et de sensibilisation, ainsi que des projets d’éducation auprès de la population belge. Elles font également pression sur le monde politique et économique. Depuis quelques années, elles ont renforcé leur collaboration. En 2011, Oxfam-en-Belgique lancera ainsi une campagne commune sur le thème de l’agriculture paysanne, qui est à la croisée des crises alimentaire et climatique. Les trois Oxfam ont également décidé de former et mobiliser ensemble leurs jeunes militants au sein du réseau Oxfam-en-action , qui propose aux jeunes de participer à des manifs, de monter des actions médiatiques, de sensibiliser le public des festivals,… D’autres projets sont envisagés afin que la famille d’Oxfam-en-Belgique soit plus facile à identifier et à comprendre aux yeux des citoyens.

[/highslide] est lancé en 1965 en faveur de 85 millions d’Indiens victimes d’une sécheresse. En 1966, deux centres sont ouverts à Gand et à Liège. Devenu président d’Oxfam-Belgique, le Baron Allard arbore une pancarte «Armer ou développer : aider et bombarder en même temps n’est pas possible. Nous sommes libres de choisir ! » et continue à mener sa croisade contre les armes nucléaires.

S’impliquer sur le terrain

En 1970, suite à un cyclone au Pérou, Oxfam se mobilise et s’implique sur le terrain, en collaboration avec des organisations partenaires. C’est à cette époque qu’Oxfam initie, avec le soutien des autorités belges, les premiers projets de collaboration au développement avec des collectivités du sud. L’organisation Oxfam-Projets est alors créée. Sa mission : assurer l’examen et la gestion des projets et des équipes de coopérants.

Durant les années 1970, Oxfam-Belgique, sous l’impulsion de son secrétaire général Pierre Galand, participe aux manifestations contre l’apartheid, contre le déploiement d’armes nucléaires en Belgique, et à la mobilisation en faveur des pays touchés par des crises. En 1974, Oxfam lance dans cet esprit un appel original afin d’attirer l’attention sur le drame de la sécheresse au Sahel : la population est invitée à verser une taxe volontaire de 5 francs pour chaque robinet dans la maison. Succès sur toute la ligne !

La diplomatie de la solidarité

La philosophie d’Oxfam s’inscrit dans la suite logique de la décolonisation. Car la nouvelle indépendance politique acquise par les anciennes colonies cachait mal une dépendance économique. Et si un fil rouge sous-tend l’histoire d’Oxfam-Belgique, c’est bien celui de la solidarité avec la lutte des peuples pour leur auto-détermination, principalement fondée par le droit international et des résolutions des Nations Unies. Cette solidarité s’exprime vis-à-vis du Sud-Est asiatique, des anciennes colonies portugaises en Afrique et au Timor Oriental, de l’Erythrée, des Sahraouis et du peuple palestinien. Pour Oxfam, le développement de ce qu’on appelait encore « le tiers-monde » doit se faire par les peuples eux-mêmes, sur base du projet qu’ils initient.

Naissance et évolution du commerce équitable

En 1969, la première boutique Oxfam ouvre ses portes à Bruxelles. Son objectif : récolter des fonds par la vente d’articles-cadeaux. Il faut cependant attendre 1971 pour voir s’implanter le premier magasin de commerce équitable, le wereldwinkel (magasin du monde) d’Anvers. Importé des Pays- Bas, le modèle est basé sur la devise « Trade not Aid » (du commerce, pas de l’aide). Le magasin devient alors également un lieu de sensibilisation, où le client est invité à agir.

Au début, la vente de produits est avant tout considérée comme un geste militant, le but étant de soutenir des luttes de libération (Nicaragua, Afrique du Sud, etc). A cette époque, la qualité des produits n’est dès lors pas encore considérée comme une priorité. Et acheter équitable, c’est surtout [highslide](Note;montrer son adhesion a un message politique;;;)

La vente de bananes a été pendant longtemps un moyen de soutenir le mouvement sandiniste au Nicaragua. Voir à ce sujet l’analyse « Quand les bananes font de la résistance »

[/highslide] . Les années 1970 et 1980 sont aussi celles des grandes manifestations pacifistes. Pour assurer le développement des pays pauvres, il faut lutter pour la paix et contre l’impérialisme. C’est ainsi qu’Oxfam se mobilise en faveur de l’Amérique centrale, en particulier autour de l’expérience sandiniste au Nicaragua, et contre l’apartheid en Afrique du Sud.

Aujourd’hui, le commerce équitable s’est professionnalisé : Oxfam travaille ainsi avec des producteurs (qu’on appelle « partenaires ») sur trois continents (Asie, Afrique et Amérique du Sud) et veille à améliorer constamment la qualité de ses produits. Dans cet esprit, Oxfam collabore également avec ses partenaires pour développer des nouveaux produits qui répondent mieux aux attentes actuelles des consommateurs.

Changer les règles du commerce international

Pour Oxfam, la vision du commerce équitable n’a pas fondamentalement changé : celui-ci représente une alternative de production et de consommation qui permet d’établir une relation plus juste entre les producteurs, les consommateurs et les citoyens. Il s’agit notamment de vendre des produits à un prix juste, afin que des communautés puissent vivre dignement et investir dans des projets sociaux, de santé, d’éducation, de logement, d’égalité entre les sexes… Ça, c’est pour l’image la plus connue du commerce équitable. Car on l’oublie souvent, son autre objectif consiste à porter un message dans la société pour inviter le monde politique à changer les règles du commerce international afin de réduire les inégalités entre les pays pauvres et les pays riches .

Pour atteindre tous ces objectifs, différents moyens sont mis en oeuvre : la mobilisation citoyenne et les campagnes de sensibilisation, le plaidoyer auprès des décideurs politiques et économiques, l’éducation au développement, la mise en place et la participation à des réseaux, etc. En mobilisant les consommateurs et les citoyens, en faisant pression sur des gouvernements et des multinationales, Oxfam veut changer les mentalités et présenter le commerce équitable comme un [highslide](Note;outil parmi d autres pour lutter contre la pauvrete;;;)

Voir l’analyse « Le commerce équitable, un outil concret pour a réalisation des objectifs du millénaire »

[/highslide] . Une vision partagée par de nombreux experts, dont Olivier De Schutter, le rapporteur spécial des Nations unies pour le droit à l’alimentation .

Depuis près de 50 ans, Oxfam fait bouger la société belge… Et si l’on ne sait pas si la Belgique survivra encore 50 ans, d’aucuns prétendent qu’Oxfam sera toujours là pour oeuvrer en faveur d’un monde meilleur.

Roland d’Hoop

Pour en savoir plus : cet article s’inspire largement de la brochure « Oxfam en Belgique : • une histoire • un mouvement • un combat », éditée par Oxfam-Solidarité pour les 40 ans d’Oxfam en Belgique. Voir sur www.oxfamsol.be

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