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Oxfam vu du Nord et du Sud

Déclics #5 - cover

Mars 2011
Publié dans le
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A l’occasion de son trente cinquième-anniversaire, Oxfam-Magasins du monde fait le point sur la manière dont notre ONG et le commerce équitable sont perçus par des acteurs proches, au Nord comme au Sud.

Propos recueillis par Jérôme Chaplier.

Rencontre au Forum Social Mondial de Dakar, en février dernier, avec Arnaud Zacharie du [highslide](Le CNCD-11.11.11 en deux mots;CNCD-11.11.11;;;)

Le Centre national de coopération au développement, ou CNCD-11.11.11, est la coupole d’une septantaine d’ONG de développement, de syndicats et d’associations d’éducation permanente engagées dans la solidarité internationale en communauté française et germanophone de Belgique.

www.cncd.be

[/highslide] et Roopa Mehta de [highslide](Sasha en deux mots;Sasha;;;)

Cette organisation indienne active au Bengale Occidental, Orissa et Karnataka collabore avec Oxfam-Magasins du monde depuis 1994. Son objectif est de soutenir les artisans dans la commercialisation de leurs produits, et de lancer de nouveaux projets économiques en faveur des plus démunis. Aujourd’hui, Sasha vient en aide à plus d’une centaine de groupes d’artisans, dont 80% de femmes.

www.sashaworld.com

[/highslide], une organisation de commerce équitable indienne.

Déclics : Quelle est selon vous la spécificité d’Oxfam-Magasins du monde au sein du paysage associatif belge et des organisations de commerce équitable ?

Roopa Mehta (RM) : Oxfam-Magasins du monde témoigne d’une volonté sincère de s’engager avec les organisations partenaires, et ce bien au-delà d’une simple relation commerciale équitable. Là où de nombreux acteurs nous appuient au niveau commercial, en termes d’accès au marché ou de développement de produits par exemple, Oxfam s’engage également dans d’autres dimensions comme le plaidoyer ou l’éducation. De plus, Oxfam s’efforce de créer en permanence des liens entre les organisations du Sud. La présence de mon organisation à Dakar – à l’initiative d’Oxfam – nous permet ainsi d’échanger avec des producteurs sénégalais, guatémaltèques ou brésiliens… C’est extrêmement enrichissant .

Arnaud Zacharie (AZ) : La force du modèle proposé par Oxfam ? C’est d’associer la partie concrète d’une démarche de commerce équitable à une démarche politique via des campagnes de sensibilisation ou d’interpellation des gouvernements à propos du commerce international. Oxfam-Magasins du monde peut ainsi s’adresser de manière cohérente au consommateur et au citoyen. Le produit « équitable » est alors considéré comme un levier pour attirer l’attention sur les rapports entre consommateurs et producteurs et les réalités des filières de production.


Déclics : Quelles sont les grandes réussites d’Oxfam en termes de campagne et de plaidoyer ?

AZ : Diverses campagnes ont concrètement abordé la question des enjeux du commerce international. Je citerai la campagne sur les APE [NDLR : Accords de Partenariat Economique, entre l’Union européenne et les pays Afrique-Caraïbes-Pacifique] où Oxfam International a joué un rôle clé.

Via des exemples concrets comme le commerce du café, la sensibilisation des consommateurs et l’interpellation des entreprises et du politique sur le prix a eu un impact sur les économies du Rwanda ou du Burundi. Dans ces pays, les revenus dépendent en effet en grande partie de cette matière première. De manière plus générale, Oxfam a contribué à informer le citoyen-consommateur sur l’impact de ses choix de consommation.

RM : Il y a deux ans, j’ai eu la chance de participer à un petit déjeuner Oxfam en Belgique. J’ai été marquée par l’engagement des bénévoles, mais aussi par celui des nombreux participants en faveur du commerce équitable. J’aimerais que Sasha puisse s’inspirer des actions publiques menées par Oxfam-Magasins du monde, mais aussi de ses projets éducatifs. Si la sensibilisation des citoyens indiens est importante pour nous, nous n’avons que peu d’expérience en la matière. L’approche du commerce équitable comme levier éducatif est nouvelle chez nous et reste très limitée.

Déclics : Quel est l’avantage de faire partie d’une grande famille comme Oxfam, au niveau international ?

AZ : J’y vois un double avantage. D’abord, pouvoir bénéficier de l’impact médiatique de ce réseau international. Quand Oxfam-Grande Bretagne envoie un communiqué par exemple, la position est répercutée jusqu’en Belgique… A l’instar d’Amnesty International ou de Médecins sans Frontières. Ensuite, au travers de tous ses affiliés, de ses bureaux locaux dans le Sud, Oxfam bénéficie d’une énorme expertise. Cette expertise permet ainsi de publier des études pointues sur le fond et de déterminer des positions politiques qui relayent la voix du Sud. Cela renforce la crédibilité du travail politique des ONG. Sur ces questions, Oxfam-International est un acteur clé.

Déclics : Comment voyez-vous le futur du commerce équitable et du rôle d’Oxfam-Magasins du monde ?

AZ : Il y a incontestablement une tension entre le fait de garder des pratiques équitables et la nécessité de répondre à la demande dans les pays occidentaux, notamment par la vente dans la grande distribution. Il s’agira de développer une approche commerciale large pour toucher un public toujours plus nombreux, sans pour autant vendre son âme. En effet, beaucoup d’entreprises et certains partis politiques sont clairement tentés par la mise en place d’un commerce équitable « light », permettant de surfer sur le concept tout en bradant ses principes.

RM : C’est vrai que l’on présente trop souvent une vision très restrictive du commerce équitable. Dans les campagnes par exemple, on nous demande rarement de feedback sur les messages diffusés au Nord. Or, j’ai l’impression que ces messages sont trop restrictifs. Je regrette que les producteurs du Sud ne puissent pas davantage participer à la construction des messages. Prenons l’exemple d’une ancienne campagne de FLO [NDLR : Organisation regroupant divers organismes de labellisation]. Cette organisation a fait du prix juste et de la prime versée aux producteurs les éléments principaux du commerce équitable. Son engagement a rencontré un franc succès, mais a causé au final du tort au message global du commerce équitable en le réduisant à cette seule dimension. En matière d’artisanat par exemple, l’impact du commerce équitable est bien plus large. Il permet de créer de l’activité économique là où il y peu d’opportunités, notamment en milieu rural. Il contribue également à renforcer les capacités des artisans, à leur donner une voix, leur rendre le contrôle de leurs modes de production aux dépens des intermédiaires financiers,… On sent chez Oxfam-Magasins du monde cette vision ambitieuse du commerce équitable. Oxfam se soucie de comprendre le quotidien des producteurs, les défis des organisations du Sud, et d’éviter les images simplistes du commerce équitable vers les consommateurs. Le commerce équitable n’a de sens que s’il vise à un changement plus global dans le système commercial international, pour lutter en profondeur contre les injustices dont sont victimes les pays du Sud. Ce n’est pas une question de charité, mais bien de justice !

AZ : Je constate également que la question environnementale fait partie des gros changements de ces dernières années. Il faut à cet effet promouvoir des filières courtes, relocaliser une partie de la production et recentrer les filières Nord-Sud sur les produits qui n’existent pas ici. Cet aspect est l’un des défis majeurs du commerce équitable, à savoir le lien entre le social et l’environnemental. Oxfam-Magasins du monde peut jouer un rôle utile face à cet enjeu.

RM : Même si le commerce équitable souffre de la crise économique et doit faire face à de nombreux défis, je suis très optimiste. Le commerce équitable est aujourd’hui plus nécessaire que jamais. Le système économique actuel n’est pas durable. Il suffit d’observer les dégâts sur l’environnement, subis principalement par les pays du Sud. Il suffit également de considérer l’impact de la crise financière et les déséquilibres persistants,… Le commerce international n’épargne personne, partout les salaires sont mis sous pression. La pauvreté n’est plus l’affaire de zones isolées, dans le Sud. Elle est présente partout. Or le commerce équitable a des impacts réels. Il représente une partie de la solution à ces crises. Il affronte ces dérives du système conventionnel, il contribue à chercher et proposer des solutions. Il porte un message fort à l’attention des entreprises, du politique, des consommateurs. En tissant des liens producteurs-consommateurs, Nord-Sud, il contribue surtout à attirer l’attention sur l’universalité des enjeux et des solutions.

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