Promouvoir les échanges créatifs Nord/Sud autour de l’artisanat

Mai 2020
Publié dans le
Rubrique

Tannyna Kowalski est une jeune designeuse textile diplômée de l’Académie Royale des Beaux-Arts de Bruxelles. En décembre 2019, elle est partie en Inde à la rencontre de quelques partenaires de commerce équitable d’Oxfam. Extrait de son carnet de voyage.

Designer textile de formation et passionnée des questions gravitant autour du néo-artisanat, de l’interculturalité et de l’économie sociale et solidaire, j’ai longtemps rêvé de découvrir les pratiques textiles artisanales en Inde. Novice dans ces domaines, j’ai frappé à la porte d’Oxfam-Magasins du monde pour y trouver un soutien. C’est ainsi qu’est né le « Projet Histo », une mission exploratoire autour du néo-artisanat en particulier avec le textile.

Il prend la forme d’un voyage de cinq semaines en Inde, une immersion à travers différents types d’organisations (entreprises sociales, ateliers, villages artisan·e·s) et diverses rencontres (designers et institutions) afin de collecter un maximum de données et dresser un portrait de l’artisanat contemporain en Inde et le mettre en écho avec les pratiques des pays dits «Nord ».

L’objectif de cette mission était d’ouvrir des pistes de réflexion quant à la notion de « néo-artisanat » et définir ses enjeux contemporains ainsi que les pistes d’innovation possibles pour l’artisanat et le textile au sein des échanges Nord-Sud.

Avec l’accompagnement de CRC par exemple, j’ai eu la chance de pouvoir aller visiter un village de tisserands dans la région de Katwa, à environ 300 km de Calcutta. Une expédition en train avec Sanjoy, un des designers de CRC qui connaît bien le village et a aussi travaillé avec eux à titre personnel lors de la production de sa collection de fin d’études.

L’Inde est incroyablement vaste et chaque région, chaque État a ses particularités en terme de motifs, couleurs, techniques, etc. Les artisan ·e·s de ce village maîtrisent particulièrement la technique du « Jamdani », technique traditionnelle du Bengale-Occidental, qui permet de créer des motifs au sein de la toile à l’aide d’un fil supplémentaire ajouté pour chacun des motifs. Un travail incroyable, de patience et de minutie.

En arrivant, c’est Bikash Basak qui nous guide à travers le village. Ils nous font entrer dans les maisons, les unes après les autres pour me faire découvrir cet art incroyable.

Les maisons sont très étroites (il faut dire que je suis assez grande comparée à la moyenne des habitants de cette région…), les artisans travaillent chez eux, en famille. Souvent les deux époux sont tisserands et ont appris le travail auprès de leurs parents, eux aussi tisserands dans le même village.

La transmission du savoir est héréditaire. Sankar Dey a 60 ans et tisse depuis ses 12 ans. Soit 48 ans de carrière. C’est son père qui lui a appris et il a lui-même appris le tissage à son fils qui est aussi tisserand (et un de nos guides dans le village).

Je me pose dès lors beaucoup de questions quant à cette notion de transmission qui m’a toujours beaucoup intriguée. Cette passation de savoir est magnifique lorsqu’elle est choisie : c’est un symbole d’héritage, de patrimoine … mais l’est-ce tout autant quand cette transmission est subie ? Le contexte socio-économique et le niveau d’accessibilité à l’éducation ici est faible, si bien que j’ai la nette impression que ces jeunes n’ont pas vraiment d’autre choix que d’apprendre le métier de leur parent et de s’inscrire dans un modèle similaire.

En 2018, Tannyna Kowalski et son collectif Macocoï avaient participé à une expérimentation inédite organisée par Oxfam-Magasins du Monde à l’occasion de la venue de Lidia Lopez, artisane pour l’organisation guatémaltèque Aj Quen. L’expérimentation visait à explorer de nouvelles matières et techniques artisanales textiles, sur base d’un échange créatif entre le collectif et l’artisane. Suite à cette expérience Tannyna a souhaité s’engager professionnellement dans cette piste et s’est intéressée aux textures et techniques artisanales indiennes. Pour Tannyna, il est nécessaire de développer davantage d’échanges créatifs dans les partenariats d’artisanat, au-delà de l’échange commercial. C’est pourquoi elle a décidé de reprendre ses études pour se former à la Coopération Internationale au Développement. Elle espère entre autre se doter d’outils pour la mise en place de collaborations entre designers belges et indiens. Le développement d’outils en ligne comme des moodboards, ou un échantillonnage matière pour mieux cibler les tendances européennes, ainsi que des résidences d’artisans, sont autant de pistes qu’Oxfam souhaite mettre en oeuvre avec elle.

Partager!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *