Proposer un vrai travail aux personnes handicapées, une affaire de droits humains !

Mars 2013
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Au Kenya, les personnes handicapées sont montrées du doigt comme des êtres nuisibles, dont il faut se méfier. En Belgique, malgré les nombreuses campagnes de sensibilisation, les entreprises rechignent encore trop souvent à engager des personnes souffrant d’un handicap. Comment faire pour inverser la tendance et considérer les « handicapés « avant tout comme des citoyens ? Comment rendre leur dignité à ces personnes trop souvent regardées comme des bêtes curieuses ? Pour en discuter, nous avons réuni Esther Mwanyama, Directrice de Bombolulu - un partenaire d’Oxfam-Magasins du monde - et Philip Waters, de la Ferme Nos Pilifs.

Propos recueillis par Roland d’Hoop et Sarah Dauby

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Pourquoi est-il important d’offrir du travail aux personnes handicapées ?

Esther : Au Kenya, les personnes handicapées sont parfois tuées ou cachées car, dans notre culture, elles sont considérées comme des personnes dangereuses. En les rendant capables de vivre comme n’importe quelle autre personne, Bombolulu sensibilise les communautés pour leur faire comprendre que les handicapés sont aussi des êtres humains. Cela permet leur réinsertion dans la société.

Philip : C’est aussi une question de droits humains : les personnes porteuses d’un handicap ont les mêmes droits que les personnes valides. Par conséquent, elles devraient avoir la possibilité de travailler, d’apprendre et de progresser autant que possible.

Les personnes handicapées ont-elles leur mot à dire dans l’organisation ? Ont-elles le droit de donner leur point de vue ? Comment cela fonctionne-t-il ?

Esther : On les invite aux réunions car elles sont directement concernées par ces décisions. Lorsqu’on modifie les règles et les procédures, on essaye au maximum de tenir compte de leurs idées.

Philip : En Belgique, nous avons certaines obligations légales: il faut une représentation syndicale, et celle-ci doit être consultée lors des prises de décisions. On mobilise aussi la contribution de tous les travailleurs lors des réunions journalières de chaque section de la Ferme.

Esther : Nous avons également un syndicat qui est impliqué dans nos réunions et un briefing chaque matin avec eux pour prendre en compte leurs avis. Ils voient des choses que nous ne voyons pas et parfois leurs idées sont très bonnes !

La rentabilité est-elle un facteur important dans vos activités ?

bombolulu2Esther : De notre côté, nous ne recevons pas de subsides de la part de l’Etat pour compenser la faible productivité des personnes porteuses d’un handicap. Pourtant, ce sont des employés permanents et nous devons leur payer un salaire mensuel. Donc, pour nous, la rentabilité est importante car nous avons besoin de couvrir les frais de l’organisation. Mais c’est devenu difficile de faire du profit. Nos partenaires du commerce équitable sont négativement affectés par la récession et réduisent leurs commandes. Notre marché interne s’est également réduit, car le nombre de touristes a diminué.

Philip : A la Ferme, certaines sections ont aussi été fortement touchées par la crise. On essaye de surmonter ces pertes en innovant car, oui, le profit est important. Même si nous recevons des subsides, plus de la moitié de nos entrées financières proviennent de nos activités. Donc nous devons être rentables. En plus, le profit donne du sens à notre travail : en fournissant un emploi qui sert à quelque chose et qui a de la valeur, on est valorisé et on en tire une certaine satisfaction.

En quoi le commerce équitable est-il un bon canal pour soutenir votre démarche ?

Esther : Pour nous, dès le départ, le commerce équitable nous paraissait évident, car il permet de se distinguer du monde du business qui n’a pas les mêmes valeurs. Mais le commerce équitable n’est pas toujours bien connu chez nous, et nous travaillons pour mieux le faire connaître et pour servir d’exemple.

Philip : Nous vendons à la fois des produits bio locaux et des produits d’Oxfam à la ferme. Cela fait clairement partie de nos préoccupations.

esther-mwanyamaEsther Mwanyama, directrice des ateliers et du centre culturel Bombolulu. Partenaire d’Oxfam- Magasins du monde, Bombolulu offre du travail aux personnes handicapées au sein de leurs ateliers et de leur centre culturel. Cela leur permet de se former au travail d’artisanat et de gagner un revenu pour soutenir leur famille, ce qui les rend plus autonomes socialement et économiquement. Ce projet est très important car les personnes handicapées en Afrique n’ont pas l’opportunité d’aller à l’école, ni de trouver un emploi. Bombolulu met un accent particulier sur l’intégration des femmes qui sont généralement les plus vulnérables.
philip-watersPhilip Waters, moniteur de la section «Ferme d’animation» à la Ferme Nos Pilifs. Créée en 1984 pour répondre au problème d’emploi de personnes handicapées à Bruxelles, la Ferme Nos Pilifs emploie aujourd’hui 170 personnes dont 140 sont porteuses d’un handicap. Elle propose un travail utile, valorisant et rémunérateur aux personnes handicapées. Pour Nos Pilifs, le travail est un outil d’intégration sociale. C’est pourquoi la plupart de leurs activités sont organisées afin que le public ait un contact avec les travailleurs, et vice versa.

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