Quand des fruits et légumes issus de l’esclavage moderne se retrouvent dans nos supermarchés

Mars 2018
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En Italie, des milliers de femmes et d’hommes sont soumis à des conditions de travail inhumaines : jusqu'à 12 heures par jour dans des champs aspergés de pesticides toxiques sous des températures extrêmes en été comme en hiver. Tout ça pour un salaire d’à peine 15-20 euros par jour. C’est ce qui ressort du dernier rapport publié par Oxfam Italie : « Au prix juste – Les droits humains dans la filière des supermarchés italiens » .

Mars 2017 – un incendie dans le « ghetto de Rignano », près de Foggia (Sud de l’Italie), détruit les baraques construites par les migrants, coûtant la vie à deux ouvriers agricoles maliens. © Caritas

Les habitations où on loge sont construites avec des matériaux de récupération qu’on trouve un peu partout… en ville, dans les maisons abandonnées. On doit par contre louer une fourgonnette 60 euros pour les apporter au ghetto. J’ai par exemple fabriqué ma propre “maison”, avec des planches et des morceaux de plastique.

Ousmane Kassambara, migrant malien

Des tomates au goût amer

Les tomates cultivées dans la province de Foggia traversent toute l’Europe (80% de la production est destinée à l’exportation). L’un des plus importants producteurs de Foggia, Antonino Russo, a récemment vendu son entreprise à Princes Italia, société britannique contrôlée par la multinationale japonaise Mitsubishi. Derrière un système de gestion mafieux et « paramafieux » – dans lequel de grands détaillants, entrepreneurs locaux et entreprises étrangères s’associent à la criminalité locale – se cache un marché dont le chiffre d’affaires a été de 272 millions d’euros en 2018 !

J’ai travaillé un mois et demi, mais je n’ai jamais été payé. Je n’ai pas eu de contrat. Ils te disent que tu auras un contrat mais ils ne le font jamais.

Un ouvrier agricole toscan

Travailleur agricole saisonnier en Italie © Rocco Rorandelli/Oxfam

Les migrant·e·s font partie des principales victimes du secteur agricole italien. La plupart sont engagés sans contrat, ou lorsqu’il y en a un, leurs heures de travail ne sont pas correctement déclarées. Les accidents sont fréquents, tant les conditions de travail sont dures. En 2018, la récolte de tomates a été tachée du sang : début août, 16 ouvriers agricoles sont morts dans la région de Foggia alors qu’ils revenaient des champs, entassés comme des bêtes dans les camions de leurs « caporaux ».

Foggia, Rignano Garganico, 8 août 2018 : des centaines de travailleurs et de travailleuses agricoles dénoncent la mort de 16 personnes victimes de deux accidents de la route après leur retour du travail. – © ZUMAPRESS

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