Quand le commerce équitable déconcentre la filière du cacao

Mars 2018
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Les produits de nos chocolatiers font la réputation de la Belgique à travers le monde. Mais le chocolat est aussi un business à grande échelle avec ses parts d’ombre. Et la fi lière du cacao illustre bien ce qu’Oxfam veut dénoncer à travers la campagne « Derrière le code-barre » : une hyper concentration des acteurs, un manque de transparence et de nombreuses atteintes aux droits humains et à l’environnement.

Sébastien Maes

Depuis quelques années, les rachats et les fusions d’entreprises dans le secteur du cacao n’ont laissé qu’une poignée d’acteurs contrôler les chaînes d’approvisionnement de fèves de cacao. Alors que les grands négociants, les chocolatiers et les supermarchés font les plus gros profi ts, ce sont à nouveau les agriculteurs et les agricultrices du Sud qui doivent assumer le plus de risques. Les droits humains dans la production de cacao sont systématiquement violés et le secteur du chocolat est une catastrophe environnementale.

Concentration des pouvoirs au sein de la chaîne de production

Chaque année, les agriculteurs et agricultrices produisent plus de 4 millions de tonnes de fèves de cacao. Un petit groupe de multinationales « productrices » de cacao achètent presque toutes ces fèves et les transforment en chocolat. Rares sont les barres chocolatées qui ne contiennent pas du chocolat passé « entre leurs mains ».

Multinationales transformatrices du chocolat

Avant de produire des barres ou tablettes de chocolat, il faut transformer la matière première, les fèves, en pâte de cacao. À ce niveau, seulement 8 entreprises se partagent la totalité du marché.

Multinationales agroalimentaires « chocolatières »

À l’échelon suivant, celui de la production, un groupe de sept puissantes entreprises chocolatières se partage environ la moitié du marché. À elles seules, ces 7 entreprises représentent 70 % du chiffre d’affaires mondial du secteur du chocolat.

Les supermarchés

Si l’on répartit le chiffre d’affaires total du secteur du chocolat dans une tablette de chocolat, les supermarchés obtiennent la part la plus importante (44,2%). Bien que les supermarchés fassent pression sur les autres acteurs pour qu’ils produisent le moins cher possible, ils prennent eux-mêmes une bonne marge des bénéfices. Dernier maillon de la chaîne, ils ont une grande responsabilité car ils peuvent exiger le respect des droits humains et de l’environnement de tous les maillons précédents. Les cacaoculteurs et les cacaocultrices doivent se contenter de 6,6% du bénéfice de la barre chocolatée. Cette part était encore d’environ 16 % dans les années 1980. Si le chocolat est devenu plus cher, le prix du cacao est, lui, resté au plus bas.

La plus-value du commerce équitable dans la filière cacao

Face à cette filière déséquilibrée et fortement concentrée, Oxfam- Magasins du monde et ses partenaires cherchent perpétuellement à améliorer la transparence, le respect des droits humains et de l’environnement afin de proposer du chocolat équitable et durable. Chez Oxfam, nous ne possédons pas notre propre chocolaterie, mais nous mettons un point d’honneur à connaitre l’origine précise des fèves et des autres ingrédients de notre chocolat. Nous sélectionnons soigneusement chaque partenaire commercial, transformateur et chocolatier.

C’est un véritable exploit dans un secteur contrôlé par une poignée d’industriels. Pour notre chocolat, nous travaillons avec deux partenaires ivoiriens : Ecookim, une organisation faîtière de coopératives qui unissent leurs forces pour revendiquer une plus grande part de la barre chocolatée, et Coopasa, une coopérative plus petite qui s’engage fortement pour les droits des femmes dans la culture du cacao. Notre asbl sœur Oxfam-Wereldwinkels effectue des recherches sur les chaînes d’approvisionnement en accordant une attention particulière aux failles du système qui impactent négativement les agriculteurs et les agricultrices du Sud. Avec ces analyses, nous alimentons le débat et encourageons les hommes et les femmes politiques ainsi que les entreprises à rechercher ensemble des solutions.

Bien que le prix minimum du commerce équitable et la prime que nous payons tendent à offrir aux agriculteurs et aux agricultrices une possibilité de subvenir à leurs besoins de base, il est urgent que ces prix soient revus à la hausse pour qu’ils et elles puissent réellement sortir de la misère. Mais une telle évolution ne se fera pas sans une prise de position claire des hommes et des femmes politiques à même de changer les règles du marché.

Les gouvernements et l’UE peuvent changer les choses

La politique commerciale européenne donne peu de chances à l’Afrique. Sur la scène internationale, l’Union européenne est l’un des chefs de fi le de la lutte contre le changement climatique, pour le développement durable et pour le respect des droits humains. Mais la politique commerciale européenne n’en apporte guère la preuve. L’UE y défend principalement les intérêts des grands lobbies industriels. Les droits à l’importation de l’UE sur les matières premières en sont un exemple : plus les matières premières sont transformées, plus les taxes sont élevées. De cette manière, l’Europe empêche les pays africains de développer leurs propres industries et de bénéficier ainsi d’une plus grande part de la valeur ajoutée créée.

Malgré le travail fait par les acteurs du commerce équitable, la très grande majorité des volumes de cacao produits et consommés dans le monde, le sont dans des filières industrielles « conventionnelles ». La filière du cacao et ses dérives illustre bien la nécessité d’avoir des lois qui contraignent les multinationales à plus de transparence, à rendre des comptes sur les pratiques sociales et environnementales. Il est urgent de défendre les droits des producteurs et productrices de cacao .

Pour plus d’informations :

Oxfam-Magasins du monde, analyse : Filière cacao : ne tournons pas autour du pot ! Changeons les règles, Sébastien Maes, Novembre 2018.

Bonnes nouvelles !

En décembre 2018, le ministre de la coopération au développement Alexander De Croo présentait le programme ‘Beyond Chocolate’, qui vise à rendre le chocolat belge durable et à garantir un revenu vital aux producteurs d’ici 2030. Dans la foulée, le label Fairtrade annonce une augmentation de son prix minimum ainsi que de la prime Fairtrade pour le cacao.

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