Quand le commerce équitable s’engage face aux défis migratoires

Mai 2020
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Le droit au travail est un droit fondamental, essentiel à l’exercice et la jouissance des autres droits fondamentaux. De tout temps, le travail a été un vecteur de lien social pour les individus. Il n’y a donc rien d’étonnant à ce qu’une fois arrivées dans le pays d’accueil, les personnes migrantes et réfugiées cherchent par tous les moyens un travail qui soit à la fois un moyen de subsistance et l’opportunité de se faire une place dans la société d’accueil. Le commerce équitable peut apporter une solution pour l’intégration et l’autonomisation des migrant·e·s.

Roland d'Hoop

Les migrant·e·s sont des personnes très vulnérables, de par la situation qu’elles ont fuie, suivie de l’épreuve de migration en tant que telle. Beaucoup ont dû dépenser leurs économies pour financer leur voyage, souvent par l’intermédiaire de passeurs. Une fois arrivées dans le pays d’accueil, elles vont très vite avoir besoin d’un revenu afin de stabiliser leur situation et pouvoir mieux s’intégrer dans leur pays d’accueil.

Dans une étude de janvier 2019, l’OCDE soulignait les discriminations que subissent les réfugié·e·s sur le marché de l’emploi en Europe, qui aggravent leur situation de vulnérabilité : « En retardant leur accès au marché du travail, quelques pays empêchent les réfugiés de démarrer leur processus d’intégration. En accélérant la reconnaissance du statut de réfugié et leur accès au marché du travail, notamment pour les demandeurs d’asile à qui l’on peut octroyer une protection, cela pourrait accélérer leur intégration ». La Belgique fait figure de très mauvais élève, avec un taux d’emploi des personnes nées à l’étranger de 57 %, l’un des pires de l’UE. Selon une étude de janvier 2020 de la Banque Nationale, même les secondes générations de migrants sont touchées par cette discrimination à l’embauche. « Il apparaît que l’ascenseur social est cassé pour les descendants d’immigrants non européens », conclut l’étude.

La plus-value du commerce équitable

En valorisant les savoir-faire traditionnels d’artisan·e·s et en les adaptant aux tendances du marché d’importation, le commerce équitable peut faciliter l’intégration des personnes réfugiées et leur offrir un revenu stable, au Nord comme au Sud. Dans les régions qui sortent d’un conflit, le caractère démocratique et participatif des coopératives de commerce équitable, et le fait qu’elles offrent des conditions de travail et un salaire décents, représentent un espoir à la fois pour la paix et pour une relance de l’économie. Un bon exemple est le Liban où le commerce équitable est perçu comme un levier important pour stabiliser le pays et réhabiliter le savoir-faire et la mémoire culturelle de la région.

Pour en savoir plus : L’emploi et le commerce équitable, des leviers importants pour l’intégration des migrants

MADE 51 : de réfugié·e·s à producteurs/trices d’artisanat équitable

Ce projet lancé par le Haut Commissariat pour les Réfugiés en collaboration avec WFTO (l’organisation mondiale du commerce équitable) vise à connecter les femmes et hommes artisans réfugiés aux marchés d’importation en valorisant leurs savoir-faire traditionnels et en les adaptant aux tendances actuelles; en les formant aux affaires ; et en nouant des partenariats entre artisans, entreprises sociales, grandes marques et acheteurs du commerce de détail. Made 51 offre aux femmes et hommes artisans réfugiés un moyen de commercialiser leurs produits dans le monde entier. En collaborant avec un réseau mondial d’entreprises sociales, Made51 leur donne accès à un moyen de subsistance durable.

Selon Heidi Christ, directrice de Made 51, « il existe une grande variété de compétences et de matériaux à mettre en valeur dans une collection d’artisanat produit par des réfugiés. Et si nous combinons ces compétences traditionnelles au design contemporain, comme nous le faisons dans cette première collection, cela crée des produits qui portent les histoires de réfugiés tout en les adaptant à votre table de salon. »

Le résultat vaut le détour et est une magnifique opportunité pour ces populations fragilisées, dont on valorise les talents tout en leur garantissant des moyens de subsistance.

Pour en savoir plus sur le projet : made51.org

Silaiwali : des poupées fabriquées par des réfugiées afghanes

Il y a un peu plus d’un an, les designers Iris Strill et Bishwadeep Moitra, ont lancé le projet Silaiwali. Cette entreprise sociale située à New Delhi emploie des artisanes afghanes réfugiées en Inde. Inspiré de l’économie circulaire, Silaiwali part d’une volonté d’utiliser les chutes de l’industrie textile indienne (30% de la production finit en déchet après la coupe du tissu), pour les transformer en un produit attractif, confectionné par des femmes précarisées. De ce cercle vertueux ressort chaque mois une série de poupées de chiffon vendues à un prix garantissant aux artisanes un revenu décent. Forte de son succès, Saiwali a multiplié par sept le nombre de ses employé·e·s en un an (de 10 à 70).

Pour en savoir plus sur le projet : silaiwali.com

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