Quelles garanties pour s’habiller plus durablement ?

Septembre 2017
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Marre des fringues « kleenex » qui polluent et qui exploitent, voire qui tuent? Face au scandale des « Rana Plaza and co. », de nombreux consommateurs décident de passer à l’action en s’habillant de manière plus respectueuse des travailleurs et de l’environnement. Les solutions passent notamment par des vêtements équitables, éthiques, biologiques, locaux, de seconde main ou même la location. Difficile de s’y retrouver néanmoins dans la « jungle » des labels. Petit tour d’horizon des principaux labels propres à l’habillement.

Patrick Veillard

L’offre en vêtements équitables et éthiques en Belgique

Aujourd’hui, l’offre en vêtements équitables et éthiques en Belgique est relativement faible et dispersée. Seuls quelques magasins spécialisés proposent des gammes relativement limitées et typées de produits. Quelques exemples : Ozfair et Couleur Sud dans les régions Wallonie / Bruxelles ; Yak & Yeti ou Ethnics en Flandre. Les marques belges membres de la FWF incluent Bel-Confect pour les vêtements de travail ; Claudia Sträter, Bel&Bo, JBC et Mayerline pour les vêtements de mode ; Stanley & Stella et B&C pour les vêtements promotionnels.

Fair Wear Foundation

La Fair Wear Foundation (FWF) est un standard créé à l’initiative de plusieurs parties prenantes, dont la Clean Clothes Campaign (CCC), des syndicats et des marques. Malgré les apparences (fair = équitable en anglais), la FWF est plutôt ce que l’on appelle une garantie éthique (ou socialement responsable, voir encadré). Elle s’attaque en effet principalement aux conditions de travail dans les usines de confection conventionnelles (ex. absence de travail forcé, liberté syndicale). Elle tente pour cela de responsabiliser les marques (ses « entreprises membres ») en les amenant à mieux contrôler leurs chaînes d’approvisionnement.

Différents instruments sont utilisés dans ce but : des audits dans les usines des fournisseurs, des enquêtes sur les marques elles-mêmes, un système de plaintes, l’obtention d’information via des ONG ou des syndicats locaux ainsi que des programmes de formation des travailleurs.

Au final, la FWF est une initiative multipartite assez crédible, notamment du fait de sa spécialisation dans l’habillement, de ses relais sur le terrain et de sa transparence. Du point de vue du consommateur, l’idée ici n’est pas d’acheter un produit totalement « propre » mais bien d’encourager une marque à améliorer de manière globale et progressive les conditions de travail chez ses fournisseurs.

Fairtrade International

Le principal organisme certificateur du secteur équitable n’a longtemps couvert que l’étape du coton dans les chaînes textiles, y appliquant les mêmes critères que pour les autres matières premières agricoles (ex. prix minimum, prime de développement). Plusieurs études ont démontré l’impact significatif de ce système sur les petits producteurs de coton. Malgré tout, il a également été beaucoup critiqué, notamment pour le caractère trompeur du label apposé sur le produit : s’il indique bien « coton certifié », il a été démontré que la plupart des consommateurs pensaient acheter un vêtement entièrement équitable. Or les critères sur les autres étapes de la chaîne (filage, tissage, confection, etc.) sont relativement basiques…

C’est la raison pour laquelle Fairtrade a lancé courant 2016 un nouveau standard textile. Ce dernier complète la couverture équitable de la chaîne en ajoutant au standard coton une certification sur toutes les étapes postérieures, de l’égrenage du coton jusqu’à la confection (y compris les sous-traitants). Les marques sont elles aussi impliquées, puisqu’elles doivent entre autres établir des contrats justes, fiables et prévisibles. Le standard inclut des critères assez développés en matière de liberté d’association et de négociation collective, ainsi qu’un processus de transition en 6 ans vers un salaire vital. Même si cette approche a été critiquée, notamment par la Clean Clothes Campaign (CCC), d’autres acteurs tels qu’Oxfam Grande-Bretagne estiment que ce nouveau standard est « crédible et capable d’initier la construction de chaînes équitables à grande valeur d’exemplarité ». Du fait de son lancement très récent, il n’est par contre pas encore possible d’acheter en Belgique des produits bénéficiant de cette certification. Mais il existe de nombreux produits avec le label Fairtrade “coton certifié”, comme expliqué plus haut. A noter que Mila, qui fournit les t-shirts d’Oxfam-Magasins du Monde, est l’une trois organisations à participer au programme pilote du système en Inde.

Système de garantie WFTO

Le standard WFTO (World Fair Trade Organisation) a longtemps été la seule garantie équitable dans le secteur textile. À la différence d’autres systèmes, son principe est de fournir une garantie « organisation » à des acteurs spécialisés à 100% dans l’équitable. Ces derniers se fournissent généralement de manière plus directe que les acteurs conventionnels et souvent auprès de collectifs organisés d’artisans (et moins fréquemment auprès d’usines). On retrouve dans cette filière, dite intégrée, des marques de niche, spécialisées dans le vêtement équitable ou biologique (ex. People Tree au Royaume-Uni ou Oxfam Intermon en Espagne). La distribution se fait généralement au travers de réseaux alternatifs du type « magasins du monde ».

Les critères, basés sur les dix principes du commerce équitable de la WFTO sont très axés processus. En d’autres termes, ils permettent de s’améliorer continuellement. Quant au système de contrôle, il se veut à la fois crédible et abordable, sur base d’un mélange d’évaluations internes et externes.

Le système de garantie WFTO n’est pas exempt de défauts, notamment en matière de couverture de la chaîne de fabrication ou de salaires (fréquemment plus proches des salaires minimums légaux que des salaires vitaux). Il se distingue néanmoins des autres systèmes de certification textile par sa souplesse, son accessibilité et sa spécialisation « organisations équitables », qui assure une forme de légitimité quant à la qualité sociale des produits.

Global Organics Textile Standard (GOTS)

Un principe essentiel de la certification GOTS est d’utiliser du coton biologique (sans engrais de synthèse, de pesticides chimiques, d’OGM, etc.) pour la fabrication des vêtements. Mais pas seulement. Elle exige aussi le respect de critères sociaux et environnementaux sur les étapes ultérieures de transformation textile (filage, tissage, confection, etc.) : respect des conventions de base de l’OIT au niveau social et gestion des déchets, de l’eau ainsi que la limitation des produits chimiques nocifs (ex. métaux lourds ou formaldéhydes dans les teintures) au niveau environnemental. Ce standard GOTS est donc relativement complet dans la mesure où il couvre bien tous les maillons de la chaîne d’approvisionnement. Mais il se révèle assez faible sur les critères sociaux, entre autres du fait de sa spécialisation historique dans l’environnemental (difficile pour un auditeur d’être expert dans tous ces critères à la fois). Il est, néanmoins, très intéressant quand il est combiné avec d’autres standards éthiques ou équitables : en plus de renforcer la composante écologique, il oblige tous les opérateurs, depuis la post-récolte jusqu’à la confection, à séparer physiquement le coton biologique du conventionnel, ce qui permet d’assurer une traçabilité physique tout au long de la chaîne

Pour aller plus loin
Consultez notre carte des alternatives sur www.slowfashion.be
Veillard P., Quelles garanties pour s’habiller plus durablement ?

Éthique vs équitable

Le commerce éthique couvre les relations employeur/ employés au sein des entreprises conventionnelles, cherchant à faire respecter les droits fondamentaux du travail, tels que définis notamment par l’Organisation Internationale du Travail (OIT) (ex. conditions de santé et de sécurité). Le commerce équitable couvre, lui, historiquement les conditions de l’échange commercial avec des petits producteurs indépendants (agricoles ou artisanaux). Comparé au commerce éthique, dont les critères sont essentiellement sociaux, il se concentre donc sur les aspects de développement économique et d’organisation collective des petits producteurs et artisans du Sud (ex. prix minimum, prime de développement, fonctionnement démocratique). Cependant, des labels équitables ont élargi ces dernières années leurs critères aux organisations employant une main d’oeuvre salariée : dans les plantations agricoles (par ex. les bananes), mais aussi dans le textile (à l’exemple du nouveau standard textile de Fairtrade, voir ci-contre). Le résultat est que la frontière entre commerce équitable et éthique a tendance à s’estomper…

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