Quels modèles d’organisation et de gouvernance au service des objectifs de développement durable

Mai 2020
Publié dans le
Rubrique

Les entreprises à mission sont des entreprises dont les structures organisationnelles sont adaptées à la durabilité globale, grâce à leur capacité à concilier les enjeux économiques, sociaux et écologiques. Petite synthèse d'une étude de WFTO / Traidcraft sur les ‘business models’ alternatifs promoteurs de justice sociale et environnementale.

Laura Pinault

« Créer la nouvelle économie : des modèles d’entreprise qui placent l’humain et la planète au premier plan » est le titre d’un récent rapport co-écrit par WFTO, Traidcraft Exchange et deux professeurs des universités de York et Cambridge. Publié lors du forum de Davos 2020, le rapport interpelle les dirigeants politiques et économiques quant à la nécessité de promouvoir des modèles d’entreprises alternatifs, à la hauteur des enjeux sociaux et environnementaux de notre temps.

WFTO (World Fair Trade Organisation) rassemble des organisations de commerce équitable du monde entier (412 au mois de décembre 2019, dont 360 pratiquant une activité commerciale) et Traidcraft est une association britannique qui travaille à la promotion d’un commerce plus juste et équitable.

Basé sur une étude récente des organisations du commerce équitable membres de WFTO, le rapport présente des modèles de gouvernance, de gestion et de réinvestissement des bénéfices très différents de ceux des entreprises conventionnelles. Ces modèles sont conçus de telle sorte que les décisions de gestion et d’investissement sont prises dans l’intérêt des travailleurs/euses, producteurs/trices et artisan·e·s., et plus globalement, en tenant compte des problématiques sociétales et environnementales. Les organisations étudiées travaillent souvent dans des contextes difficiles : publics cibles défavorisés, régions plongées dans des crises politiques ou des conflits, ou encore vulnérables aux événements climatiques extrêmes. D’après le rapport, ce sont également des entreprises plus résilientes et aptes à innover, notamment dans le domaine de la durabilité environnementale. Voici quelques informations clés qui ressortent de l’étude des entreprises du commerce équitable :

  • 92 % réinvestissent tous les profits dans leur mission sociale ;
  • 52 % sont dirigées par des femmes (contre environ 9% des entreprises conventionnelles)
  • Elles sont quatre fois moins susceptibles de faire faillite ;
  • 85 % d’entre elles déclarent sacrifier des objectifs financiers pour poursuivre des objectifs sociaux ou environnementaux, tout en conservant une viabilité commerciale.

Selon le rapport, ces spécificités sont liées à la priorisation par ces organisations d’objectifs sociaux et environnementaux dans leurs missions et activités quotidiennes. On parle d’entreprises à mission, c’està- dire « d’entreprises qui articulent rentabilité économique et contribution au bien commun » . Ainsi, dans plusieurs des études de cas rassemblées au sein du rapport, la propriété d’une entreprise par des travailleurs, des agriculteurs ou des artisan·e·s a pour conséquence directe de donner la priorité aux intérêts de ces producteurs. Manos del Uruguay, par exemple, est une organisation de production et une marque de mode appartenant à 12 coopératives de productrices d’Uruguay et régies par elles.

“L’économie extractive basée sur les profits à tout prix nous a menés à un point de rupture écologique et a une société polarisée entre les 1% et les 99%. Le commerce équitable basé sur la durabilité écologique et la justice sociale est devenu un impératif de survie. Le commerce équitable est basé sur les impacts positifs à rendre à la Terre et à la société. “

Vandana Shiva, activiste environnementale, fondatrice et directrice de Navdanya International

Le rapport examine également des cas d’entreprises de commerce équitable qui ont innové dans leurs modèles de gouvernance, de gestion et de distribution des bénéfices afin d’assurer la primauté de la mission. Par exemple, Mahaguthi au Népal (principalement axé sur la fabrication de vêtements) a officiellement verrouillé un modèle de réinvestissement des profits à 100 % pour s’assurer que tout excédent commercial soit réalloué au soutien des communautés marginalisées.

Manos del Uruguay est une organisation qui regroupe une douzaine de coopératives de femmes qui produisent des vêtements en laine. Leur mission est d’offrir un revenu stable aux femmes rurales en Uruguay.

Tout en pratiquant un modèle exigeant de commerce équitable – l’ensemble de leurs activités est conforme aux principes du commerce équitable – ces entreprises sont aussi pionnières en matière de pratiques écologiques. Par exemple, Chako en Tanzanie collecte et recycle du verre usagé pour en faire des accessoires d’éclairage. L’entreprise Villageworks au Cambodge fabrique des sacs à partir de divers déchets dont des sacs de ciment vides et produit des pailles de bambou réutilisables (voir p.25). D’autres ont donné la priorité à des initiatives telles que la réduction de l’utilisation du plastique, plusieurs décennies avant l’émergence d’une forte demande du marché (par exemple, la campagne “Jute not Plastic” des années 1980 des membres européens de WFTO, dont EZA en Autriche).

Selon Erinch Sahan, directeur général de WFTO et co-auteur du rapport : « La primauté du profit est une idée dépassée et nuisible sur une planète inégalitaire et aux ressources limitées. Alors que les dirigeants de Davos explorent le concept de capitalisme des parties prenantes, 364 entreprises de commerce équitable représentant plus de 750 millions d’euros de chiffre d’affaires ont déjà fait de cette idée une réalité. Un million de personnes en bénéficient déjà. Le moment est venu d’agir pour diffuser largement ces modèles d’entreprise ».

Pour en savoir plus : Creating the new economy. Business models that put people and planet first.

Partager!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *