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Réécrire le commerce équitable

Mai 2020
Publié dans le
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Bien qu´elle effraie -tant elle bouscule les habitudes commerciales conventionnelles et équitables- la possibilité de repenser la nature et les modalités des échanges mondiaux s´impose à nous. Les conditions de vie sur terre se dégradent à trop grande vitesse pour laisser cette tâche aux prochaines générations.

Estelle Vanwambeke

Selon l´anthropologue Alf Hornborg par exemple, pour être en mesure de répondre à la rapidité de la détérioration des écosystèmes vivants, il est urgent de relocaliser les échanges commerciaux et financiers, sans pour autant les replier aux limites de nos frontières nationales. Il défend l´idée de les faire évoluer suivant deux circuits distincts : les circuits locaux et régionaux d´une part, où s´échangeraient les biens de consommation disponibles et produits dans des territoires rapprochés ; et les circuits internationaux d´autre part, où s´échangeraient des biens de consommation qui ne seraient disponibles et produits que dans des territoires et marchés plus éloignés. Chacune de ces catégories de flux commerciaux serait régulée par deux monnaies distinctes. Dans cette perspective, continuerait-on d´importer en Belgique de la céramique d´Inde si l´on peut en produire en Belgique?

Aussi, pour être capable de répondre à la rapidité des bouleversements écologiques, il est urgent d´inventer de nouvelles manières de penser et de faire. Cela ne pourrait se faire sans déconstruire les récits qui ont structuré nos modes de vie jusqu´à aujourd´hui, et qui ont participé de ces bouleversements. Or, écrire de nouveaux récits doit se faire en prenant en considération les structures et rapports de pouvoir et de domination (de couleur, de genre, de classes sociales, notamment), aux échelles locales, régionales et globales. Cela doit se faire en prenant en considération également le répertoire linguistique et politique des peuples dominés : comment se traduit « transition » dans leurs langues ? Où se situent les questions liées aux changements climatiques dans leur agenda politique ? Comment ces questions affectent-elles leurs modes de vie au quotidien ? La transition, l’anthropocène, l’effondrement, la collapsologie, ou encore la modernité et le développement… et le commerce équitable ? Ne sont-ils pas le langage des élites intellectuelles et politiques occidentales et des institutions internationales ?

Il est donc crucial d´explorer, d´ouvrir, d´élargir et de pluraliser les imaginaires et les possibles sur les devenirs du commerce, de la production et de la consommation mondiale. Afin de participer à sa construction, plutôt que de les subir, en y intégrant les critères de justice sociale, de dignité et de solidarités qui nous sont chers. A cet égard, la fiction est la forme narrative la plus souvent employée pour imaginer le futur. Tout discours sur l’avenir – même la collapsologie, même l’effondrement-, relève de la fiction qui se construit à partir d’évènements du débat présent, puisque l’avenir est, de fait, à venir. En se frayant un chemin entre le nécessaire et l’impossible, la fiction permet de relancer d’autres futurs possibles en resituant les enjeux présents. Alors, quelles fictions écrire, pour quels futurs échanges commerciaux entre les peuples du monde ?

En 2020, Oxfam prend cette question à bras le corps pour tenter de formuler des réponses possibles, en mettant en place une recherche-action et création de nouveaux récits, avec notamment des partenaires d’Asie.

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