Sauvegarder son mode de vie avec le commerce équitable

Décembre 2013
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Le maintien d’une diversité culturelle, n’est-ce pas un combat d’arrière-garde, une lutte perdue d’avance pour défendre des traditions désuètes face à la modernité ? Ou s’agit-il d’un concept fondamental pour l’humanité, au même titre que la défense de la biodiversité ? Pour mieux comprendre ces questions, nous avons rencontré Cécile Duvelle, responsable de la division du pa trimoine culturel immatériel de l’UNESCO.

Propos recueillis par Roland d'Hoop

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Maintenir un artisanat de manière figée, est-ce souhaitable ?

Cécile Duvelle : Non, bien entendu. L’évolution est naturelle car les matières premières évoluent, tout comme les techniques et le marché. Mais ce qui reste constant, c’est l’importance du lien et du sentiment identitaire.

En Europe, on ne porte plus de sabots et beaucoup de petits métiers ont disparu… Est-ce dommage, d’un point de vue culturel ?

C. D. : Il y a moins de paysans aujourd’hui en Europe, et le métier de sabotier a donc presque naturellement disparu, au profit de fabricants de souliers plus modernes et mieux adaptés. Quand un métier disparait complètement, c’est une partie de l’identité culturelle qui meurt. Mais ce n’est pas toujours si radical. Même si certains produits artisanaux ont disparu, une certaine identité culturelle se transmet et s’adapte au nouveau contexte. Il y a des métiers où la main de l’artisan sera toujours plus performante que la machine, comme dans le cas de la lutherie, de la mode ou de la joaillerie.

Est-il possible pour les artisans de résister à l’uniformisation imposée par la mondialisation et l’industrialisation ?

C. D. : Il est vraiment très difficile pour les cultures minoritaires de faire face au poids énorme du marché et de la grande industrie. Mais il y a quand même des lueurs d’espoir… Certains préfèrent revenir à des valeurs locales qui leur procurent plus de bien-être et de cohésion sociale que la recherche sans fin d’un plus grand pouvoir d’achat. On voit beaucoup d’initiatives qui vont dans ce sens, tant dans l’agriculture que dans l’artisanat, sans pour autant fermer la porte au développement.

Est-ce que le commerce équitable peut jouer un rôle positif dans cette évolution ?

C. D. : Le commerce équitable est essentiel pour permettre aux artisans de vivre décemment de leur travail. Ce constat prend tout son sens lorsque l’on voit certains intermédiaires, comme des grands créateurs de mode ou des designers, tirer le plus gros bénéfice en s’emparant des savoir-faire au détriment des artisans eux-mêmes. Grâce au commerce équitable, beaucoup de communautés ont pu sauvegarder leur mode de vie. En soutenant des populations qui sont souvent les plus défavorisées, le commerce équitable évite aussi un appauvrissement général, tant sur le plan culturel que social. Autrement dit, cela permet à des gens de continuer à faire ce qu’ils aiment, plutôt que d’émigrer vers la ville où ils devront se fondre dans la masse des gens sans ressources.

Une convention transparente

La Convention pour la sauvegarde du patrimoine immatériel, adoptée en 2003, a été ratifiée par 155 Etats. “Cette convention est transparente“, explique Cécile Duvelle. “Les Etats font rapport tous les six ans sur les politiques qu’ils ont menées. La société civile peut alerter le comité intergouvernemental sur certains risques ou dérives. C’est ainsi que des communautés indigènes ont pu faire valoir leurs droits face à des mesures non respectueuses de leur patrimoine. Je suis assez optimiste sur le fait que l’on puisse trouver des compromis positifs tant pour le développement économique que pour le maintien d’une diversité culturelle enrichissante et bénéfique pour tous !

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