Textile : cessons de creuser le gouffre des inégalités

Septembre 2017
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Le 24 avril 2013, le monde a connu une des pires catastrophes industrielles jamais survenue. Le Rana Plaza, un bâtiment de huit étages qui hébergeait 5 usines de confection, s’est effondré subitement à Savar, une ville industrielle du Bangladesh. Le bilan est lourd : 1138 travailleurs/euses sont tué·e·s et plus de 2000 autres blessé·e·s. Ce drame restera le symbole d’une industrie de la mode fondée sur le mépris des droits et des vies de ceux et celles qui confectionnent nos vêtements. (Extrait du DVD-livret « Made in Bangladesh - Est-ce là le prix de nos T-Shirts ? », achACT, avril 2014.)

© EPA Abir Abdullah

La vie est pourrie quand on fabrique un top à 5,99$ 1.

Ces mots d’une ouvrière cambodgienne du textile résument la problématique de l’habillement aujourd’hui : un modèle de production et de consommation qui exploite à la fois les travailleurs/euses et l’environnement, le tout au bénéfice des marques et de leurs actionnaires. Le résultat le plus extrême de ces inégalités, ce sont les accidents du type Rana Plaza au Bangladesh en 2013.

Mais ce drame n’est que la partie visible de l’iceberg. En plus de nombreuses autres catastrophes industrielles2, les chaînes textiles sont l’objet d’innombrables dommages sociaux et environnementaux : salaires misérables, discriminations (en particulier envers les femmes), absence de liberté syndicale, pollution des eaux et des terres agricoles, travail forcé, y compris des enfants… La liste est longue (infographie ci-dessous). L’un des cas les plus extrêmes est celui des systèmes « Sumangali », dans les usines textiles en Inde du Sud : une forme de contrat de travail qui permet en théorie à des jeunes filles de payer la dot de leur futur mariage, mais qui se révèle en réalité proche de l’esclavage moderne. De telles inégalités ne sont pas une fatalité. Face à l’opacité, la complexité et la concentration de pouvoir qui caractérisent les chaînes textiles, Oxfam-Magasins du monde tentera de démontrer, tout au long de sa campagne 2017/18, qu’il existe de multiples solutions : des actions politiques et citoyennes bien sûr, mais aussi des alternatives de consommation, tels les vêtements équitables, de seconde main, labellisés biologiques ou éthiques. Toutes ces alternatives, même si elles sont perfectibles, contribuent ensemble à « tisser » une mode plus respectueuse des travailleurs/euses et de l’environnement.

 

Notre alternative équitable

Face à tous ces désastres sociaux et environnementaux, le secteur équitable tente de construire des filières plus exemplaires.

Pour le coton par exemple, le label Fairtrade permet d’organiser collectivement les producteurs et d’améliorer leurs conditions de vie et de travail, notamment via un prix minimum et des primes de développement (écoles, centres de soins, etc.).

Au niveau de la confection, les organisations équitables assurent des conditions de travail sûres et flexibles, des bénéfices sociaux variés (ex. frais scolaires, assurances santé), des salaires équitables, la mise à l’emploi de personnes marginalisées, etc. Les produits textiles équitables sont par ailleurs le plus souvent aussi certifiés bio, ce qui garantit notamment l’emploi de coton bio, de teintures naturelles ainsi que la traçabilité complète de la chaîne de production.

Pourquoi il est urgent de passe à une économie qui profite à tout le monde

Il n’y a pas que le secteur du textile qui pose problème, c’est tout notre système économique qu’il faut revoir. Dans son rapport intitulé « An Economy for the 99% », Oxfam révèle que 8 hommes possèdent autant de richesses que la moitié la plus pauvre de la population mondiale !

En Belgique aussi, les inégalités persistent : les 10% des Belges les plus riches possèdent à eux seuls pas moins de 48,1% des richesses totales.

Revoir notre système politique et économique

Les multinationales utilisent des stratagèmes à grande échelle pour éviter de payer leurs impôts. Pendant ce temps, elles distribuent toujours plus de bénéfices à leurs actionnaires, tout en réduisant les salaires de leurs travailleurs. Une situation qui n’est pas prête de changer car ces multinationales parviennent à influencer les gouvernements pour qu’ils adaptent les lois en leur faveur. Exigez une économie au service de tout le monde !

Signez le manifeste pour une économie humaine sur www.oxfamsol.be/AEgalite

Montrer 2 notes

  1. Courrier International. 25/05/2016. Pour les ouvrières d’H&M, mieux vaut ne pas tomber enceinte.
  2. Quelques autres exemples récents: 254 morts et 55 personnes gravement blessés le 11 septembre 2012 dans l’incendie de l’usine Ali Enterprise au Pakistan ; 112 morts et plus de 200 blessés le 24 novembre 2012 dans l’incendie de l’usine Tazreen Fashions, encore au Bangladesh.

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