Tout ce qui se cache derrière notre riz au jasmin

Mars 2017
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La moitié de l'humanité dépend du riz pour son alimentation et 90% de la production mondiale provient d'Asie. La Thaïlande est un des principaux producteurs de riz. Le pays est résolument orienté vers une production intensive de cet aliment, au prix d’une forte dégradation des écosystèmes et des traditions paysannes. Depuis 20 ans, Green Net, partenaire d’Oxfam, développe avec et pour les riziculteurs au nord-est de la Thaïlande une agriculture bio et équitable.

Jessica Hertsens

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Green Net illustre bien la manière dont le commerce équitable sert de levier pour soutenir l’agriculture biologique, pour renforcer collectivement les paysannes et les paysans et pour soutenir les efforts qu’ils fournissent pour s’adapter aux changements climatiques. C’est pourquoi Oxfam travaille avec ce partenaire en Thaïlande.

Ma Ton Ngern, cultive le riz depuis toujours, c’est une activité qui se transmet de génération en génération. Cela fait 13 ans maintenant qu’elle s’est reconvertie dans l’agriculture biologique.

« Pour mon mari et moi, le passage vers l’agriculture biologique n’a pas été difficile. Chaque année, il nous fallait plus d’engrais chimiques et plus de pesticides pour le même résultat. Les pesticides ont un coût et on constatait que le sol s’appauvrissait de jour en jour. Depuis qu’on cultive notre riz de façon 100% biologique, il a un meilleur goût et le sol est plus fertile ! Et puis c’est également meilleur pour notre santé car nous ne sommes plus en contact avec des produits dangereux. »

L’utilisation massive de produits chimiques, prônée par le gouvernement et les multinationales comme Monsanto, ont appauvri la fertilité des sols et rendu de nombreuses familles malades. Pour améliorer leur santé et la qualité de leur sol, les paysans se sont attelés, avec le soutien de Green Net, à briser leur dépendance vis-à-vis des engrais chimiques. Par ailleurs, ils évitent un intermédiaire en ne passant plus par les propriétaires de « moulins à riz » et obtiennent donc de meilleurs revenus grâce à la vente de riz prêt à être consommé.

Depuis qu’elle a rejoint Green Net, Subaan, cultivatrice de riz, est optimiste pour l’avenir: « Le climat a changé. Des pluies diluviennes de plus en plus fortes succèdent à des périodes de sécheresse de plus en plus longues. Cela nuit à la pollinisation du riz. En étant membre de la coopérative « Green Net », je bénéficie d’un prix minimum garanti pour mon riz. Cela me permet de couvrir l’ensemble de mes coûts de production, de bénéficier d’une prime du commerce équitable et d’un bonus pour les produits certifiés bio. Comme je sais que je recevrai un prix juste, ma seule préoccupation est la qualité de mon riz et non pas le prix que je peux en avoir. »

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Le commerce équitable, triple levier de changement

Les paysannes comme Ma Ton Ngern et Subaan sont directement touchées par les conséquences du changement climatique. Pour Michael Commons, responsable de la filière riz chez Green Net, « les riziculteurs sont directement reliés à l’environnement, à la terre. Ils ne sont pas dans une perspective américaine de croire ou non au changement climatique, ils l’expérimentent, ils l’observent. Le climat a un impact direct sur leur production de riz (en baisse) et sur toute la filière. » Face à l’urgence, Green Net a très vite développé des outils pour sensibiliser et former les membres des coopératives aux problèmes du changement climatique. Aujourd’hui, tous les riziculteurs et les rizicultrices peuvent bénéficier de formations qui leur permettent de garantir un riz de grande qualité, de diversifier leur production, d’améliorer la collecte et la gestion de l’eau, d’apprendre à maîtriser les techniques de compostage et de fabriquer leurs propres engrais naturels. Michael Commons ajoute: « Puisque le climat change, la solution qu’on développe aujourd’hui pourrait ne plus être la bonne dans 10 ou 30 ans. C’est pourquoi nos formations sont participatives et permettent aux paysans et paysannes de tester et d’apprendre, sur le terrain, de nouvelles pratiques, d’échanger leurs expériences et de partager leur savoir. »

Par ailleurs, le bio n’est pas seulement une tendance qui se propage dans les pays occidentaux. La population thaïlandaise aussi se préoccupe de plus en plus des risques qu’implique la consommation de nourriture industrielle utilisant des produits chimiques. Ainsi, de plus en plus de petits marchés bio voient le jour, même dans la campagne. Une opportunité de revenus supplémentaires pour les paysannes et les paysans de Green Net qui, en plus du riz, cultivent des légumes et des noix de cajou, élèvent du poisson et proposent des produits finis tels que de petits snacks à base de riz vendus sur les marchés.

La population au Nord-Est de la Thaïlande tire ses revenus principalement de la riziculture. Contrairement au reste du pays, le riz n’y pousse qu’une fois par an. Si Green Net a réussi à regrouper 800 familles au sein de coopératives, c’est pour trois grandes raisons : la santé, l’environnement et les revenus.

Un riz dont on connaît toute la filière : de la semence à l’assiette

Le cycle de production du riz commence au mois de mai, au début de la saison des pluies, par la préparation des terres. Durant les mois de juin ou de juillet, les pousses de riz sont repiquées et 5 mois plus tard, entre novembre et décembre, a lieu la récolte.

À l’heure de la récolte, Ma Ton Ngern, Subaan et les autres rizicultrices se réunissent entre membres de coopératives pour discuter et fixer le prix équitable du riz. Celui-ci est défi ni avec les producteurs et les productrices afin de leur garantir des revenus décents pour assurer leurs besoins et ceux de leur famille. Oxfam-Magasins du monde paie 50% au moment de la commande, afin d’assumer une part des coûts de fonctionnement lors de la production.

De plus, une prime de développement est également payée aux producteurs. Elle est gérée de manière démocratique au sein des coopératives et permet des investissements pour développer l’activité ou assurer l’accès à des services de base tels que les soins de santé ou la mise en place de caisses d’épargne.

Des noix de cajou, de la biomasse, un pesticide naturel, des plaquettes de freins… et quoi d’autre ?

greennet11Outre le riz, Green Net produit des noix de cajou. En accord avec les principes de la Permaculture, l’organisation tient compte de son milieu et cherche à valoriser les éventuels déchets ainsi qu’à minimiser les impacts sur l’environnement à chacune des étapes de la transformation de la noix de cajou.

  1. Séchage au soleil pour réduire la moisissure
  2. Fumage pour faciliter le retrait des coques. L’eau récupérée du four est utilisée comme pesticide naturel
  3. Retrait des coques à la main
    • 10% des coques sont mélangées à de l’eau pour créer de la biomasse sur place, utilisée pour le fonctionnement du four (diminution de consommation électrique de 18kWh à 1.1kWh)
    • le reste des coques est revendu et entre dans la fabrication de plaquettes de freins (résine).
    • la fine peau qui reste quand on retire les coques est utilisée comme nourriture pour les poules du poulailler de l’entreprise
  4. Cuisson au four à 70° pour diminuer les risques de moisissure Des noix de cajou, de la biomasse, un pesticide naturel, des plaquettes de freins… et quoi d’autre ?
    • L’unité de transformation a été construite de façon à ne pas utiliser d’air conditionné malgré l’utilisation du four.
    • Les travailleurs et les travailleuses se nourrissent avec les fruits, les légumes, les œufs et volailles produits et élevés sur place.
    • Le travail à la main permet d’avoir beaucoup moins de pertes et de gaspillage que dans les installations mécaniques industrielles.

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