Travail décent : les droits des travailleurs mis en jeu

Mars 2014
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Bangladesh, Italie, Cambodge… les catastrophes qui se sont récemment succédées mettent le doigt sur une évidence : les règles commerciales en vigueur favorisent les intérêts des multinationales, au détriment des droits des travailleurs. Doit-on y voir une fatalité ?

Chloé Zollman

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Non. A condition qu’il soit correctement régulé, le commerce peut devenir un outil de développement au service des droits humains et du travail. Les citoyens, producteurs, travailleurs et organisations qui composent le mouvement du commerce équitable en sont convaincus.

Pour des coûts toujours plus bas

La mondialisation néolibérale a permis la montée en puissance des multinationales face aux autres acteurs économiques que sont les États, les travailleurs, les producteurs et les consommateurs. Les impératifs économiques et la maximisation du profit sont ainsi devenus les principaux moteurs de l’économie globalisée, en prenant de façon croissante le dessus sur les droits humains. Au Nord comme au Sud, les travailleurs sont systématiquement mis en concurrence au nom de la course à la compétitivité. Dans une économie basée sur l’avantage comparatif, l‘une des dernières variables d’ajustement est le coût de la main-d’oeuvre. Ainsi, tous secteurs confondus, de plus en plus de travailleurs se voient privés de leurs droits fondamentaux dans cette recherche effrénée des coûts les plus bas.

Le monde agricole malmené

Dans le secteur agricole, la mondialisation des échanges agricoles – qui préfigure dans de nombreux accords commerciaux – contribuent à détériorer les conditions de travail des paysans. Ceux du Nord sont tiraillés entre quotas et course à la productivité. Ceux du Sud sont en concurrence avec les agriculteurs des pays occidentaux, quand ils ne se font pas expulser de leurs terres accaparées par des multinationales en quête de nouveaux espaces pour cultiver des produits alimentaires destinés à l’exportation, produire des biocarburants ou réaliser des plus-values. De nombreux paysans sont ainsi poussés à migrer, pour éventuellement devenir – ô ironie – ouvriers agricoles dans les exploitations du Nord. Sans l’assurance que leurs droits du travail seront pour autant respectés.

Dans une économie basée sur l’avantage comparatif, l’une des dernières variables d’ajustement est le coût de la main d’oeuvre.

La surconsommation en ligne de mire

Dans l’industrie, notamment textile, les conditions de travail sont le plus fréquemment dictées par les besoins de surconsommation des populations du Nord. Accès privilégiés à certains marchés, accords d’investissements, réglementations sociales peu contraignantes… tout est fait pour favoriser la consommation, à coup de prix bas, de mauvaise qualité et de travail indécent. Sous la pression des marques et face à des gouvernements peu regardants, les travailleurs ne disposent que d’un espace très limité de négociation. Les récentes manifestations des travailleurs de l’habillement au Cambodge, violemment réprimées par la police (4 morts et de nombreux blessés), l’ont encore démontré.

Chronique de succès annoncés !

Aux quatre coins du globe, des mobilisations parviennent à faire changer le cours des choses, même si ce sont souvent des processus de longue haleine.

Allemagne

En Europe, les choses bougent également. L’Allemagne a enfin adopté un salaire minimum national qui s’appliquera aussi aux travailleurs migrants.

Salaire vital équitable

De son côté, la multinationale H&M a annoncé en décembre 2014 qu’elle souhaitait appliquer progressivement, pour l’ensemble de ses sous-traitants, un salaire vital équitable. Cette nouvelle stratégie d’H&M pourrait être une étape significative vers le respect des droits des travailleurs de la confection, pour autant que la multinationale garantisse la liberté d’association et qu’elle utilise des critères fiables pour déterminer le salaire vital (en se basant par exemple sur les critères de l’ Asia Floor Wage).

Négociations repoussées

Même les accords de libre-échange peuvent être contrés ! Dévoilées en 2001, les négociations de la Zone de libre-échange des Amériques ont depuis lors été repoussées suite aux vives protestations des mouvements sociaux. En 1998 l’Accord multilatéral sur l’investissement avait lui été abandonné suite à une vague de protestations sans précédents quelques années plus tôt. De quoi s’inspirer pour le traité transatlantique ?

Bangladesh

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La catastrophe du Rana Plaza en avril 2013 au Bangladesh a provoqué un électrochoc parmi l’opinion internationale, d’autant plus qu’elle allongeait la liste des accidents mortels survenus dans ce pays. Une pétition de plus d’un million de signatures a poussé 31 marques à s’engager pour garantir la sécurité des bâtiments d’usines au Bangladesh. Concernant l’indemnisation des victimes de la catastrophe, les choses s’avèrent plus compliquées : seules quatre enseignes (Primark, Loblaw, Bonmarché et El Corte Ingles) ont accepté de signer un accord avec les organisations syndicales, afin d’alimenter un fonds d’indemnisation qui devrait atteindre 40 millions de dollars. Il est clair qu’il faudra maintenir la pression pour arriver à cette somme.

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