Troc de frocs et fripes sans fric

Décembre 2012
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Refiler les vêtements que vous n’aimez plus et en trouver d’autres à votre goût ? Gratos ? C’est possible, même pendant les soldes.

Olivier Bailly

Concurrence déloyale

Un beau succès. Entre deux et trois cents personnes viennent, chinent, trouvent leur bonheur, échangent. D’autres qui n’ont pas prévu le coup vont chercher de l’eau ou des gaufres pour capter la veste de leurs rêves. Les artistes récoltent les adresses e-mail pour la prochaine action, ils délimitent un endroit ‘gratuit‘ où les vêtements peuvent être emportés sans un rond. En 2011, la première édition, une patrouille de police a laissé les artistes faire leur troc. En 2012, la patrouille était plus réticente. L’INNO râlait. Concurrence déloyale d’après eux (c’est certain que pour le propriétaire des INNO, les Galeries Kaufhof et leur 3,4 milliards d’euros de chiffres d’affaires en 2011, il y a de quoi paniquer…).

Au coin de la rue Neuve. En pleine furie des soldes. Des tas de fringues par terre. Et puis ce type devant les vêtements. Il veut payer. Mais de l’autre côté, le vendeur ne veut pas. Il ne veut pas parce que ce n’est pas un vendeur. C’est un échangeur. Il attend un vêtement donné pour un vêtement pris. Mais il accepterait une chanson ou une belle histoire. Ou pourquoi pas une recette ? Mais l’homme, incrédule, ne veut pas. Il tourne les talons en marmonnant qu’un monde comme ça, ça n’existe pas…

 

Désobéissance civile

C’est pourtant de ce monde-là que veulent Anne-Catherine et Martin. Au commencement de l’événement, les deux artistes rêvaient avec des amis d’un théâtre politique. De réunion en réunion, les énergies s’étiolent, se dispersent devant l’ampleur de la tâche. Reste la volonté d’agir concrètement, sur le terrain. L’époque fait la part belle aux Indignés, le couple invite alors Xavier Renou et son concept de ‘désobéissance civile’. Une idée sort des longues discussions pour un monde meilleur : organiser un troc de vêtements le premier jour des soldes d’été, sur la rue symbole des promos à -50% : la rue Neuve. Lutter contre le consumérisme ambiant en remettant l’échange au coeur du Temple, sans être moralisateur. Juste proposer une autre possibilité.

Dépasser le cercle des convaincus

Si Anne-Ca et Martin restent convaincus de la nécessité d’échanger pour changer le monde, ils constatent aussi les limites de l’initiative. Faut-il demander une autorisation à la ville alors que l’espace public est à tous ? Privilégier le symbole ou l’action ? Comment dépasser le cercle des convaincus ? Et avec le gratuit, «des gens n’ont plus été dans l’échange, explique Martin, mais dans l’aubaine compulsive. On passe alors à côté de l’intention». Anne-Ca et Martin ne se découragent pas pour autant. Ils ont récemment organisé une réunion pour préparer 2013. Et Martin de se rendre compte d’un petit problème de calendrier : le 30 juin, ils se marient… Un coup de main serait le bienvenu et tant qu’on y est, personne n’aurait une robe blanche à échanger ?

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