Vers des produits équitables plus circulaires

Mai 2020
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Le commerce équitable évolue pour prendre davantage en compte la protection de l’environnement, au Nord comme au Sud. Ainsi, beaucoup de nos partenaires dans les pays du Sud sont déjà engagés dans une démarche visant à réduire les déchets, à les valoriser et à minimiser l’impact sur l’environnement, notamment grâce à l’utilisation de matières naturelles ou recyclées.

Marie Hendrix

CORR-The Jute Works (CJW) en est un exemple concret. L’organisation située au Bangladesh a été fondée dans les années 70 pour venir en aide aux nombreuses femmes veuves suite à la guerre d’indépendance avec le Pakistan. Comptant 95% de femmes, l’organisation permet de réduire l’exode rural en leur fournissant un travail dans les campagnes. Les artisan·e·s utilisent uniquement des matières premières naturelles et biodégradables, principalement le jute, ainsi que des matériaux recyclés et réutilisables, comme le sari et le jeans.

Le jute, une plante miracle

La culture du jute est très répandue en Inde et au Bangladesh, en particulier dans les vallées du Gange et du Brahmapoutre. Elle présente de nombreux avantages. En effet le jute peut être cultivé sur des terrains vagues, des zones de marées, des sols alcalins et des zones peu fertiles. Après quelques années, ces zones seront aptes à accueillir d’autres cultures plus rigoureuses comme celle du riz. A haut rendement et possédant une empreinte carbone très faible, les plantations de jute ont un taux d’assimilation du CO2 particulièrement élevé, jusqu’au double de celui des arbres. Cette culture est donc une alliée de taille dans la lutte contre le changement climatique. De plus, les plants de jute nécessitent très peu d’eau ou de pesticides et il n’y a aucun recours aux OGM.

Le jute est principalement utilisé pour la confection de sacs, de cordes et de paniers.

Faire du neuf avec du vieux

Dernièrement, Oxfam-Magasins du monde a également commercialisé des produits de CJW en jeans recyclé. Le Bangladesh est le deuxième plus gros exportateur de vêtements et a pris la tête des marchés mondiaux d’exportation du jeans. Il y a donc beaucoup de gaspillage dans l’industrie à l’étape de découpe des jeans. Les artisan·e·s de CJW collectent ces déchets et les réutilisent pour la fabrication artisanale de nattes, paniers, etc. Le métissage entre des matières naturelles et recyclées est d’ailleurs une pratique courante chez plusieurs de nos partenaires. Dernièrement, nous avons reçu de Tara projects (Inde) des produits en sari recyclé, ces tuniques indiennes colorées que les femmes portent quotidiennement.

Cette approche circulaire se retrouve également chez Dhaka Handicrafts, un autre partenaire du Bangladesh, où il existe également un marché de seconde main. Les saris sont alors incorporés dans de l’artisanat, par exemple dans des paniers en fibres naturelles et sari recyclé, ou dans un set de table en feuille de mela et sari recyclé.

L’upcycling, une pratique encore plus engagée

Certains partenaires vont plus loin dans la démarche du recyclage en utilisant uniquement des déchets pour recréer d’autres objets d’une qualité supérieure. C’est ce qu’on appelle l’upcycling (ou surcyclage). Au Cambodge, notre partenaire VillageWorks utilise beaucoup cette approche et fabrique, entre autres, des sacs pour vélo et des pochettes de toutes tailles à partir de vieux sacs de ciment.

VillageWorks allie une créativité impressionnante et de grandes capacités de développement de produits (recyclés). L’organisation travaille également avec d’autres matières issues de déchets, comme des toiles de moustiquaires, en combinaison avec des matières naturelles. Un de leurs produits phares actuellement est une pochette de dix pailles en bambou, incluant un goupillon de nettoyage. L’idée est d’avoir une alternative aux pailles en plastique, dont 1 milliard sont utilisées et jetées chaque jour dans le monde. La Belgique interdit la vente de ces produits depuis janvier 2020, cependant ils restent commercialisés ailleurs, mettant plus de 200 ans avant de disparaitre, polluant ainsi souvent les océans. D’autres organisations partenaires suivent la même voie. Tous ces exemples confirment la mue du commerce équitable vers l’économie circulaire.

L’économie circulaire n’est donc pas limitée à l’Occident : les pratiques et le concept sont bien présents dans l’hémisphère Sud, où la démarche environnementale se fait parfois de manière naturelle, grâce à des savoir-faire hérités d’une longue tradition.

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